Gaëlle Josse

NOCES DE NEIGE – Gaëlle Josse

N°701 - Décembre 2013.

NOCES DE NEIGE Gaëlle Josse - Éditions Autrement.

 

Ce sont deux vies de femmes qui par delà le temps se croisent.

 

Nous sommes en mars 1881, Anna Alexandrovna, fille d'un grand-duc russe quitte Nice où elle a passé l'hiver pour rejoindre Saint-Pétersbourg. Elle s'ennuie dans ces réceptions où il faut danser et faire bonne figure pour trouver un bon parti et dans cette famille où il faut jouer du piano et faire de l'aquarelle. Sa seule passion c'est les chevaux et, pour ce qui concerne les garçons, c'est Dimitri, un jeune aristocrate, qu'elle espère épouser un jour. Son voyage va durer cinq longues journées par le train. Pourtant ce périple lui plaît bien à cause du voyage, des pays traversés...Ce qui lui plaît moins c'est de retrouver sa famille qui, sous des dehors nobles cache des vérités bien peu avouables, l'infidélité de sa mère, les frasques de son père, le secret de son frère qui pourrait bien lui coûter sa carrière et peut-être davantage.

 

En mars 2012 c'est Irina, jeune Russe qui fait le voyage en sens inverse pour aller rejoindre en deux jours seulement et toujours par le tain, Enzo, un inconnu pour qui elle a tout abandonné. Il l'a invitée pour un mois et lui a même offert son billet, l'argent de son passeport. Son nom autant que la Riviera française qu'elle ne connaît pas la font rêver. Et puis il y a peut-être des projets de mariage puisqu'elle a rencontré Enzo sur un site spécialisé qu'internet simplifie et embellit. Les jeunes filles slaves sont à la mode, elle rêve, cela ne coûte rien, même si toutes ces annonces ressemblent peu ou prou à de l'arnaque ! Elle ne veut pas y penser puisque qu'Enzo représente pour elle un avenir et peut-être le bonheur même si elle ne sait pas grand chose de lui et qu'il n'est pour elle finalement qu'un être quelque peu virtuel. Elle sait qu'elle s'avance vers l'inconnu et cela lui fait peur autant qu'elle doute d'elle-même et la déception est peut-être au bout du chemin malgré l'empressement d'Enzo. Ce serait pourtant une occasion unique d'échapper à la misère, une chance à ne pas laisser passer avec cet homme qui l'attend au bout du quai, à Nice. Et puis elle a mauvaise conscience parce qu'elle lui a menti sur son parcours, oh, un pieux mensonge, rien de bien important. Elle est serveuse dans un self à la sortie du métro mais elle a préféré lui dire qu'elle à travaillé au Café Pouchkine, oui, celui de la chanson de Bécaud ! Elle a un peu honte de se faire épouser par Enzo qui n'est peut-être qu'un pauvre imbécile incapable de séduire une femme. Pour elle aussi le voyage est agréable, quoique que plus populaire et ce malgré les attentions de Sergueï, le chef de bord, sans doute un peu amoureux d'elle. Ce genre de relations entraîne la confidence et parfois plus, mais les rencontres qu'on fait dans les trains sont souvent sans lendemain.

 

Tout oppose ces deux jeunes filles, l'une est aussi pauvre et prolétaire que l'autre est riche et aristocrate et si Anna n'a presque plus rien à attendre de la vie, Irina, elle puise son bonheur dans le rêve. Elles se protègent, l'une avec cet avenir tissé dans un imaginaire un peu trop séduisant, l'autre avec son rang, son nom et la certitude que tout est tracé d'avance. Ni l'une ni l'autre ne sont vraiment belles comme on imagine les femmes slaves mais c'est là un détail. L'une et l'autre sont emprisonnées dans une sorte d'hypocrisie qui les gêne. Le temps, l' époque aussi les séparent, chacun imprimant en elles sa marque comme un intaille mais l'univers clos du train suscite le souvenir, aiguise la mémoire ce qui parfois fait naître des regrets. Il favorise aussi la découverte qui peut parfois se transformer en déconvenue que la jalousie exacerbe. Bien sûr, Irina n'a jamais entendu parler d'Anna et elles resterons à jamais étrangères l'une à l'autre. Je ne suis pas sûr que ce voyage effectué avec plus de cent trente années de différence et en sens inverse, les rapproche tellement. Certes, nous faisons tous des rêves improbables, nous avons tous dans le secret de notre âme bâti des châteaux de cartes qu'un coup de vent hasardeux a balayé, nous avons tous un jour ou l'autre fait prévaloir notre part de vanité en l'habillant de fantasmes un peu fous. La réalité a été la plus forte et nous avons refermé les bras sur le vide, avec en prime le temps qui passe, qui ride la peau et donne des bleus à l'âme, des espoirs déçus, des regrets, des remords.

 

Gaëlle Josse sais raconter une histoire, surtout que le microcosme du train avec tout les fantasmes qu'il suscite s'y prête admirablement. Je n'ai cependant pas été enthousiasmé par le style. Ce n'est pas mal écrit, certes mais sans plus et j'ai lu ce récit davantage par curiosité de lecteur, pour connaître l'épilogue, que par réel intérêt pour l'intrigue. J’avoue que ces portraits croisés, complétés à la fin par celui de Philippe Barberi qui lui m'a réellement ému, m'ont laissé une impression bizarre, pas vraiment mauvaise mais un peu artificielle.

 

 

 

 

 

©Hervé GAUTIER – Décembre 2013 - http://hervegautier.e-monsite.com

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