la feuille volante

Lac (Roman)

N°1620 - Janvier 2022

 

Lac – Jean Echenoz. Les Éditions de Minuit.

 

D’emblée le décor est planté, une série de chiffres téléphonés, un échange sous le manteau dans l’anonymat parisien, des espions qui s’espionnent mutuellement, le décryptage d’un texte codé, un improbable colonel, des filatures échevelées, de mystérieuses disparitions, des mouches-espionnes qu’on leste d’un micro...On est en présence d’un roman d’espionnage.

Les personnages qui, au départ semblent nombreux se résument essentiellement à deux : Frank Chopin, célibataire solitaire est entomologiste au Musée d’histoire naturelle de Parais mais également agent de renseignements. Il rencontre Suzy Clair, une jeune femme qui a perdu la trace de son mari depuis six ans. Chopin est chargé de surveillé Vital Veber, un agent russe. Suit toute une série d’aventures qui se concluent comme un roman d’espionnage classique par un échange d’agents entre l’Est et l’Ouest.

Je ne suis pas un fan des romans d’espionnage, mais il me semble que dans celui-ci on est loin des classiques du genre, autant dans les personnages que dans l’intrigue, quant à l’épilogue il est des plus traditionnels. Du coup j’ai eu plutôt l’impression d’avoir lu une parodie qu’un authentique roman de ce type, mais je reconnais qu’il m’a fallu un peu de temps.

Ce que j’aime chez Etchenoz et que j’ai bien entendu retrouvé ici, c’est son humour et son style jubilatoire à souhait, sa manière si personnelle d’exprimer une idée, de préciser une description ou de faire un aparté souvent compliqué qui n’a qu’un très lointain rapport avec ce dont il nous parle. Le texte est plein de précisions techniques, riche de références qui sont parfaitement étrangères à l’histoire, de détails insignifiants mais qui, sous sa plume, non seulement ne sont pas déplacées mais en deviendraient quasiment indispensables s’ils n’étaient pas notés. Cela embrouille un peu la compréhension des choses, perturbe leur logique, mais a aussi l’avantage de tenir son lecteur en haleine qui se demande bien où l’auteur veut en venir et aussi quelle sera sa prochaine diversion. Il use à l’occasion d’un vocabulaire qualifié et même recherché et pour tout dire assez inattendu, de jeux sur les mots, voire de figures rhétoriques classiques qui valent leur pesant de dépaysement et maintiennent constante cette ambiance si particulière. Il balade ses personnages dans les rues de Paris avec la précision d’un guide touristique et ce qui pourrait être une banale description prend avec lui une dimension d’évasion. Quant au titre lui-même, « Lac », son laconisme porte en lui-même soit un message intimiste soit au contraire l’évocation de développements plus mouvementés. C’est comme on veut. En réalité il n’en est rien et ce lac ne sert que de décor comme l’est celui de l’hôtel où se situe une scène du roman. Quant à cette histoire de mouches espionnes, j’avoue bien volontiers qu’il fallait y penser, c’est aussi original qu’inattendu même si l’invention porte en elle-même sa part de hasard et d’approximation. Pour l’efficacité réelle, on n’est pas très sûr.

Ce qu’il y a de bien chez Etchenoz, c’est qu’il s’attache rapidement son lecteur et prend plaisir à le trimbaler dans une histoire qui pourrait tout aussi bien être différente de celle qu’il déroule sous ses yeux mais ne serait pas mois passionnante.

 
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