Anna Maria Matute

LA TOUR DE GUET



N°525 – Juin 2011.

LA TOUR DE GUET – Anna Maria Matute – Éditions Phébus.

Traduit de l'espagnol par Michelle Lévy-Provençal.

C'est une ambiance du haut Moyen-Age que visite ce roman avec des personnages tels que le père du narrateur, « petit féodal très pauvre » mais surtout aux mœurs frustes et vicieuses. Le décor n'est pas en reste avec ces donjons inconfortables, ces hivers rigoureux, ces forêts mystérieuses, ces loups hurlants, ces bûchers expiatoires où l'on brûle des sorcières, ces combats brutaux, ces marais peuplés de dragons ... L'ambiance aussi, témoin le récit de la mort de la baronne Mohl.

C'est que ce texte commence quand le narrateur est encore un enfant, laid et abandonné par ses parents, fils d'un pauvre vassal inculte et brutal et d'une mère qui ne s'occupe pas de lui et termine sa vie dans un couvent et que ses frères maltraitent. Pour parfaire son éducation de chevalier qu'il a commencé seul, lui qui n'est encore qu'un enfant, se rend, comme ses trois frères avant lui, au château du suzerain de son père, le baron Mohl, un puissant et riche seigneur et tombe amoureux de l'énigmatique châtelaine qu'il surnomme l'ogresse. Là il apprend non seulement l'art de se battre, de manier l'épieu et l'épée mais aussi la lecture la musique et les bonnes manières. Là il vit dans un milieu plus raffiné, plus cultivé que dans la maison délabrée de son père, mais ses frères sont là qui l'observent, menaçants...

Pourtant, son avis sur le baron change vite quand il apprend par une indiscrétion de soldat que le château abrite aussi de jeunes éphèbes et de tendre jeunes filles pour le plaisir du maître des lieux. Il comprend que son hôte n'est pas aussi vertueux qu'il l'avait supposé mais qu'il est au contraire injuste, sanguinaire et sadique, capable de tuer avec raffinement son jeune amant et de le livrer aux chiens !

Le grand fleuve qui baigne ce pays inconnu est une frontière au-delà de laquelle s'étend la steppe inhospitalière

Je ne suis que très modérément entré dans l'univers de ce roman déroutant, épique et fantasmagorique. L'auteur, Anna Maria Mature m'était inconnue malgré sa notoriété et l'importance de son œuvre couronnée du prestigieux prix Cervantes en 2010. C'est, certes un roman initiatique sur l'éducation d'un jeune chevalier, fort bien écrit, baroque et dépaysant. Le lecteur y retrouve des questions éternelles comme la place de l'homme dans le monde, le regard d'un humain porté sur l'espèce à laquelle il appartient et à laquelle il ressemble, l'idéal de puissance et de domination... C'est un roman de la découverte de soi, de la quête du bien et du mal, du passage de l'enfance à l'âge adulte, de la perte de l'innocence, de la solitude, de la prise de conscience de la complexité de ce monde et de l'angoisse d'y vivre. Finalement, le monde décrit ici n'est pas très différent de celui dans lequel nous vivons aujourd'hui et les paroles du narrateur sont parfaitement transposables « Je me promis de ne jamais plus participer à une vie qui n'était pas ma vie, me mêler et me confondre à une race qui subsiste et gravit à force de coups, de ruses, de renoncements, de désespoirs, de haine, d'amour et de mort. »

©Hervé GAUTIER – Juin 2011. http://hervegautier.e-monsite.com







LA TOUR DE GUET – Anna Maria Matute

 

N°525 – Juin 2011.

LA TOUR DE GUET – Anna Maria Matute – Éditions Phébus.

 Traduit de l'espagnol par Michelle Lévy-Provençal.

 

C'est une ambiance du haut Moyen-Age que visite ce roman avec des personnages tels que le père du narrateur, « petit féodal très pauvre » mais surtout aux mœurs frustes et vicieuses. Le décor n'est pas en reste avec ces donjons inconfortables, ces hivers rigoureux, ces forêts mystérieuses, ces loups hurlants, ces buchers expiatoires où l'on brûle des sorcières, ces combats brutaux, ces marias peuplés de dragons ... L'ambiance aussi, témoin le récit de la mort de la baronne Mohl.

 

C'est que ce texte commence quand le narrateur est encore un enfant, laid et abandonné par ses parents, fils d'un pauvre vassal inculte et brutal et d'une mère qui ne s'occupe pas de lui et termine sa vie dans un couvent et que ses frères maltraitent. Pour parfaire son éducation de chevalier qu'il a commencé seul, lui qui n'est encore qu'un enfant, se rend, comme ses trois frères avant lui, au château du suzerain de son père, le baron Mohl, un puissant et riche seigneur et tombe amoureux de l'énigmatique châtelaine qu'il surnomme l'ogresse. Là il apprend non seulement l'art de se battre, de manier l'épieu et l'épée mais aussi les bonnes manières, la lecture la musique et les bonnes manières. Là il vit dans un milieu plus raffiné, plus cultivé que dans la maison délabrée de son père, mais ses frères sont là qui l'observent, menaçants...

 

Pourtant, son avis sur le baron change vite quand il apprend par une indiscrétion de soldat que le château abrite aussi de jeunes éphèbes et de tendre jeunes filles pour le plaisir du maître des lieux. Il comprend que son hôte n'est pas aussi vertueux qu'il l'avait supposé mais qu'il est au contraire injuste, sanguinaire et sadique, capable de tuer avec raffinement son jeune amant et de le livrer aux chiens !

Le grand fleuve qui baigne ce pays inconnu est une frontière au-delà de laquelle s'étend la steppe inhospitalière

 

Je ne suis que très modérément entré dans l'univers de ce roman déroutant, épique et fantasmagorique. L'auteur, Anna Maria Mature m'était inconnue malgré sa notoriété et l'importance de son œuvre couronnée du prestigieux prix Cervantes en 2010. C'est, certes un roman initiatique sur l'éducation d'un jeune chevalier, fort bien écrit, baroque et dépaysant. Le lecteur y retrouve des questions éternelles comme la place de l'homme dans le monde, le regard d'un humain porté sur l'espèce à laquelle il appartient et à laquelle il ressemble, l'idéal de puissance et de domination... C'est un roman de la découverte de soi, de la quête du bien et du mal, du passage de l'enfance à l'âge adulte, de la perte de l'innocence, de la solitude, de la prise de conscience de la complexité de ce monde et de l'angoisse d'y vivre. Finalement, le monde décrit ici n'est pas très différent de celui dans lequel nous vivons aujourd'hui et les paroles du narrateur sont parfaitement transposables « Je me promis de ne jamais plus participer à une vie qui n'étais pas ma vie, me mêler et me confondre à une race qui subsiste et gravit à force de coups, de ruses, de renoncements, de désespoirs, de haine, d'amour et de mort. »

 

 

©Hervé GAUTIER – Juin 2011. http://hervegautier.e-monsite.com

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site

×