Bernard DRUPT !

 

 

N°252 – Avril 2006

 

Bernard DRUPT !

 

Le hasard qui gouverne nos vies bien plus que nous voulons l’admettre, m’a mis en présence d’une nouvelle qui m’a bouleversé. Je ne suis pas un grand épistolier, mais c’est une lettre qui m’a appris la mort de Bernard Drupt, le 28 mars 2006.

 

Comme nombre de mes correspondants, je ne l’avais jamais rencontré, mais j’avais, je crois, avec lui, une manière de complicité, entretenue par des lettres que je garde précieusement. Elles ont accompagné les épreuves que dont ma vie n’a pas été avare. Ses encouragements y étaient exprimés simplement mais énergiquement, comme il savait le faire.

 

Je garde aussi ses livres qu’il avait l’amabilité de me faire parvenir, toujours enrichis d’une dédicace personnelle. Ils sont les jalons d’un parcours littéraire remarquable à mes yeux notamment parce qu’il était un autodidacte de l’écriture, journaliste et écrivain que j’appréciais autant pour ses « coups de gueule » que pour l’art consommé qu’il avait de rendre compte de ses émotions personnelles, de ses souvenirs, de ses rencontres avec des personnalités ou des anonymes.

 

Je garderai de lui le souvenir d’un humaniste, et ils ne sont plus si nombreux dans notre monde finissant, d’un serviteur cultivé de notre si belle langue française, aussi attentif au talent des autres qu’aux nombreux travers de notre société qui le révulsaient et qu’il dénonçait dans ses éditoriaux de « La Revue Indépendante ». Il était l’âme, mais aussi la cheville ouvrière de cet organe de presse dont il aimait à rappeler que Georges Sand avait contribué à sa fondation. C’était en 1841 ! Il y avait consacré une grande partie de sa vie, au point que, vu de l’extérieur, cette revue, c’était lui !

 

Je n’oublierai pas non plus qu’il y a, bien souvent, accueilli mes articles.

 

Tout comme le « Syndicat des Journalistes et écrivains », iI l’a défendue sans relâche contre les agressions extérieures autant que contre les « léthargies » intérieures, il l’a nourrie de son talent, éclairé de ses réflexions et de son énergie.

 

C’était aussi un homme d’honneur, cela éclatait sous ses mots, un révolté qui ne les mâchait pas quand il s’agissait de dénoncer les bassesses dont notre société souffre et bien trop souvent s’accommode, ou de défendre les valeurs auxquelles il était si farouchement attaché. Ses éditoriaux sont mémorables et dans cette période déjà longue où notre monde donne l’image délétère d’une communauté humaine gangrenée par le laxisme, la perte d’influence de notre pays sur tous les plans, la corruption de ses élites, la compromission de tous les pouvoirs, la gabegie et les inégalités criantes qui deviennent une règle de conduite qui insidieusement s’installe, il était un « guetteur » au regard acéré, constructif et critique, à la plume alerte. Ses papiers étaient attendus et appréciés des lecteurs. J’en veux ici porter témoignage.

 

L’une des valeurs qu’il cultivait avec ferveur était l’amitié, celle qu’il témoignait à ceux qui avaient fait de son combat leur combat et qui l’ont accompagné.

 


 

Voilà, Bernard Drupt n’est plus et même s’il pouvait paraître inconcevable qu’il s’arrêtât un jour de porter un regard critique sur la société et sur les hommes et qu’il cessât d’en rendre compte pour ses contemporains, il nous reste ses écrits, ses témoignages dont ma bibliothèque personnelle est riche. Ils sont la trace de son passage ici-bas dont nous savons qu’il est transitoire mais aussi qu’il est guetté par notre propre amnésie.

 

 

 

 

© Hervé GAUTIER http://monsite.orange.fr/lafeuillevolante.rvg 

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