Astrid Manfredi

LA PETITE BARBARE

N°982– Novembre 2015

 

LA PETITE BARBAREAstrid Manfredi - Belfond.

 

Ce que nous décrit cette « Petite Barbare » dont nous en connaîtront pas le nom c'est un univers de banlieue dans tout ce qu'il a de plus sordide, entre chômage, alcoolisme, vie étriquée, huissiers... Rien que le surnom de la narratrice nous donne une idée de ce qui va suivre. Quand on est une jolie fille un peu paumée, on est une proie facile pour les petites frappes de cet univers fait de violence, de drogue, de prostitution et il ne manque pas de minables caïds ou prétendus tels qui prospéreront dans cette marginalité pour profiter d'elle. Ainsi, dès le collège, à treize ans, exerce-t-elle ses « talents » de future tapineuse sous l'égide d'Esba, dit « le Prince noir », sorte de minable Janus qui gouverne un gang où vont rapidement se développer la drogue, l'argent facile, la prostitution, les trafics en tous genres et bien entendu le meurtre. Et tout cela au nom d'Allah ! C'est tout à fait dans l'air du temps mais il me semble que faire souffrir et tuer au nom de Dieu, que ce soit sous couvert du Djihad ou de l'Inquisition, m'a toujours paru surréaliste et ceux qui s'en sont rendus coupables, qu'on a sanctifiés ou qu'on envoie au Paradis, restent des criminels. La pauvre petite est tellement naïve qu'elle accepte de servir « d’appât » et c'est elle qui paiera pour tout le monde et fera de la prison (la couverture du roman est assez subjective qui donne à voir, d’une manière stylisée deux mains crochues symbolisant cette spirale). C'est depuis sa prison qu'elle écrit, qu'elle évoque cette enfance volée, cette adolescence difficile, tout un univers de désamour, de délinquance familiale, la honte de n’être pas comme les autres filles des quartiers bourgeois quand, d'aventure elle est invitée pour un anniversaire. Alternativement, elle raconte cette vie en taule, comme elle dit, et les fantasmes qu'elle fait naître chez les gardiens et chez le directeur. Elle ressasse ses erreurs, ses espoirs, son appétit de lire, Marguerite Duras et Boris Vian, et de rêver à un autre monde que celui dans lequel elle vit. Elle va donc imiter ce processus qui peut toujours être une thérapie, une catharsis. Elle exprime avec des mots bien à elle cette haine de la société autant que son rejet du système carcéral.

 

Cette histoire nous rappelle par bien des côtés la réalité quotidienne de ces banlieues autant que des affaires judiciaires qui ont émaillé ce qu'on a du mal a appeler des « faits divers ». Elle souhaite même, à sa sortie de prison, s'amender par un travail régulier et officiel dans une librairie, en tissant des espoirs pour son livre. En ce sens ce roman est plutôt bienvenu parce qu'il rend compte d'une société faite de plus en plus de violence et de peu d'espoirs. Le livre refermé, il me reste une sorte d'impression bizarre. On a parfaitement le droit de dénoncer les insuffisances , les vices et même les tares de notre société, et dans ce registre il y a de l'ouvrage mais, à mon avis, quand on choisit de le faire sous la forme littéraire, on se doit de bien écrire c'est à dire de servir correctement notre belle langue française. C'est vrai que certains auteurs, ex-prisonniers, ont fait ce parcours littéraire et se sont révélés des écrivains de qualité. Il m'est arrivé dans cette chronique de célébrer leur talent. Certains ont même été à l'origine de la création de mots mais ici, je n'ai rien lu de semblable sinon des propos orduriers qui ne m'ont point fait rêver. Je m'attendais à autre chose, surtout à la lecture de la 4° de couverture et des critiques dithyrambiques qui ont accompagné la sortie de ce roman. J'ai été largement déçu.

 

Hervé GAUTIER – Novembre 2015 - http://hervegautier.e-monsite.com

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