QUELQUES MOTS sur Jules BARBEY d'AUREVILLY [1808-1889].

 

N°331– Mars 2009

QUELQUES MOTS sur Jules BARBEY d'AUREVILLY [1808-1889].

 

La récente diffusion par France 2 de la série « Contes et nouvelles du XIX° siècle » nous replonge dans cette époque flamboyante à travers les œuvres d'Eugène LABICHE, de Guy de MAUPASSANT, Honoré de BALZAC ... Cela nous prouve que le Service Public peut aussi avoir une action culturelle, ce dont personnellement je n'ai jamais douté.

 

Je veux saluer cette initiative mais aussi la mise en lumière d'un écrivain un peu oublié qu'est Jules Barbey d'Aurevilly, auteur notamment des «Les Diabolique s» dont est extrait la nouvelle « Le bonheur dans le crime » diffusée sur France 2.

 

C'est que le personnage est original et paradoxale à plus d'un titre.

De racines normandes, la famille Barbey accède à la noblesse vers le milieu de XVIII° par l'acquisition d'une charge. La Révolution l'éprouvera durement et elle vivra dans l'espoir du retour de la monarchie. Ainsi, l'enfance de Jules se déroulera dans une ambiance conservatrice, entre une mère attentive et un père un peu austère. Quand il poursuit ses études au collège de Valogne, Jules loge chez un oncle à l'esprit libéral, docteur en médecine mais aussi franc-maçon, ce qui contribue à l'émancipation de son neveu. Ce personnage se retrouvera dans son œuvre. De même, d'autres membres de sa parentèle contribueront à son éveil intellectuel et à sa future vocation d'écrivain. Il commence à publier des vers, mais le succès n'est guère au rendez-vous. Son admission dans un collège parisien contribue largement à lui inculquer des idées opposées à celles de sa famille, il devient républicain et entame des études de droit.

 

En littérature, c'est l'époque du romantisme, il rencontre Hugo, mais ses tentatives littéraires sont vouées à l'échec tout comme ses amours. Pourtant, c'est de ce mouvement littéraire dont il s'inspirera dans ses premières œuvres. Lord Byron aura notamment une influence marquante sur ses premières années. La vie parisienne l'enivre, il rompt avec sa famille et mène dans la capitale la vie insouciante d'un dandy, ce qui lui vaut le surnom de « Sardanapale d'Aurevilly ». A cette époque il commence une étude sur Brummel qui parait en 1845 mais qui ne reçoit qu'un succès d'estime. Son dandysme est original en ce qu'il ne se cantonne pas à l'habit mais, au contraire, se décline dans des nuances intellectuelles toutes personnelles et originales. Brillant causeur, il multiplie les conquêtes féminines, ce qui ne sera pas sans influence sur son œuvre littéraire future [« la vieille maîtresse » qui fera scandale lors de sa parution]. Pour le moment, elle n'est guère couronnée de succès même s'il est également un intellectuel, collaborateur de divers journaux. Cela lui ouvre les portes des salons et des cercles littéraires et il revient quelque peu dans le cercle royaliste et catholique.

 

Il se met à voyager dans le centre de la France, se rapproche de son frère qui est devenu prêtre, ce qui l'amène sur les chemins de la conversion. Il devient rédacteur en chef de «  la revue du monde catholique », mais la révolution de 1848 le perturbe quelque peu et il semble, passagèrement, épouser la cause des mouvements ouvriers, puis abandonne les salons parisiens pour sa Normandie natale où il peaufine son œuvre littéraire. Il s'y mêle catholicisme, monachisme et pages sensuelles et passionnées. Dans le même temps, il travaille à la rédaction de « un prêtre marié », ce qui ne l'empêche pas de renouer avec la pratique religieuse.

 

Pourtant, ses démons journalistiques ne sont pas morts et il est engagé dans un journal, bonapartiste, celui-là, mais en qualité de critique littéraire. Il y restera 10 ans et s'attaquera aux « Contemplations » de Victor Hugo, réhabilitera Balzac, révélera Stendhal, défendra Baudelaire, combattra Leconte de Lisle et Zola, Sainte-Beuve, Gautier...

Il se révèlera un polémiste attentif et de qualité, témoin et parfois contempteur de la vie littéraire de son temps, talentueux et courageux en tout cas, attaquant même l'Académie Française et gardant une fibre anti-républicaine.

 

Son œuvre (Les Diaboliques) scandalise, il poursuit sa démarche créatrice, ce qui lui vaut le surnom de « connétable des Lettres », et se consacre aux femmes de Lettres. Jusqu'à sa mort il continuera de publier des nouvelles, parfois remaniées. En tant qu'écrivain, il reste marqué par le goût de la provocation mais reste profondément marqué par le catholicisme (principe de l'opposition du bien et du mal, présence du personnage du prêtre...), le classicisme, mais aussi par la peinture de la vie provinciale normande et l'évocation des paysages, notamment dans ses nouvelles.

Polémiste ou écrivain, il a lui-même inspiré des personnages de romans et s'est attiré par ses critiques, sympathie ou inimitiés.

Je ne partage pas, assurément, toutes ses idées, mais j'apprécie qu'il n'ait pas suscité de l'indifférence.

 

L'adaptation télévisuelle d'une de ses nouvelles sera peut-être l'occasion de redécouvrir cet homme de Lettres qui fit partie intégrante des écrivains de son temps et qui l'illumina.

 

 

Hervé GAUTIER – Mars 2009.http://hervegautier.e-monsite.com 

 

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