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la feuille volante

Jadis et naguère

 

N° 1460- Avril 2020.

 

Jadis et naguère – Paul Verlaine.

 

C’est un recueil de 42 poèmes publiés chez l’éditeur Vanier en 1884 et écrits par l’auteur longtemps auparavant. Malgré sa présentation en deux parties d’ailleurs d’inégale importance et qui veulent évoquer le passé immédiat (naguère) et un laps de temps plus éloigné (jadis) le recueil ne présente pas vraiment d’unité et comprend des poèmes écartés lors des éditions précédentes ainsi qu ‘une comédie « Les uns et les autres » qui date peut-être de 1871.

Verlaine n’a pas cessé de boire, de mener une vie scandaleuse et dispendieuse et surtout d’être violent avec sa femme, avec son enfant et même, avec sa mère qui pourtant l’a toujours soutenu. Pourtant il entame maintenant une carrière d’homme de lettres besogneux. En publiant « Sagesse »(1881), il avait voulu être reconnu comme un écrivain catholique, désireux de vivre de sa plume, mais ce recueil est passé inaperçu et, quand il revient à Paris, en 1882, il tente de renouer avec ses anciens amis et y parvient mais les difficultés financières se font plus pressantes. Il sollicite même sa réintégration à la mairie de Paris mais en vain, le souvenir de son engagement dans « la garde sédentaire » de Paris au côté de la Commune et son séjour en prison n’ont guère plaider en sa faveur et la mort de Lucien Létinois, avec qui il avait eu une liaison amoureuse, achève de le bouleverser. C’est sûrement la pire période de la vie de Verlaine même si la publication de « Poètes maudits »(1883) le ramène un temps sur le devant de la scène.

Il y a des textes disparates qui évoquent les baladins des rues (« Le pitre », »Le clown »), souhaitent apparemment choquer (« Vers pour être calomnié », « Luxures »), comportent même une comédie (« Les uns et les autres »), rappellent la mort de Jeanne d’Arc (« La pucelle »), la misère (« La soupe du soir »), une sorte de comptine («Pantoum négligé »), des textes qui, peut-être suggèrent son parcours personnel (« L’aube à l’envers », « Les vaincus ») ou d’autres textes plus descriptifs(« La princesse Bérénice » ) et d’autres inspirés par une certaine forme de la déchéance (« Allégorie , « Langueur »). Le plus important de ces textes est « l’art poétique » qui énonce les bases de l’expression artistique de Verlaine. Il s’est remis à boire de l’absinthe et va bientôt apprendre le jugement de divorce qui met fin officiellement à son mariage avec Mathilde. Quoi qu’il ait pu faire dire ou écrire, il regrettera toujours la perte de cette femme, comme il portera toute sa vie le deuil de l’amour impossible qu’il éprouvait pour Élisa, une cousine recueillie par ses parents, dont il était follement amoureux et qu’il souhaitait épouser. D’ailleurs ses poèmes font souvent allusion à des femmes comme à un paradis perdu.

L’auteur y distille sa douce musique et ses vers impairs, parfois alexandrins classiques mais parfois aussi d’une métrique différente et variée mais qui respectent toujours la rime, même s’il parle lui-même de « ce bijou d’un sou qui sonne creux et faux sous la lime ». Il faudra attendre quelques années encore pour que le vers libre impose chez les autres son rythme et ses images.

 

©Hervé Gautier http:// hervegautier.e-monsite.com

 

 

 
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