Jean Giono

l'homme qui plantait des arbres

La Feuille Volante n° 1124

L'homme qui plantait des arbres – Jean Giono – Gallimard.

 

Dans cette fable, le narrateur, parcourant à pied la région désertique située entre les Alpes et la Provence, où rien ne pousse et où les villages sont abandonnés, rencontre un berger solitaire de cinquante cinq ans, Alzéard Bouffier, dont il s'aperçoit très vite qu'il s'occupe de semer des glands pour une forêt future sur ces terres désolées qui ne lui appartiennent même pas. Il complète ses plantations avec des hêtres, bouleaux et frênes. La grande Guerre éclate qui conduit ce narrateur sur les champs de batailles et quand il revient c'est pour retrouver ce berger, devenu apiculteur mais toujours soucieux de la plantation d'arbres. Ceux qui ont été plantés avant la guerre ont grandi et le résultat est tellement convainquant que l'Administration des Forêts considère ce massif comme « naturel » et le préserve. A l'issue de la Deuxième Guerre Mondiale, ce même narrateur constate que non seulement la région est maintenant reboisée mais qu'elle abrite, des villages reconstruits et repeuplés dont les habitants doivent, sans le savoir, leur bonheur à Elzéard Bouffier qui meurt paisiblement à l'âge de 87 ans.

Il s'agit d'une fiction écrite à l'origine en une seule nuit de février 1953 puis remaniée par la suite, une commande du magazine américain « Reader's Digest » sur le thème « Le personnage le plus extraordinaire que j'ai rencontré ». Le succès est immédiat aux États-Unis et dans le monde entier. Il a même donné lieu à un film d'animation canadien en 1987 (dit par la la voix chaude de Philippe Noiret – une merveille) et une adaptation pour le théâtre de marionnettes en 2006 c'est à dire bien après la mort de Giono survenue en 1970. L'éducation Nationale s'en est même inspirée pour une prise de conscience de la citoyenneté et du développement durable.

Cette œuvre s'inscrit dans l'univers créatif de Giono tourné vers sa Provence natale et ce thème particulier de la plantation d'arbres qui correspond à une préoccupation de l'auteur, apparaît souvent dans ses romans et est sans doute inspiré par son père qui s'y livrait volontiers. Cette nouvelle a évidemment une dimension écologiste, bucolique, une vision idéale de l'homme dans sa simplicité, sa pureté, son obstination dans le travail, son désintéressement au regard de ce qu'il fait au profit de la collectivité, dans son lien avec la nature et peut-être même sa profondeur spirituelle dans la mesure où il évoque l’œuvre divine dans les gestes d'Elzeard Bouffier, une réaction par rapport à la destruction guerrière des hommes , une certaine idée de la recherche du bonheur sur terre...

Ce texte qui a été motivé par une commande est évidemment une fiction et le personnage de Bouffier n'a jamais existé. Ce n'est ni plus ni moins qu'une parabole incitatrice au reboisement, au respect et à la sauvegarde de la nature, une fable morale et humaniste qui a mené à une véritable prise de conscience collective, une mise en lumière du travail solitaire et patient de l'homme incarnée par ce berger.

Reste une polémique postérieure à ces éloges qui ont immédiatement suivi la publication de cette nouvelle. Apparemment le magazine américain qui voulait entendre parler d'un personnage réel, traita Giono d'imposteur au seul motif que Bouffier était imaginaire. C'est bizarre puisque aussi bien un homme de lettres est susceptible d’œuvrer dans l’imaginaire et c'est même ce qui fait son originalité et son talent. Dès lors, pourquoi le lui reprocher et dans le contexte de la recherche d'un témoignage réel, pourquoi même le solliciter ? C'est tout le problème de la création littéraire, cette faculté extraordinaire qu'a un écrivain de donner ainsi vie à un personnage fictif au point que le simple lecteur croit l'avoir effectivement rencontré. Il ne manque pas d'auteurs qui, ayant ainsi prêter la vie à un fantôme s'en retrouvent presque prisonniers. Peu importe après tout, il nous reste cet te courte nouvelle, cet univers de Giono si caractéristique et émouvant.

 

© Hervé GAUTIER – Avril 2017. [http://hervegautier.e-monsite.com]

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