DES HOMMES ILLUSTRES - Jean ROUAUD - Editions de Minuit.

 

 

Janvier 2000

 

N° 219

 

 

 

DES HOMMES ILLUSTRES - Jean ROUAUD - Editions de Minuit.

 

Qu’est ce qui pousse Jean Rouaud à parler de ce père, mort , c’est à dire somme toute encore jeune, mais dont la disparition entraîna celle de sa tante et du grand-père maternel, comme si la voie qu’il avait tracée vers le trépas devait impérativement être suivie par les membres de son immédiate parentèle.

Il est, et peut-être uniquement pour son fils qui en retrace la vie, puisant dans les souvenirs de famille et les improbables archives, un « homme illustre ». Mais ces hommes illustres-là, nous en avons beaucoup connus sans qu’ils laissent dans la mémoire collective la moindre trace de leur passage sur terre.

Ce genre de héros ne peut qu’avoir un caractère familial, à tout le moins si on veut bien gommer ce qu’il aurait fait de mal ou de moins bien.

Ce récit sélectif ne me gêne pas, un homme reste un homme avec ses défauts et on n’en voudra pas à un fils de célébrer la mémoire de ce père tôt disparu. D’autant que les événements de la 2° Guerre mondiale aidant, on perçoit mieux les destins qui s’entrecroisent, ceux qui sont promis rapidement à la mort et ceux qui doivent y échapper parce qu’ils ont une mission à accomplir, une lignée à engendrer!

Il n’est pas forcément facile de parler des siens, entre zones d’ombre et volonté de rendre hommage pour les faire en quelque sorte échapper à la mort. Que sait-il vraiment de ce père? Apparemment il n’a de lui que l’image d’un perpétuel absent, un être que la mort a prématurément arraché à l’affection des siens, d’un jeune homme qui a dû, comme beaucoup d’entre nous sans doute étouffer ses aspirations, composer avec son talent et ses ambitions pour s’engouffrer dans cette société où il fallait bien gagner sa vie, d’un homme qui se dévoile au hasard de la correspondance d’étrangers ou de témoignage d’amis qui l’ont connu.

A-t-il rempli sa mission, ce fils qu’un roman et un prix ont rendu célèbre, de le faire revivre de cette vie étrange qu’ont les personnages de roman, de le faire sortir de cet anonymat de la mort, de lui redonner une image comme en ont les êtres qui ont un temps fait partie de l’humanité?

Voilà donc, avec ce roman qui n’en est pas vraiment un puisqu’il est surtout et presque exclusivement autobiographique, une nouvelle invitation à visiter l’arbre généalogique des Rouaud, et cette branche-là porte le nom de Joseph, « le grand Joseph » dont il nous conte par le menu une large tranche de vie.

Jusque là, le lecteur attentif et amateur de Jean Rouaud ne savait que peu de choses de ce père, tout juste une évocation mise dans la bouche posthume de sa mère dans « Pour vos cadeaux ». Nous le voyons, jeune d’abord, puis ensuite marié, père de famille, voyageur de commerce comme on disait alors, sillonnant la Bretagne au volant d’une voiture qu’il ne changeait après qu’elle eut passé la barre fatidique des cent mille kilomètres pendant que sous couvert du remembrement on en assassinait le cadastre.

C’est presque un portait intime que ce fils donne de son père. Nous le voyons collectionner les vieilles pierres qu’il destine à l’édification d’une improbable construction, sorte de Facteur Cheval à qui la mort n’aurait pas permis de mener à bien ses projets architecturaux, nous le devinons bon père de famille, attentif au bien-être des siens et pour cela ne ménageant pas sa peine. Breton, peut-être, mais pas fervent catholique, concédant seulement à sa vieille bigote de tante une confession annuelle et une participation active aux cérémonies de la Fête-Dieu puisque sa présence à la messe dominicale était des plus raccourcies...

Il faut dire que l’auteur ne se prive pas de se laisser aller à son penchant pour l’humour. J’ai parfois bien ri en lisant Jean Rouaud qui n’est pas un auteur triste malgré ce qu’on pourrait croire!

C’est pourtant le registre de l’émotion qu’il choisit pour évoquer l’agonie de son père avec cette étrange et surprenante façon de s’adresser directement à son lecteur comme pour faire partager sa peine.

La phrase est longue, parfois difficile à suivre. Dite à haute voix, elle rend rapidement l’élocution haletante, mais cela ne suffit pas, à mes yeux à classer Jean Rouaud parmi les auteurs difficiles à lire.

 

© Hervé GAUTIER

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