COURIR – Jean ECHENOZ

 

 

 

N°407 – Mars 2010

COURIR – Jean ECHENOZ – Éditions de Minuit .

 

Courir, verbe transitif et intransitif dont la grammaire nous enseigne qu'il est du troisième groupe. C'est pourtant ce petit mot apparemment banal qui va résumer la vie d'Émile, dont le lecteur va finir par s'apercevoir qu'il s'agit du champion de course de fond tchécoslovaque Émile Zatopek. C'est, au départ, un parfait quidam cet Émile qui commence une vie sans grand avenir comme simple ouvrier dans une usine de chaussures. Par hasard, il devient coureur à pied, s'invente une méthode personnelle et malgré un style peu académique et fort peu esthétique, il finit par s'imposer dans les stades de son pays, puis à l'étranger, glanant toutes les médailles et tous les titres, pulvérisant tous les records. Il rend célèbre sa silhouette de « terrassier », de pantin détraqué, à la foulée saccadée, aux gestes heurtés, au visage grimaçant de douleur, au mauvais et très peu photogénique rictus. Il semble ne pas être affecté par l'effort pourtant surhumain qu'il supporte, gagne tout, est devenu une véritable légende vivante mais aussi une énigme pour le corps médical. Il est maintenant « la locomotive tchèque » et semble invincible!

 

Il ne fait rien comme tout le monde, dit-on, et pourtant, ce petit homme devenu un grand champion international ressemble à un quidam quand il n'est plus sur une cendrée. Pour faciliter son ascension, il s'est engagé dans l'armée qui a évidemment favorisé sa promotion et à l'époque flamboyante du communisme, il devient un outil de propagande sans qu'on sache vraiment s'il en est dupe où s'il choisit de se taire pour mieux assurer sa situation. Quand on lui refuse un visa pour aller courir à l'étranger de peur qu'il ne cède aux sirènes du capitalisme, quand, dans la presse communiste, on déforme ses propos favorables à l'occident, quand on le maintient derrière le rideau de fer, quand on le présente comme l'icône du régime, il accepte sans rien dire. Il atteindra la gloire mais se laissera pourtant charmer puis dépasser par les mutations politiques nées du Printemps de Prague pour terminer comme comme terrassier après avoir été manutentionnaire dans une mine d'uranium, archiviste puis éboueur. Fataliste, il finit par se dire qu'il ne méritait sans doute pas mieux que ces emplois subalternes.

 

C'est, tout au moins ce que l'auteur lui fait dire. Pourtant, il semble exister entre Echenoz et Zatopek un courant de sympathie. Il s'approprie l'histoire de son héros, le tutoie, l'encourage comme un vieux camarade complice, le dépeint comme un optimiste, comme un « brave type », ce qu'il était sûrement, se met parfois à sa place, lui prêtant des états d'âme, des préoccupations, ce qui distingue cet ouvrage d'un biographie classique.

 

Il est un grand champion, mais l'auteur, sans le dire aborde, sous l'expression « cocktail Zatopek » pour justifier sa résistance et son étonnante fraîcheur en fin de course, ce mélange de levure et de glucose. Cela sera plus tard connu sous le nom de dopage et les nageuses est-allemandes révèleront malgré elles cette habitude des autorités sportives des pays communistes quand elles montreront des modifications morphologiques définitives. C'est vrai que rien n'est sûr, mais quand même!

 

Dans un style volontairement simple qui me plait bien Echenoz évoque avec un mélange de réalisme et d'émotion cette grande figure de l'athlétisme mondial.

 

Cela m'a donné envie de poursuivre ma découverte de l'œuvre de cet auteur qui, je l'avoue, m'était inconnu jusqu'à ce jour.

 

© Hervé GAUTIER – Mars 2010.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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