Jack Küpfer

Black Whidah

 

N°967– Octobre 2015

 

Black Whidah Jack KüpferOlivier Moratelle Éditeur.

 

Ce roman peut être qualifié d'historique et, à ce titre, il faut le remettre dans son contexte. Il se déroule en 1808 au Brésil puis sur la côte de Guinée, dans le royaume imaginaire de Whidah. Le narrateur, Gwen Gordon, est un aventurier écossais, polyglotte, qui, deux ans avant les faits qu'il relate, a abandonné Sigrid, une Norvégienne et les deux jumeaux qui sont ses enfants. Désireux de s'enfuir, il a été recruté comme interprète par Watkins, un vieux pirate alcoolique qui a terminé sa vie au bout d'une corde. Au début du roman, Gordon est à Recife au Brésil où il tente de cacher sa ruine financière sous les traits d'un honnête marin français. Ainsi fait il la connaissance de Jorge Porteiro, un capitaine au long cours qui sympathise avec lui et l'engage sur l'Antares, son navire dédié au commerce du sucre, du café et du coton et à destination du port de Whidah. C'est plutôt une bonne aubaine pour Gordon qui ignore cependant que Porteiro en sait d'avantage sur son compte qu'il ne se l'imagine. Aussi devra-t-il obéir aveuglement aux ordres de son commandant qui a besoin de ses compétences.

 

Gordon est certes un forban, et s'il est aussi un homme de bonnes manières et d'une délicate culture, ce qui tranche un peu avec son statut de pirate, il n'en est pas moins un peu naïf et Portiero ne va pas manquer de lui révéler la véritable nature de de son commerce, la traite des noirs. Il va même la justifier d'une manière hypocrite en prétextant que, depuis toujours, le roi de Whidah, perpétuellement en guerre avec ses voisins, vendaient ses prisonniers aux négriers au lieu de les dévorer. Ainsi les trafiquants blancs donnaient-ils une chance supplémentaire de survie aux vaincus ainsi que, par leur conversion, une occasion unique de sauver leur âme en pays catholique puisque, employés dans les mines d'or du Brésil, ils pouvaient ainsi se préparer par leur travail à la vie éternelle. Dieu d'ailleurs, qui était bien entendu du côté des blancs, ne pouvait voir cela que d'un bon œil ! Le capitaine portugais n'insiste évidemment pas sur le fait qu'un esclave sur trois parvenait à bon port après avoir voyagé à fond de cale dans des conditions effroyables et que leur espérance de vie ne dépassait ensuite pas douze ans. Cela indigne Gordon qui s'insurge au point de se faire des ennemis parmi des occupants du fort de Whidah qui calment vite ses ardeurs mais il ressent aussi la peur du Vaudou, des Zombis et des légendes de la forêt africaine. Il reste quand même un être sensible, capable de s'amender et ce voyage en terre africaine, avec ses mystères, ses malédictions et ses cultes secrets, va bouleverser sa vie. Les rencontres qu'il fait pendant ce périple influent largement sur son caractère, contribuent à le remettre dans le droit chemin d'où la fougue de la jeunesse, la soif d'aventures et la fascination de la mer l'avaient quelque peu écarté.

 

J'ai aimé le souffle de l'aventure qu'on ressent tout au long de ce roman, même si l'épilogue emprunte un peu trop au happy-end. Le texte est agréable à lire, dépaysant, poétique même…

 

Black Whidah est le premier tome d'un cycle romanesque intitulé « Les vies d'azur ».

 

Hervé GAUTIER – Octobre 2015 - http://hervegautier.e-monsite.com

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