Le sumo qui ne pouvait pas grossir

La Feuille Volante n° 1187

Le sumo qui ne pouvait pas grossir Eric-Emmanuel Schmitt – Albin Michel.

 

Jun est adolescent, un petit vendeur de rue à la sauvette d'objets bizarres. C'est un jeune homme maigrichon en rupture avec sa famille, un marginal, un SDF, qui survit à Tokyo dans des conditions difficiles. Shomintsu, un vieillard à la rôle d'allure, directeur d'une école de sumo, voit en lui un gros et sans doute un futur champion, une manière de lui dire que, selon lui, il a toutes les qualités pour devenir un vrai sumo. A-t-il besoin de lunettes ou bien est-il à ce point doué de double vue pour deviner l'avenir, allez savoir ? Toujours est-il que malgré ses réticences, et aussi sans doute poussé par la nécessité, Jun s'inscrit à l'école de Shomintsu. Et ce n'est pas tout, dans la série des prémonitions dont il est l'objet, voila que Reiko, la jeune sœur du champion sumo lui prédit le mariage et des enfants… avec elle ! Au terme de son apprentissage, il ne sortira pas « grossi » mais « grandi » de ce parcours, assurément transformé et plus confiant en l'avenir.

 

Cette histoire est évidemment une fable qui tient un peu du conte de fée où le merveilleux côtoie l'impossible et où le happy-end est obligatoire. On peut y voir ce que l'on veut et pourquoi pas l'histoire d'une renaissance, d'un apprentissage de soi-même autant qu'une acceptation de sa propre personne, une remise en question des certitudes les plus ancrées en nous, des préjugés, des idées reçues, une manière d'être en paix avec soi et avec les autres, de changer de vie, de devenir soi-même... Redescendant sur terre, j'avoue aussi avoir goûté l'humour, d'ailleurs d'un goût assez douteux, de cette histoire peu commune. A l'affirmation que Shomintsu adresse à Jun pour l'encourager à sortir de sa condition, « Je vois le gros en toi », répond, non sans un certain à propos celle que ce dernier adresse à Reiko, qu'il veut maintenant épouser et avec qui il veut évidemment avoir des enfants, « Je vois la grosse en toi ». Cela a au moins le mérite d'être explicite mais à mes yeux peu flatteur à l'endroit d'une jeune fille fluette et délicate et passerait même sous nos latitudes et dans la période formidable que nous vivons actuellement, pour du harcèlement sexuel.

 

Ce petit livre s'inscrit dans le « cycle de l'invisible » qui nous conduit aux racines du bouddhisme mais nous fait aussi faire quelques pas dans l'univers merveilleux des légendes.

 

J'ai apprécié comme toujours le style de l'auteur même si je n'ai probablement pas lu ce conte dans l'esprit dans lequel il l'a écrit. Cela tient à moi, assurément, pas assez zen, trop tourmenté, pas assez réceptif à la spiritualité, pas assez versé vers le merveilleux qui n'existe que dans les romans, jamais dans la réalité. Je suis, et sans doute définitivement, irrécupérable !

 

 

© Hervé GAUTIER – Novembre 2017. [http://hervegautier.e-monsite.com]

 

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