Henri Quefellec

CONVOI POUR OSLO

N°78

Septembre 1991

CONVOI POUR OSLO – Henri Queffelec – Editions Stock.

L’Histoire ne retient que les hauts faits, gomme les zones d’ombre, élude les actions humbles, les incertitudes pour ne conserver que le réel, l’établi, l’indubitable et le consacre par la mémoire collective. Il n’y a pas de place pour les états d’âme, les hésitations… Pourtant l’auteur fait observer que les Grecs avaient donné à Clio, muse de l’histoire, une fille qui était celle de la poésie, c’est à dire de l’imagination…

Avril 1940. Hitler décide d’envahir la Norvège. Il le fait à sa manière, sans déclaration de guerre, en pleine nuit, par une flotte de guerre naviguant tous feux éteints. Non seulement cette escadre, forte du plus récent bâtiment de guerre de la kriegsmarine (Le Blücher) viole les eaux territoriales norvégiennes, mais encore elle prend l’initiative des hostilités et coule un garde-côte… Au fond du fjord, Oslo, la capitale et l’espoir d’occuper rapidement le pays et de s’emparer de la personne du roi.

Dépourvu d’armée, ce peuple vivait dans une sorte d’expectative poétique face à l’embrasement de l’Europe. Sa neutralité rassurait et le sérieux le disputait à l’attente.

Avant d’arriver au fond du fjord, l’escadre allemande s’avance vers le petit fort d’Oscarborg sommairement armé de canons hors d’âge que les services de renseignements allemands ont réputés inoffensifs. Là, l’Histoire donne rendez-vous à un homme, Ericksen, colonel d’artillerie qui a connu dans ce pays neutre davantage de servitudes que de grandeurs militaires. Il connaît bien les atermoiements des politiques, plus soucieux de leur carrière que de l’avenir de la Patrie. Il connaît aussi sa faiblesse face à l’extraordinaire puissance de feu ennemie. Il sait aussi où est son devoir, celui de défendre le sol natal.

Dès lors, il sait qu’il vit un moment d’exception, un de ces moments décisifs qui transcendent les hommes de bonne volonté et font qu’ils sont exactement eux-mêmes, qu’ils sont réduits à l’accomplissement de leur seul devoir et qu’ils l’exécutent dans une sorte d’état second. « A certains moment, il faut agir » dit avec une simplicité paradoxale le colonel Ericksen !

En face, le commandant du Blücher, lui aussi fait son devoir de soldat, mais on se méfie de lui, et on le flanque d’un supérieur hiérarchique et surtout d’un général SS. Certes, il obéira aveuglément aux ordres, mais non sans avoir attiré l’attention de « ses gardiens » sur les erreurs stratégiques du Fürher ce qui fait douter de la qualité de son national socialisme. Non seulement la marine allemande ne sort pas grandie de cette manœuvre mais encore le Blücher, au nom de l’invincibilité décrétée par Hitler lui-même est mis en avant avec une artillerie mal réglée et une insuffisance de gilets de sauvetage. « Les Norvégiens ne tireraient pas » avaient affirmé les Services Secrets allemands… C’était compter sans la détermination d’Ericksen qui fit son devoir tout comme le commandant du Blücher. La destruction du cuirassé allemand n’empêcha pas la Norvège d’être occupée par l’Allemagne mais le roi eut le temps de fuir pour organiser la résistance.

A partir d’un fait réel et pratiquement inconnu de nous, Henri Queffelec a écrit un roman exceptionnel où il parle certes de la Norvège, mais surtout de l’homme face à son devoir et jette sur lui un regard de poète et de philosophe. Il évoque aussi l’histoire du III° Reich, sa façon d’agir et de porter la guerre partout en Europe et de la détermination d’un homme qui seul s’oppose à l’invasion de son pays.

Si son exemple avait, à l’époque, été plus suivi, le sort du monde en eût été changé.

© Hervé GAUTIER.

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