PHOTOS-SOUVENIRS - Bernard DRUPT

 

Mars 1992

n°99

 

PHOTOS-SOUVENIRS - Bernard DRUPT - La Revue Indépendante - 206 rue E.Branly - 93100 MONTREUIL/BOIS

 

Il devait bien être insouciant ce petit garçon que la guerre surprit dans ce pays du Jura. Pèlerine noire et cartable au dos, il préférait sans doute l’école buissonnière et excellait dans les bêtises en tout genre dont cet âge a le secret... C’est que cela lui paraissait naturel. Allez savoir pourquoi il serra naturellement la main de l’évêque qui venait de le confirmer et qui lui tendait son anneau à baiser!

L’espiègle petit bonhomme connut le martinet (C’est là ce qu’on faisait de mieux, paraît-il, pour remettre les égarés dans le droit chemin... Depuis, les choses ont changé), l’injustice des grands dans la cour de l’école, les brimades qu’on fait subir au  »petit nouveau » et les travaux et corvées que la guerre impliquait... Turbulent, certes, mais aussi malchanceux!

A l’occasion de cette rencontre avec ses souvenirs, Bernard Drupt jette sur le monde et sur la société un regard de philosophe. Il ne craint pas de dénoncer, même sur un ton badin les injustices dont sont victimes les petits, les sans-grades. Le registre choisi est celui de l’humour. Selon que vous serez puissant ou misérables... on connaît la suite, et cette règle ne menace pas de changer. Quant à la devise républicaine bien connue, elle n’existe plus que sur le fronton de quelques bâtiments publics (Et encore maintenant, on n’ose plus) mais sûrement pas dans la réalité quotidienne... Il n’est pas inutile de le rappeler.

Il est aussi indispensable de dire que l’humour reste une de seules armes qui permettent de lutter efficacement contre les victimes de la vie. Il est vrai qu’il vaut mieux en rire!

 

Pourtant, à l’occasion de ces courts textes qu’on peut, pourquoi pas regarder comme des photographies, l’auteur remet les choses à leur vraie place, foulant, pourquoi pas, les proverbes les plus moralisateurs. Il rappelle, à l’occasion, que les mots, les phrases sont parfois singulièrement creuses voire hypocrites et que les circonstances se chargent de faire tomber les masques. La vie, on le sait, est une vaste comédie! Quand même, l’amertume pointe parfois sous l’humour et tant pis si les vedettes qu’il a pu croiser en font un peu les frais...

L’enfant devient adolescent, adulte, journaliste même et poète sûrement, un de ces honnêtes-hommes dont le pays manque de plus en plus et dont on peut se demander si le moule n’est pas à jamais détruit! En tout cas, l’écrivain qu’il est, sait se souvenir que non seulement il a été enfant, mais que son enfance à lui n’a pas été dorée. « J’ai franchi des barrières pour me rendre à l’école lointaine. Il m’arriva d’être davantage lesté à l’extérieur qu’à l’intérieur, ayant refusé d’absorber la monstrueuse panade déjà refoulée la veille... »

Il sait évoquer avec émotion les injustices que la vie ne manque pas de nous réserver, parfois au nom des convenances et de la bonne conscience et les joies d’une rencontre amicale. Si, jeune homme, il rêve un peu devant la scène (n’a-t-il pas fait du théâtre?), c’est un peu comme un enfant qui écrase son nez, à Noël, sur la vitrine d’un marchand de jouets! Il y a de la nostalgie dans ses propos.

Il a croisé tant de gens qui maintenant ne sont plus que des ombres, des noms dans la mémoire collective!

 

André Fonnet souligne son art de croquer les gens. Je souscris à cette définition surtout quand il choisit d’évoquer Prévert. « Qui dira mieux que lui »Quelle connerie la guerre et nous entraînera dans la grisaille de Brest...? » Et puis, citant Camus, il clôt (provisoirement) son propos par l’évocation émouvante elle aussi de son copain koko qui, un jour, lassé de tout, de la solitude comme de l’humour, qui aide parait-il à vivre, a choisi de « faire mourir sa vie ». « On ne fait pas un métier facile! » C’est bien vrai!

 

Ce regard posé sur la vie qui est bien courte et surtout pas toujours drôle est d’une nostalgie de bon aloi. Daniel Sor a célébré « Son style vif, sa langue précise et son sens de l’image ». J’y ajouterai le coup de crayon complice d’Arfoll qui souligne un talent incisif, un verne savoureux et truculent. Je n’omettrais pas non plus le sens de la poésie. « J’ai sauté de traverse en traverse, tantôt à l’abri de roches majestueuses et suintantes, tantôt à l’ombre d’arbres verts et odorants. Je les ai connues couvertes de givre, et il me semble, aujourd’hui, que ma moustache leur ressemble »

 

© H.G.

 

 

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