PAOLO CONTE LIVE

 

 

N°258 - Septembre 2006

 

 

PAOLO CONTE LIVE.

(traduction des textes – Monique Malfato – Valter Unfer)

Comme j’ai souvent eu l’occasion de l’écrire dans cette revue, la nouveauté n’est pas le seul intérêt d’une publication. Cet aphorisme personnel trouve ici, encore une fois, son illustration puisque ce disque résulte d’un enregistrement public au « Montréal Spectrum » le 30 avril 1988. D’ailleurs peu importe la date, restent les chansons, la musique et les textes qui n’ont pas vieilli et révèlent l’artiste.

 

La musique tout d’abord. Le rythme sud-américain dépayse l’auditeur attentif, l’entraîne dans les pas d’un tango qu’on imagine argentin, cette danse énigmatique distillée par son « piano forte » mais aussi par le génial et complice saxophoniste qu’est Antonio Marangolo.

Cette danse, aux origines controversées nous est revenue après avoir été réinventée dans les quartiers populaires de Buenos Aires et fait écho à « la milonga », chère à Conte, mais en est légèrement différente. A l’origine, elle permettait aux hommes venus faire fortune en Argentine de se mettre en valeur face aux femmes en nombre plus limité. Très rythmée, mais aussi érotique, ses pas et figures tiennent l’homme et la femme enlacés dans une sorte de lutte où la sensualité le dispute à la pudeur, la communion des corps à la tristesse de la mélodie. La danse reste un exercice difficile ou « le hasard est léger comme un léopard(où) les figures ont mille nuances », elle laisse parfois place à la rumba qui « est seulement une allégresse de tango »[Dancing]

 

Les textes de chansons illustrent parfaitement cette atmosphère. Ils mettent en scène, comme toujours un homme et une femme qui, malgré toute l’intimité qui peut exister entre eux semblent demeurer étrangers l’un envers l’autre « Au rythme obscur d’une danse… la femme accueille ses souvenirs, même les plus bêtes et les plus balourds », comme si la danse avait ce pouvoir particulier de susciter le souvenir furtif de ses amants passés, des moments exaltants aussi bien que des erreurs, comme si le tango portait en lui cette contrition «  Il y a en elle une sorte de ciel, un vol qui justifie et pardonne toute une vie friponne »[Blue tango]. L’homme, lui, reste secret « Je suis toujours un peu distrait, plus seul et dissimulé »[Dancing]. Leur relation reste intime  « Dis-moi plutôt, auras-tu un peu de temps à me dédier dans cette nuit bleue ? » « retrouve-moi, repêche-moi, tire-moi au sort » [Bleu nuit], « Une seconde, je te prie, passe une main comme ça… au-dessus de mes livides… »[Les imperméables] «  Mais quelles mains, quelles belles mains, fais-les encore parler avec moi »[Bleu nuit],pourtant, les sentiments existent aussi, embellis par la mémoire « Elle est belle, je sais, le temps a passé mais je l’ai toujours dans la peau… » même s’ils sont empreints d’interdits et d’impossibilités « Mon amour pour elle guidera ses pas dans la joie et la douleur ce sont des sentiments de contrebande » [Mexico et nuages]. L’homme et la femme, dans les textes de Conte se livrent toujours à une quête sensuelle «  Il y a des yeux qui se cherchent, il y a des lèvres qui se regardent…il y a des jambes qui s’effleurent et des tentations qui se parlent »[Aguaplano], leur monde sont différents mais parfaitement complémentaires cependant. Les interrogations font partie du jeu de la séduction comme l’attente et l’envie d’immoralité « Que me donnes-tu, où m’emmènes-tu, me plairas-tu, me comprendras-tu ?… Donne-moi un sandwich et un peu d’indécence [Come me vuoi]. C’est une constante intéressante dans sa démarche créatrice où il y a une dimension de dépaysement mais aussi de volonté de «  décalage » comme le montre cette référence quasi constante aux bains et à la musique turcs puisqu’elle est pleine « d’enchantements, de détonations, de pétards » [Come me vuoi » .

Cette fois, c’est en l’Amérique du sud qu’il convie l’auditeur, témoin privilégié de son voyage. Elle constitue, avec la méso-amérique un véritable continent plein de mystères et d’attirance, plein de musique, d’un art de vivre si différent de celui des Européens. Cela va de l’ « altiplano » à l’aspect grandiose et dépouillé, dont l’auteur se limite malheureusement à nous indiquer que « Dieu habite là, à deux pas », au climat tropical qui dispense une lumière « comme un suaire »[Amérique du sud], au décor comme « une arche entre le calme et la tempête »[Amérique du Sud].

 

Ce disque entraîne l’auditeur attentif dans un autre monde fait de la musique et des mots de Conte. Un enchantement, comme toujours !

 

 

 

 

© Hervé GAUTIER  http://monsite.orange.fr/lafeuillevolante.rvg 

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