ALIENOR AUX DEUX ROYAUMES - Joëlle Dusseau – Mollat.

 

N°319– Novembre 2008

ALIENOR AUX DEUX ROYAUMES - Joëlle Dusseau – Mollat.

Est-ce mon intérêt personnel pour la vie d'Aliénor d'Aquitaine qui m'a fait choisir ce livre ou mon attirance pour les légendes en général et pour celle de la Fée Mélusine en particulier qui s'est tissée, dit-on, sur le modèle de cette reine, je ne sais? Toujours est-il que j'ai lu avec une attention toute particulière ce livre à la fois bien documenté, pédagogique et agréablement écrit.

 

Que dire de cette femme d'exception, duchesse d'Aquitaine et autres lieux, reine de France par son mariage avec Louis VII qui la répudia, officiellement pour consanguinité, puis reine d'Angleterre par son union avec Henri II Plantagenêt, duc de Normandie et comte d'Anjou? Le hasard de la féodalité fait que son second mari est vassal du premier, mais est infiniment plus riche et puissant que lui. Louis VII avait, en effet, par son inconséquent geste de répudiation, cependant béni par l'Église, précipité son ex-épouse dans le lit de celui qui allait devenir monarque. L'ennui pour notre Capétien, c'est que le fief d'Aliénor, ajouté à celui de son nouvel époux comprenait, outre ses possessions anglaises, une bonne moitié de la France actuelle. Le domaine royal de Louis était, à côté de cela, fort exigu.

 

Mariée une première fois à treize ans à Louis VII, elle épousera son second mari à vingt neuf ans pour finalement mourir à quatre vingt deux ans. Sa vie, quoique longue, n'a cependant pas été tranquille comme aurait pu l'être celle d'une épouse royale qui, au Moyen-Age, était le plus souvent dédiée à la naissance et à l'éducation des enfants. Reine, elle devait assurer une descendance à son royal époux, mâle, de préférence. Elle ne donna que des filles à Louis, mais assura la dynastie d'Henri par la naissance de huit enfants, notamment de « Jean sans Terre » et de « Richard Coeur de Lion », son préféré. Elle est la mère de deux rois d'Angleterre, la grand-mère d'un empereur germanique, Othon, et l'arrière-grand-mère d'un roi de France, Saint Louis! Elle su dépasser sa douleur de mère lors de la perte de nombre de ses enfants, notamment Richard Coeur de Lion, et choisir une de ses petites filles, Blanche de Castille, pour être reine de France et mère de Saint Louis. Grâce à elle, la France et l'Angleterre, pourtant ennemies héréditaires, se rencontrèrent .

 

Elle aima la guerre, la croisade d'abord qu'elle fit aux côtés de Louis VII et avec la Bénédiction du futur St Bernard, mais aussi, autour d'elle, naquirent des combats que souvent elle inspira et suscita, notamment entre Henri II et ses fils. C'était une forte personnalité qui su s'imposer dans un monde d'hommes par toujours raffinés et bien souvent rebelles... Même si ses efforts ne furent pas toujours couronnés de succès!

 

Elle aima aussi la politique à laquelle, à l'époque les luttes parfois fratricides et parricides, étaient liés. Elle su, avec une grande clairvoyance, favoriser les alliances entre les puissants, ne craignant pas de solliciter ceux qui pouvaient favoriser ses vues ou servir ses intérêts, même si ce jeu fit d'elle la prisonnière de son propre mari pendant quinze années! Pourtant elle survécu à ces épreuves comme aux nombreux deuils qui meurtrirent sa propre vie. Pour tous elle fut un exemple de courage!

 

Fut-elle heureuse en mariage? Les avis divergent, mais il semble que si elle a supporté Louis VII qui s'était auparavant destiné à la carrière cléricale, elle aima tendrement Henri II plantagenêt, au moins au début! Même si ce second mari, dont elle se sépara, la trompa sans scrupule. Pour autant la mort frappa ses deux époux successifs et nombre de ses enfants!

 

On la disait dévoreuse d'hommes et séductrice. Ce serait une des raisons de sa répudiation, même si cela fut motivé officiellement par la consanguinité qui existait entre elle et Louis VII. Là aussi les témoignages sont légions et avec eux les médisances. A-t-elle été la maîtresse de son oncle Raymond? A -t-elle été l'amante du poète Bernard de Ventadour qui la célébra? Certes, elle avait un fief alléchant, mais surtout, elle était belle [On parle d'elle comme la « perpulchra », la femme plus belle que belle]. Avant qu'elle ne rejoigne son second époux, deux prétendants,Thibault 1°, comte de Blois et Geoffroy d'Anjou entreprirent vainement de l'enlever. Lors de la Croisade qu'elle fit avec Louis, céda-t-elle aux charmes de Saladin? Il plane autour d'elle un parfum de scandale au point que sa conduite suscita des légendes qui lui prêtent des amours incestueux, séduisant le père avant de coucher avec le fils! Elle ne laissa personne indifférents au point que la célèbre « Chanson de Roland » en garda, dit-on, la trace de ses frasques conjugales. La mythologie française, trop peu étudiée et à laquelle on préfère celle des Grecs et des Latins, se serait inspirée bien plus tard de son personnage sous le nom de Mélusine!

 

On ne peut parler d'Aliénor sans évoquer les « cours d'amour » qu'elle tint, notamment à Poitiers dont elle fit, un temps, sa capitale. Elle y réunit autour d'elle une foule de troubadours, des poètes, des hommes d'Etat et de culture, « flamboyants » comme elle. Ses « jugements »attestent sa culture personnelle, sa clairvoyance son honnêteté intellectuelle, sans cesser d'être femme!.

 

Elle fut cependant ce qu'on appelle aujourd'hui, « une femme de tête », soucieuse, certes, de ses intérêts et de ceux du royaume, mais assurant l'avènement et le mariage de son fils Richard Coeur de Lion. Elle fut une administratrice éclairée, unifiant en Angleterre, la monnaie, les poids et mesures, inspirant les rudiments du droit maritime, développant l'exportation des vins de Bordeaux vers l'Angleterre, fondant ou dotant, comme Mélusine, châteaux, églises et monastères, chevauchant, jusqu'à un âge avancé, dans ses domaines pour accorder aux villes notamment, des Chartes qui, en pleine époque féodale, leur permirent de se gouverner elles-mêmes.

 

Telle fut cette femme d'exception dont la vie incroyablement longue pour l'époque et l'action infatigable, éclairèrent son temps au point qu'elle demeure encore aujourd'hui dans la mémoire collective.

 

Hervé GAUTIER – Novembre 2008.http://hervegautier.e-monsite.com 

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