Kéthévane Davrichewy

QUATRE MURS

N°765 – Juillet 2014.

 

QUATRE MURS – Kéthévane Davrichewy – Sabine Wespieser Éditeur.

 

La maison de leur enfance à Somanges vient d'être vendue et les quatre enfants de « la mère », Saul, Hélène, Élias et Réna, les jumeaux, y reviennent une ultime fois, sans leur conjoint ni leurs enfants. Mais un déménagement n'est pas seulement un simple changement de place, un simple transport de meubles, on laisse toujours un peu de soi, de ses souvenirs dans une maison qu'on a habitée. Vendre une maison de famille c'est un déchirement. En outre, le père est mort quelques années plus tôt, la mère ne peut supporter la solitude dans ces lieux et aucun de ses enfants ne peut venir habiter avec elle. Elle finit par aborder le toujours épineux problème du produit de la vente mais qu'il y a-t-il de pus normal qu'une mère souhaite aider ses enfants qui en ont le plus besoin et c'est justement la cas des jumeaux. Cela ne pose pas de problèmes pour Saul et Hélène qui n'ont besoin de rien. Pourtant ce n'est pas une question d'argent qui va secouer cette famille. En effet sa belle cohésion se lézarde très vite peut-être parce que l'histoire de chacun de ses membres est finalement différente derrière la façade affichée. Deux ans après cette vente, chacun se retrouve dans l'île de Saul et veulent jouer cette comédie de la famille réunie ; c'est à la fois hypocrite et ridicule.

 

Saul, c'est l'aîné mais aussi l'intello de la famille, celui qui a réussi, jadis directeur de journal et maintenant ébéniste dans une île grecque, une sorte d'hommage à ce père, simple ouvrier horloger, homme aussi renfermé que son épouse était expansive. Et puis il y a eut cet accident qui a laissé Réna handicapée, la mort aussi, celle du père et d'un cousin, et la réaction de chacun face à elle. Tout le poids de ce passé, cette culpabilisation peut-être de celui qui a réussi par rapport aux autres, qui n'a eu que de la chance dans sa vie suscitent une thérapie parce qu'il ne peut plus parler à personne. Hélène est une parfumeuse célèbre, célibataire et solitaire. Elle non plus ne parle plus à personne, quant aux jumeaux leurs souvenirs communs sont entachés de non-dits mais aussi de difficultés relatifs à la gémellité. Ce voyage dans l'île des Cyclades, lieu de substitution à Somanges et qui pourrait bien devenir leur nouveau point de ralliement, est pour chacun d'eux l'occasion de revivre leur passé intime, d'évoquer parfois douloureusement leurs relations plus ou moins incestueuses ou de parentèle, leurs secrets qui parfois provoquent des révélations. Il y a aussi ces relations conflictuelles autour de l'accident qui a failli coûter la vie à Réna mais l'a laissée handicapée. Quatre enfants, quatre vies face aux quatre murs de cette maison qui désormais va appartenir à d'autres, une page qui se tourne...

Cette évocation du passé est servie par une écriture fluide et un texte dense.

 

  Un variante sur le thème de « famille je vous hais », les liens forts qui avec le temps et la vie s'effritent inexorablement, les choses qui changent, l'innocence de l'enfance qui laisse place à la désillusion, l'histoire de bien des familles qui souvent veulent masquer la réalité par l'hypocrisie et la comédie, une mise en perspective assez réussie de situations que nous avons tous connues. Quand même j'ai été un peu déçu, je m'attendais à autre chose.

 

©Hervé GAUTIER – Juillet 2014 - http://hervegautier.e-monsite.com

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