Christophe Honoré

VIOLENTES FEMMES

N°965– Septembre 2015

 

VIOLENTES FEMMES Christophe Honoré – Actes Sud.

 

La découverte d'un auteur inconnu de moi passe souvent par le choix d'un livre sur le rayonnage d'une bibliothèque. Pour cela je m'en remets souvent au hasard, parfois aux nouveautés de l'année littéraire. La lecture de la 4° de couverture guide souvent mon emprunt et j'ai rencontré comme cela nombre d'écrivains dont je ne connaissais pas l'existence et qui maintenant enchantent mes lectures. Ici, le nom de l'éditeur me semblait un gage de qualité, alors pourquoi pas ? Le titre était à la fois dans l'air du temps et paradoxal, notre époque est effectivement marquée par la violence et les femmes sont traditionnellement l'image inverse de celle-ci, plutôt associées à la grâce, à la tempérance, à l’apaisement (ne dit-on pas que si tous les chefs d'état étaient des femmes il n'y aurait plus du guerre?). Mon expérience personnelle m'a cependant enseigné qu'il faut se méfier des idées reçues et des apparences.

De l'aveu de l'auteur, ce texte évoque la tuerie intervenue en 1989 à l'école polytechnique de Montréal par un homme qui aurait souhaiter éliminer des étudiantes-ingénieures au seul motif qu'elles étaient plus instruites que lui et qu'elles voulaient en quelque sorte faire un métier d'homme, c’est à dire sortir du rôle traditionnel dédié aux femmes. Marc Lépine, l'auteur de ce massacre, se suicida ensuite. Il était en outre question pour Christophe Honoré d'associer deux phrases, d'une part celle de l'assassin qui avait avoué s'en prendre à ces femmes parce qu'elles étaient féministes, parce que les féministes avaient gâché sa vie et d'autre part, notre auteur souhaitait évoquer une série d'apparitions qui avaient eu lieu en 1947 dans la petite commune de l’Île Bouchard en Touraine. La Vierge Marie y serait en effet apparue à de jeunes enfants et leur aurait demandé qu'on priât pour la France qui en avait bien besoin ! Ce genre de manifestations qui, ici se sont accompagnées de miracles, de marques de ferveurs populaires, de mysticisme et sûrement de conversions, est toujours de nature à gêner la hiérarchie catholique qui, au-delà de l'indispensable vérification, se recommande volontiers des manifestations divines quand elles sont légendaires ou historiques mais les rejette quand elles se déroulent devant elle. Bref, on mit ainsi en cause les allégations des enfants, celles d'Odette en particulier, on les soumis à force questions pour déceler une éventuelle mythomanie et pour finir par admettre en 2001, cette petite commune française comme un lieu de culte marial. Ça, c'est pour les apparitions.

Entre l'évocation des ces événements qui bouleversèrent ce petit bourg, ce qui est une pièce de théâtre qui évoque au départ la tuerie de Montréal où il est question du féminisme, le thème s'affine quelque peu et on y parle de sexualité, d'orgasme retardé, d'éjaculation précoce, de la famille dont les valeurs traditionnelles disparaissent, du rejet de ce qui cimente les sociétés humaines, du besoin de liberté des femmes, de la nécessaire égalité des droits et des devoirs entre hommes et femmes, du constat qu'elles subissent la violence mais aussi s'en rendent coupables… On en vient à conclure que le féminisme est moins une doctrine qu'une sentimentalité, parce que les hommes et les femmes se ressemblent tellement qu'ils ne peuvent que s'aimer.

Ces deux événements en impliquent un troisième qui donne la parole à l'actrice Romy Schneider qui raconte son parcours, sa notoriété, ses interrogations et ses aspirations, évoque ses rencontres, ses amours, ses joies, ses peines, ses déceptions, ses films et le drame de sa vie, avec le temps qui passe et les rides qui vont avec... Ce sont trois destins qui sont évoqués ici mais je n'ai pas vraiment trouvé de lien entre eux, même si la violence fait partie de nos vies à tous et que si elle est souvent le fait des hommes contre les femmes, l'inverse est également vrai. J'ai eu pourtant du mal à comprendre comment ces trois moments s'articulaient entre eux. Que le féminisme, comme tous les courants de pensée contestataires, souhaite remettre en question les idées établies et les faire changer, jusque y compris avec une forme de violence, je l'admets volontiers mais je vois mal le rapport avec les apparitions de Touraine et l'actrice Romy Schneider

 

Je ne sais si j'ai bien compris mais j'ai surtout le sentiment d'être passé à côté de quelque chose.

Hervé GAUTIER – Septembre 2015 - http://hervegautier.e-monsite.com

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