QUELQUES MOTS SUR LE JUGE TI (630-700)

 

 

N°293– Février 2008

QUELQUES MOTS SUR LE JUGE TI (630-700)

Il devait être un personnage étonnant, le juge Jen-Tsi TI, magistrat qui a réellement vécu en Chine au 7° siècle de notre ère et qui fut un célèbre détective. Il devait effectivement être quelqu'un de passionnant, d'attachant aussi puisque sa trace a été retrouvée et sa figure immortalisée par le romancier Robert Van Gulik [1910-1967], diplomate orientaliste qui en a fait le héros d'une série policière à succès. Il occupa de nombreux postes diplomaties en Asie et en Chine. Il est également l'auteur d'un douzaine de livres sur la littérature, l'histoire et les Beau-Arts de l'Inde, de la Chine et du Japon et a surtout publié des études approfondies sur la peinture, la sociologie de la Chine ancienne. Il est notamment l'auteur d'un traité sur l'administration de la justice en Chine à l'époque Song [« T'ang yin pi shih » Parallèle cases from under the Pear-Tree – Leyde 1956]. Ces données techniques et particulièrement argumentées se retrouvent dans 17 romans où Gulik met en scène le juge TI dont il évoque les authentiques enquêtes, en ayant soin à la fois de créer pour son lecteur une ambiance exotique et de peindre un personnage aux déduction et aux actions d'investigations policières extraordinairement efficaces.

Au passage, il en profite pour donner de lui sa véritable image, celle d'un homme de son temps, vivant dans le société chinoise de l'époque avec épouses, palanquins et tous les membres qui composent les couches sociologiques d'alors, mais loin des clichés traditionnels que la littérature policière occidentale a volontiers instillé dans l'esprit du lecteur. Il le présente en effet comme un fonctionnaire intègre, animé par le seul sens du devoir, soucieux d'une bonne administration de la justice, sans natte [Elle viendra bien plus tard avec les Mandchous], sans opium [il n'en fume pas], mais respectant la procédure pénale chinoise de l'époque avec torture et mise à mort, avec force détails de la vie quotidienne, une certaine préciosité de langage et des descriptions d'un grand réalisme. TI deviendra plus tard ministre de la Cour Impériale et son influence sur les affaires de l'état sera grande. Gulik met en scène son héros dans des villes réelles ou imaginaires où il exerce sa charge de magistrat, avec toujours un plan de la cité, des gravures que l'auteur lui-même a dessinées dans le style de l'époque et une liste des personnages qui apparaissent dans chaque affaire, ce qui en facilite la lecture et la compréhension. Respectant la trame traditionnelle du roman policier chinois dans chacun de ses ouvrages, il fait résoudre au juge trois affaires qui s'entremêlent. Chez lui le style est épuré, l'intrigue passionnante, le dépaysement assuré.

Cela a assuré à Gulik un succès populaire en Grande Bretagne, aux États-Unis et ses romans ont été traduits en Chine et au Japon. Son premier ouvrage [« Les enquête du juge TI »] a été publié en France en 1962.

Le plus étonnant sans doute dans cette affaire, c'est que le personnage du juge TI, qui avait déjà inspiré les auteurs de romans policiers chinois, a été repris par un romancier contemporain, Frédéric LENORMAND (né en 1964) qui, dans un style différent plus humoristique, mais en gardant le même esprit, fait revivre cet étonnant magistrat qui ne vieillit décidément pas, avec « Les nouvelles enquête du Juge TI » qui ne me laisseront évidemment pas indifférent.[La Feuille Volante n° 291].

 

 

© Hervé GAUTIER – Février 2008.
http://monsite.orange.fr/lafeuillevolante.rvg 

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