LA BIBLIOTHÈQUE - Jean LIBIS

 

N°363– Aout 2009

LA BIBLIOTHÈQUE - Jean LIBIS – Éditions du Rocher.

 

Cela commence plutôt bien, cela parle d'une bibliothèque, un lieu que j'apprécie tout particulièrement, d'une période sabbatique obtenue par l'auteur pour procéder à quelques recherches devant accoucher d'un travail universitaires célébrant la beauté des femmes dans l'histoire de l'art, ce qui est un vaste et passionnant programme... Ce roman avait donc tout pour le séduire.

 

Pourtant, il s'ensuit une relation par le menu du quotidien de ce qui se passe dans et à l'extérieur de cette bibliothèque, le personnage de Mlle Simonetta, sorte de cerbère qu'on imagine bien dans ces lieux, faisant tout, sachant tout, supervisant tout, avec la certitude qu'elle est indispensable à la bonne marche de l'établissement et que sans elle on va droit vers le chaos, M. Paul manutentionnaire besogneux, sérieux, crépusculaire et poussiéreux, le ramassage d'escargots envahisseurs de pelouses, de description de poissons apathiques habitant un aquarium... Ses travaux amènent notre auteur à examiner divers documents dont le « dictionnaire de théologie » traitant, en 28 volumes indigestes et décourageants de la concupiscence, des interrogations théologiques, de la localisation géographique des limbes... Rien de bien séduisant et en tout cas bien loin du sujet. Et ce d'autant que cela se complique par la consultation des écrits anciens sur les préoccupations théologiques d'après-mort, les chants liturgiques, les angoisses judéo-chrétiennes que suscite le jugement dernier, avec en prime la vie un peu agitée d'un docte jésuite, son goût immodéré pour la casuistique, les mortifications purificatoires, les anathèmes définitifs, les tentations qu'on doit fuir, mais aussi les écrivains classiques et néanmoins latinisants, leurs syllogismes, leurs interrogations sur le sexe des anges et les tourmentes de la chair ...

 

Par le miracle de la mémoire, et de ce père jésuite, surgit l'évocation de l'enfance, de l'adolescence boutonneuse et gauche, de l'éveil à la vie et des premiers émois amoureux, l'apparition d'une jeune fille diaphane, Cécilia, et la fugace vision d'une partie de son corps, un sein, d'ordinaire jalousement caché. Nous avons tous bien connu ces fantasmes, ils s'incrustent dans notre inconscient et, bien qu'on s'en défende, ne nous lâchent pas de toute notre vie. Nous y voilà donc, et cette évocation nous rapproche du sujet d'autant que cet appas féminin va prendre une proportion inattendue et pour tout dire extravagante.

Une lettre parfumée à laquelle il n'a pas répondu prend, vingt plus tard une importance surréaliste, l'érotisme reprend sa place, l'imagination déborde... Une rencontre fortuite, l'homonymie d'un prénom et c'est tout un mécanisme qui se met en place, d'autant que le hasard s'en mêle par le truchement d'une traduction latine laborieuse.

Mais la vie cruelle et quotidienne reprend ses droits, parfois inflexibles et inattendus et vous ramène sur une terre que vous n'auriez jamais dû quitter, même si, heureusement «  il y a dans une vie deux ou trois événements extraordinaires »

 

Et les recherches universitaires dans tout cela. Rien, je dirai heureusement, si on veut bien me le permettre, tant pis pour la thèse, tant mieux pour le lecteur!

 

J'ai bien aimé ce roman que j'ai lu d'un trait avec curiosité. Le style est fluide, évocateur, les phrases agréablement humoristiques et chantournées, pleines de citations bienvenues et pertinentes.

 

 

 

©

Hervé GAUTIER – Aout 2009.

Hervé GAUTIER – Aout 2009.

http://hervegautier.e-monsite.com

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