Françis Latreille et Yves Gaubert

L'HERMIONE - Une frégate pour la liberté

La Feuille Volante n°1009– Janvier 2016

 

L'HERMIONE - Une frégate pour la liberté – Françis Latreille et Yves Gaubert (illustrations de Gilbert Maurel) – Gallimard.

 

Il fallait être bien fou pour reconstruire à l'identique une frégate du XVIII° Siècle. Cette idée a pourtant germé à partir de 1992 dans la tête d'une poignée d'hommes et de femmes d'une association de Rochefort/mer, sans doute pour ressouder l'amitié franco-américaine, peut-être aussi pour célébrer le combat d'un homme pour la liberté, le marquis de la Fayette, dont la mémoire française n'a pas gardé une grande trace mais dont le nom, outre-Atlantique reste bien vivace et symbole de l'aide apportée par la France aux « insurgents » épris d'indépendance. J'ai pu personnellement constater que ce nom de La Fayette est synonyme de leur liberté même si deux générations de GI sont venus mourir dans la boue des tranchées ou sur les plages de Normandie pour la nôtre. Ils savent gré à la France, pays ami, de les avoir aidé dans leur combat pour l'indépendance et le premier geste du général Pershing débarquant en France en 1917 fut de déposer une gerbe à la mémoire de La Fayette. Le récent voyage le la frégate de Rochefort à Yorktown a soulevé l’enthousiasme général aussi bien dans la rade de La Rochelle que sur la côtes américaines .

Vaincue au terme de la guerre de sept ans, La France avait perdu le Canada au traité de Paris de 1763. Les différents ministres de la Marine accélèrent la construction navale pour faire échec à l’hégémonie maritime anglaise en privilégiant les frégates, bâtiments plus maniables et rapides que les lourds vaisseaux de haut-bord . Ainsi, dans l'Arsenal de Rochefort/mer, fut décidé dès 1778, la construction de quatre frégates dont l'Hermione. En juillet 1776 les colonies anglaises d'Amérique proclament leur indépendance et la France s'engage résolument à leur côté notamment La Fayette, jeune aristocrate qui dès 1777 s'était mis au service du général Washington. Il effectue un deuxième séjour en 1780 et s'embraque sur l'Hermione qui participera aux combats navals et terminera sa carrière en s'échouant au Croisic en 1793.

L'Hermione ne pouvait être reconstruite qu'à Rochefort, ville qui poursuivait sa réhabilitation historique notamment avec la Corderie royale et la remise en service des formes de radoub. Une fois les plans reconstitués, la maquette réalisée, il a fallu sélectionner les bois de chêne et les assembler. La construction dura dix-sept ans alors que la frégate du XVIII° fut assemblée en moins de 6 mois, dans des conditions différentes, il est vrai. Ce livre montre un technique propre à la construction navale en bois, remettant à l'honneur la charpenterie de marine, la voilerie, le travail de maréchaux-ferrants autant pour la frégate que pour ses annexes (canots et chaloupe). L’Hermione est un voilier et, à ce titre, il a fallu remettre à l'honneur le gréement spécifique, la voilerie traditionnelle en lin, les poulies en bois, les pièces d'accastillage en fer forgé, le matelotage des cordages, en chanvre ou en fibre de bananier, réalisés soit à l’atelier de la Corderie royale soit par des société spécialisées. Les ouvriers travaillaient le plus souvent en public ce qui constituaient une source de revenu pour le chantier, une attraction et une occasion pour le public de découvrir ces métiers. L'ouvrage mentionne évidement un vocabulaire technique original bien souvent disparu : l'étambot, l'arcasse, le guibre, les varangues, le vaigrage, les carvelles... qui tissent ainsi un décor particulier et inattendu. Les photos successives ainsi que les commentaires détaillent pour le lecteur les différentes phases de la construction de la frégate.  Les entreprises choisies pour cette aventure étaient soit spécialisées dans la réhabilitation de bateaux anciens en bois soit dans la construction de charpentes pour les monuments historiques terrestres. Cela a si bien fonctionné que le travail et donné lieu à des innovations et à des dépôts de brevets, le tout sous le contrôle du « Comité Historique ».

L'Hermione est aussi un bâtiment de guerre armé de 26 canons qui tirent des boulets de 12 livres,[d'où son nom : frégate de 12 - Les tirs se font cependant à blanc et ne servent qu'à saluer]. Ils reposent sur des affûts roulants et nécessitent non seulement des outils spécifiques pour les servir et réaliser la mise à feu mais aussi une technique particulière pour les fondre même si leur fabrication fut un peu différente de celle du XVIII° siècle. Quand elle prenait la mer, la frégate emportait à son bord des subsistances mais aussi de la poudre ; la tonnellerie fut donc sollicitée.

L'Hermione est un navire qui est destiné à naviguer et à ce titre il doit satisfaire aux normes actuelles de sécurité et porte une technologie moderne sans laquelle elle ne pourrait obtenir son permis de navigation (présence de propulseurs électriques servis par des groupes électrogènes, sanitaires pour l’équipage, instruments de navigation électroniques et informatiques embarqués dissimulés dans le décor- congélateurs pour la conservation des aliments…) Elle est donc la conjugaison de la tradition maritime du XVIII° siècle et de la modernité. Quand elle navigue, la frégate est commandée Yan Cariou, commandant de marine marchande, ancien commandant du Belem, secondé par 4 officiers, 15 marins professionnels et 150 volontaires. Son port d'attache est Rochefort où elle participera à des animations que les auteurs souhaitent autant suivies par le public que l'a été le chantier.

 

© Hervé GAUTIER – Février 2016. [http://hervegautier.e-monsite.com ]

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