LE CHATEAU DU LAC TCHOU-AN [Les nouvelles enquêtes du juge Ti, vol.1]- Frédéric LENORMAND - Editions FAYARD.

 

 

N°308– Août 2008

Quelques lignes dans la rubrique nécrologique du samedi 2 août 2008. Elles annoncent simplement le décès et les obsèques de Jeanne Parthenay, épouse de Marcel Auger dit « Marjan ». Elle a été la compagne des bons et des mauvais jours de son mari. Je n'oublierai pas le sourire de celle que nous surnommions tous familièrement « Marjane ». Une absence de plus au triste compteur des disparus. Elle a donc survécu 10 ans à celui qu'on a appelé « le poète humoriste niortais ». Il m'honora de son amitié pendant plus de 20 ans et jusqu'à sa mort. Je continue à penser à lui. Tous ceux qui l'ont connu ou simplement croisé lui doivent au moins d'avoir favoriser leur démarche créatrice ne serait-ce qu'en devinant et en accompagnant leur merveilleuse envie d'écrire.

LE CHATEAU DU LAC TCHOU-AN [Les nouvelles enquêtes du juge Ti, vol.1] – Frédéric LENORMAND – Editions FAYARD.

Décidément, Ti est encore une fois ce « malheureux juge perdu dans un univers de crime et de vice omniprésents ». Le voilà effectivement en train de mener une enquête hors de sa circonscription sur des meurtres inexpliqués, au beau milieu d'une inondation qui l'a contraint à aborder dans la ville de Tch'ouan-Go [« l'endroit le plus paisible du monde »], alors qu'il rejoignait, accompagné de son seul sergent, sa nouvelle affectation. Soucieux d'échapper au confort plus que relatif de l'auberge locale, il obtient avec quelques difficultés l'hospitalité des châtelains locaux, les Tchou.

Dès lors, les choses se compliquent. Non seulement ses hôtes résident à l'écart de la ville mais semblent vivre dans un autre monde, entourés qu'ils sont d'un univers de légendes mais aussi de manifestations surnaturelles, jouissent d'une immense fortune dont ils ne semblent pas avoir cure, mènent une vie recluse et quasi monastique alors qu'ils pourraient connaître les fastes de la cour impériale des T'ang, ont une attitude des plus bizarres et changeantes. Et puis il y a «  ce château étrange et ... son intrigant secret » et l'invitation appuyée de ses habitants à le voir quitter les lieux au plus vite et les laisser en paix. Tout cela n'est pas sans étonner notre juge dont l'esprit pétri de confucianisme est toujours en éveil et la passion pour la loi et l'ordre public intacte. A tout cela viennent s 'ajouter des cadavres, retrouvés flottant dans cette ville désormais envahie par l'eau mais dont tout le monde se moque, le niveau de la rivière étant pour l'heure la seule préoccupation des habitants. Bref, ces personnes maintenant réduites à l'état de cadavres avaient été des gens qui se déplaçaient librement dans cette cité et devaient bien en savoir long sur elle et sur ses habitants. Pourtant Ti « ne connaissait rien de plus secret que la façon de vivre de ces Tchou, dans leur château, sur leur île, au milieu de leur lac, dans leur parc fermé, derrière leur portail qui protégeait il ne savait quelle turpitude digne qu'on tuât pour en préserver l'incognito. »

Etait-ce le contexte climatique, cette maisonnée bizarre où il est un peu perdu parmi les secrets de famille, une pratique culinaire des plus douteuses, le mauvais sort qui semble s'acharner sur ses membres, comme si ce château portait malheur à ceux qui l'habitent, les hypocrisies qu'ils pressent ou les mutismes qu'ils supportent, mais notre juge hésite, se reprend, doute et s'égare un peu... A force de rebondissements de fausses pistes, d'impressions non vérifiées, Ti finit par entrapercevoir la vérité « La lumière jaillissait enfin. Elle était aveuglante. » En effet, la sagacité du mandarin, alliée cependant à la crédulité populaire, au contexte de légendes et de superstitions, au hasard et à la chance aussi, lui a permis de délier l'écheveau compliqué de cette histoire. Tout cela n'était donc rien d'autre qu'une tromperie macabre dictée par l'appât du gain, la fièvre de l'or, la convoitise qui ne font pourtant rien d'autre que de perdre ceux qui s'y laissent prendre.

Ti est décidément un fin observateur de la triste condition humaine et même s'il a été, lui aussi, un peu abusé, il se montre à sa manière, un tantinet opportuniste pour cacher cette mystification et même profiter de la situation. Mais, peut-on lui en vouloir?

©Hervé GAUTIER – Août 2008.http://monsite.orange.fr/lafeuillevolante.rvg 

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