Dominique Fabre

PHOTOS VOLEES

N°878– Mars 2015

PHOTOS VOLEES – Dominique Fabre – Éditions de l'Olivier.

Jean, la soixantaine vient d'être licencié de la société d'assurances dans laquelle il travaillait depuis quelques années. Divorcé sans enfant, il est seul au monde et doit réorganiser sa vie à cause de ce licenciement. La recherche d'un hypothétique travail, les négociations pour son départ, l'éventualité d'une instance au prud’hommes, les recherches éprouvantes et un peu désespérées à  Pôle emploi, la préparation d'une fin de vie fragile et solitaire l'occupent un moment. Il fouille dans ses affaires et retrouve de vieux clichés du temps où il était photographe professionnel. Du coup son passé lui revient à la figure, toute sa vie avec sa jeunesse, ses amis, ses parents, ses amours, les vivants, les morts… A travers ces clichés en noir et blanc, il revoit sa vie, la revisite, y jette un regard nouveau comme si c'était pour la première fois. A cause de ces moments passés, Jean se retrouve toujours face à lui-même, il a perdu tout espoir de s'unir à une autre femme et va devoir seul affronter les problèmes d'argent du fait de cotisations anciennes non payées et surtout de solitude, de certitude de ne plus servir à rien ni à personne, de n'être plus rien. Petit à petit, il revient à la photographie et aux lieux urbains qui ont marqué sa vie, dans les rues, dans les bars là où on y rencontre des inconnus qu'on en reverra plus ou des amis perdus de vue mais qu'on revoit par hasard. C'est peut-être grâce à la photo qu'il parvient à remonter la pente, à revivre à peu près normalement.

L'auteur aborde le problème des seniors licenciés brutalement parce qu'ils coûtent trop cher et en sont pas assez performants dans une société qui maintenant les rejette sans beaucoup de ménagement. Jean connaît ainsi un problème d'effacement, celui qu'on lui impose à cause de son âge mais aussi celui qu'il s'impose à lui-même, désireux qu'il est d'être transparent parce qu'il n'est plus rien. Il aborde aussi la solitude qui, peu ou prou nous menace tous quand arrive la vieillesse parce que le temps passe sur nous et en nous et chaque photo est un jalon même si elle souligne la fuite du temps. Il le fait sur un mode mineur mais avec une certaine pudeur mais surtout avec la mélancolie qui pointe sous ses propos.

A la fin du livre, Jean connaît une histoire d'amour dont le lecteur en sait pas si elle débouchera sur quelque chose de sérieux et contribuera ainsi à sa renaissance. Cet épilogue en forme de point d'interrogation me plaît bien et va dans le sens du climat général du roman.

Le style est simple, dépouillé, un peu ennuyeux cependant. J'ai achevé ma lecture sans trop savoir ce qui m'y poussait. J'ai ressenti une tristesse profonde, comme celle de Jean, le narrateur qui se débat comme il peut dans cette nouvelle vie. Je me suis un peu retrouvé dans cette situation, soit qu'elle se soit vérifiée quelque peu dans le passé, soit que mon imagination féconde me projette dans l'avenir.

©Hervé GAUTIER – Mars 2015 - http://hervegautier.e-monsite.com

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