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la feuille volante

Eden Utopie

La Feuille Volante n° 1179

Éden Utopie Fabrice Humbert – Folio..

 

C'est une saga du genre Rougon-Macquart que nous offre l'auteur c'est à dire l'histoire de deux familles, les Courtis, riches et les Meslé, pauvres, une histoire qui commence à l'été 1946 à Clamart avec la construction d'une maison commune protestante, « La Fraternité ». Pour écrire cette saga, l'auteur va, de nos jours, interroger les différent membres encore vivants, scruter les photos jaunies et bien sûr se heurter aux silences, aux non-dits, aux mensonges, aux secrets inavoués, aux vengeances, aux revers de fortunes, aux injustices et aux préférences familiales mais aussi aux vieilles rancunes qui ont la vie dure. Il remonte ainsi l'arbre généalogique à l'écorce pas forcément lisse, tombe sur des branches pas forcément saines. Comme dans toutes les familles en réalité !

 

L'idéal de « la Fraternité », sorte d' « abbaye de Thélème » mais pas dans le contexte débridé de Rabelais, où se mélangeait les classes sociales et les horizons politiques, à condition que le contexte soit chrétien, sérieux et respectueux du travail, est une certaine forme d'utopie. Elle s'érode avec le temps puis finit par disparaître au fil des pages pour laisser place à un autre militantisme où la mort prévaut face à la vie.

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Au vrai je me suis un peu ennuyé à la lecture de ce livre, poursuivie cependant à cause d'un engagement personnel. Il y est question alternativement de bourgeoisie bien pensante, de révolution gauchiste, de marginalisme militant, d'espoirs portés par le socialisme (quand on voit où tout cela nous a menés), d'idéal libertaire mâtiné d'illégalités en tous genres pour finalement fabriquer des gens qui finissent par rentrer dans le rang et s'intégrer parfaitement dans cette société qu'ils voulaient si fort détruire et d'oublier un peu vite ce qu'avaient été leurs engagements de jeunesse. Les événements de la vie de l'auteur, ses rencontres, tout comme les nombreux analepses de son enfance que je pourrais regarder comme un Éden disparu, m'ont paru un peu longs. Les soubresauts qui agitent ces deux parentèles parallèles ne m'ont guère passionné non plus, entre vices, amours, rencontres, divorces et remariages, familles qui se décomposent et se recomposent, l'emprisonnement pour terrorisme pour certains et la réussite sociale ou l'inaptitude à la vie en société pour d'autres et cette volonté affichée de chacun de sortir de son milieu, le tout sur fond d'insécurité et d'attentats politiques qui émaillèrent les années 80, « Brigades Rouges » en Italie, « Fraction Armée Rouge » en Allemagne, « Action Directe » en France. Ce n'est certes pas une famille comme les autres, mais j'ai eu un peu de mal à suivre, même si, au bout du compte, la chimère de « la Fraternité », avec son discours rigoriste, sa volonté de vie commune et celle d'assumer jusqu'au bout ses responsabilités, a nourri une autre utopie politique parce que le hasard, les rencontres et les événements avaient conduit certains de ses membres vers le terrorisme, l'assassinat et donc vers la prison. Que reste-t-il de l'idéal de « la Fraternité » face à celui « d'Action Directe » qui veut réformer la société capitaliste en la détruisant et en passant par l'assassinat politique de ses membres jugés responsables ?

Le style m'a paru neutre et bien peu engageant mais ce voyage dans cet univers familial est heureusement facilité par un arbre généalogique constamment consulté et sans lequel j'aurais vite refermé ce livre.

 

J'avais déjà abordé l’œuvre de Fabrice Humbert avec « La fortune de Sila » (La Feuille Volante n° 557) qui n'avait que peu retenu mon intérêt. Je ne change guère d'avis à propos de cet auteur.

 

© Hervé GAUTIER – Octobre 2017. [http://hervegautier.e-monsite.com]

 
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