Blanche de Richemont

Pourquoi pas le silence

La Feuille Volante n°1069 -Septembre 2016

Pourquoi pas le silence -Blanche de Richemont– Robert Laffont.

 

J'ai abordé ce roman comme je le fais d'habitude, par la lecture de l'exergue qu'on néglige souvent mais qui, parfois résume bien l'esprit du texte. Celle qu'a choisi l'auteure est due à Fernado Pessoa «  Je ne suis rien, je ne serai jamais rien, je ne veux rien vouloir être. A part cela je porte en moi tous les rêves du monde». « On choisit pas ses parents, on choisit pas sa famille » chante Maxime Leforestrier, pourtant, quand on lit la brève histoire de Paul, 15 ans, jeune intellectuel, on se dit qu'il n'est pas si mal tombé que cela. Même si son père est brillant et bien différent de lui, sa mère peut-être un peu trop abusive, sa sœur aînée, Lou, trop passionnée et complice, tous l'aiment et ne veulent que son bien. Son enfance parisienne s'est déroulée dans les beaux quartiers et son avenir semble sans nuage, avec à ses côtés Florent, son meilleur ami, son confident.

La crise d'adolescence, comme on dit, est un passage difficile, autant pour soi que pour son entourage.

De plus, Paul a déjà été ébranlé par la mort prématurée de son cousin Max, un être flamboyant qui savait peut-être inconsciemment que sa vie serait brève et qui l'avait vécue intensément. Paul l'avait même pressentie parce que, selon lui, « il était épuisé dans son âme », et de se demander « Pourquoi vivre encore quand on ne vit déjà plus ». Dès lors, ce décès va être pour lui comme un défi à sa culture, à sa famille, à la société, une invitation à vivre enfin différemment. Il a 15 ans et il va naître à la vie une deuxième fois mais à sa manière… Il ne sera pas cet enfant docile dont les parents rêvent parfois. Au fil des pages il se révèle renfermé, solitaire, trop timide pour aborder les filles de son école, spécialement Camille, la plus jolie du collège qui est amoureuse de lui et qui l'attend. Lui, son choix, c'est autre chose, le rejet de tout, la hantise d'être comme les autres, son incapacité à entrer dans la ronde (« Cette vie m'emmerde »), son choix du malheur… Alors que Camille s’intéresse à lui, il la fuit mais, sur les conseils de Florent, elle sera son nouveau défi,ce qui enthousiasme sa famille qui le voit ainsi entrer dans la norme. Ce sera donc l'amour fou qui s'empare d'eux (« Elle vient de perdre l'enfance et je suis devenu un homme ») au point de donner l’impression que Paul est un adolescent ordinaire. Pourtant tel n'est pas le cas, c'est un être « à l'âme de cristal », un écorché-vif préposé à la souffrance qui n'a pas sa place dans ce monde. Il rejette donc Camille comme il rejette sa famille sans autre raison que celles qu'il puise en lui. Cette tentative de mener une vie normale échoue donc et le replonge dans un état dépressif que Camille lui avait fait un temps oublier. Il renoue avec « cette mauvaise passe qui ne passe pas » avec peut-être à l'esprit l'obsession de la mort de Max, de son absence définitive et ce malgré tous ceux qui voudraient qu'il s'en sorte, qu'il aime « cette putain de vie » alors qu'il se mure dans la silence et la solitude. Puis d'un coup, il lâche !

J'ai lu ce roman fort bien écrit, émouvant, écrit à la première personne, comme un journal intime autant que comme un hommage biographique à ce frère trop tôt disparu. N’aimait-il pas la vie qui s'offrait à lui, ne voulait-il pas grandir, pensait-il qu'il n'avait rien à faire en ce monde ? Il a sans doute voulu donner à ses obsessions, ses interrogations sa réponse du silence. C'est un bouleversant témoignage fraternel que nous livre l'auteure pour faire revivre le bref passage sur terre de ce garçon trop conscient de lui-même, une manière d'illustrer la parole d'Alvaro Mutis qui nous rappelle que les êtres ne sont vraiment morts que lorsque personne ne pense plus à eux.

Ce roman a éveillé en moi des souvenirs personnels d'une vie impossible à réaliser, du hasard qui nous fait naître dans une famille à laquelle on sera à jamais étranger, du destin implacable… L'auteure était jusqu’alors inconnue de moi mais j'ai apprécié ses réflexions sur la vie, c'est à dire cette période plus ou moins longue que nous passons sur terre et dont nous ne sommes  que les usufruitiers.

 

H.G.

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