Laurence Finet

ET JE RENAÎTRAI DE MES CENDRE S

La Feuille Volante n°1010– Février 2016

 

ET JE RENAÎTRAI DE MES CENDRE S - Laurence Finet – Les éditions de l'Atelier.

 

La première impression que j'ai eue en lisant ce récit c'est effectivement que l'auteur souhaitait laisser quelque chose de son passage sur terre à ses enfants mais aussi à son mari, une sorte de témoignage, une réponse peut-être à toutes les questions qu'ils ont pu se poser à son sujet et qui n'ont pas obtenu de réponse, ce genre de document qu'on laisse aux survivants pour s'expliquer, se justifier, s'excuser peut-être ? Au départ, elle y décrit des apparences plutôt flatteuses. Elle a 45 ans, un bon travail, certes un peu prenant mais qui la passionne, un mari très amoureux d'elle, quatre merveilleux enfants, un train de vie très correct, bref un bon équilibre. A propos d'une banale opération des symptômes apparaissent, de plus en plus inquiétants : C'est un cancer. Entre affolement et euphorie, elle se joue à elle-même la comédie de la guérison, choisit pour l'exorciser la méthode Coué, les larmes, privilégie l'amour de sa famille et de son mari, s'en remet à plusieurs psychiatres, thérapeutes, guérisseurs, médecines parallèles, tente l'humour et l'autodérision ou en appelle à Dieu avec toujours au-dessus d'elle l'ombre de la Camarde.

C'est que les manifestations se précisent, et face à cela, dans une sorte de réflexe de survie ou d’exorcisme , elle choisit de revenir sur ce qu'a été sa vie. Au fur et à mesure des chapitres, elle détaille sa jeunesse, la vie difficile de ses parents pauvres, exigeants mais malsains, violents et humiliants mais qu'elle doit cependant respecter parce que c'est la règle, le suicide de deux de ses frères, ses rêves de jeune fille refoulés, son devoir impératif de réussite, ses secrets de famille jusque là jalousement gardés... Dès lors vont cohabiter deux parcours, deux combats qui sont liés : d'une part celui qu'elle va mener contre la maladie, pour elle et pour sa famille, et d'autre part, à l'aide de nombreux analepses, celui, plus introspectif et intime qui va lui faire revisiter son enfance, son adolescence.

Au-delà du témoignage bouleversant, ce récit me paraît poser plusieurs problèmes. Celui de la lutte contre la maladie d'abord. Pour elle l'amour de son mari et de ses enfants est à la fois une force et une motivation : elle doit vivre et se battre. Ce n'est cependant pas si simple surtout quand les enfants sont petits ou adolescents.  Elle doit faire face non seulement à ce mal inexorable qui empoisonne sa vie mais aussi à l'inhumanité des hôpitaux, au détachement des soignants, à l'hypocrisie des mots qui cachent, pour le malade, la vraie nature de la maladie et endort sa méfiance. Quand le traitement se fait plus lourd, elle associe ses enfants à la progression de la maladie, les informe sur le ton de l'humour une façon non seulement de dédramatiser les choses mais aussi de ne pas pratiquer dans sa famille le silence et le mensonge qu'elle a connu dans son enfance. Cela ne va pas sans bouleversements, sans rébellions contre l'autorité des parents, exactement le contraire de ce qu'elle a vécu avec les siens . Sa lutte contre la maladie n'en est pas facilitée !

Nous sommes dans un contexte judéo-chrétien où la culpabilité est inévitable. Les enfants culpabilisent à cause de la maladie de leur mère et celle-ci considère que son cancer est en quelque sorte une punition divine pour une enfance complice et mutique. Laurence a été très tôt violée par son père ce qui a bouleversé son enfance mais elle a longtemps choisi de taire cette souffrance qui renaît au stade de son introspection. Certes elle révèle avec beaucoup d’hésitations à son mari et à sa famille ce qu'elle gardait pour elle depuis tant d'années mais les relations avec ses parents, qui n'ont jamais été bonnes, rejaillissent sur ses enfants ainsi privés de leurs grands-parents. Avoir révélé cela et brisé ce tabou est vécu par Laurence comme une trahison du silence et elle considère son cancer comme une punition. A force d'y repenser, elle se considère autant comme une victime que comme une coupable, une forme particulière du syndrome de Stockholm et son silence était avant tout une complicité.

Le pardon ensuite qu'il est difficile d'accorder à ce père immonde et à cette mère complice surtout que Laurence a choisi ce moment pour révéler l'inceste paternel. De toutes leurs forces ils nieront ou feront semblant de ne pas comprendre, espérant secrètement que la mort de leur fille éteindra leur culpabilité et leur donnera l'absolution de leurs maltraitances. Certes le pardon grandit la victime mais il ne peut être accordé que s'il est demandé !

Dans ce récit, j'ai lu aussi cette souffrance protéiforme qui s'attache très tôt aux pas de Laurence, ne la lâche pas même après une apparente période de répit qui pouvait ressembler au bonheur familial, alors qu'elle épargne ses parents qui eux se drapent dans l'hypocrisie et le non-dit. C'est malheureusement une forme d'injustice bien courante dans cette vie et ce d'autant plus qu'elle ne pourra finalement pas voir grandir ses enfants.

Un livre est un univers douloureux et celui-là l'est tout particulièrement. L'auteur confie sa vie aux pages encore blanches qui vont recueillir ses confidences et être le témoin de ses souffrances intimes. Ce n'est pas une chose facile que de se mettre en face de soi-même. Il est convenu d'admettre que la parole libère et, même si ce n'est pas facile, mettre des mots sur ses maux est sans doute efficace pour exorciser sa douleur ou son mal-être, surtout au pas de la mort.

Le style est brut, sans fioriture littéraire, parfois même un peu laborieux. Le récit est divisé en courts chapitres qui se lisent bien, qui détaillent par le menu ce qui fut la vie de l'auteure.C'est un témoignage bouleversant.

© Hervé GAUTIER – Février 2016. [http://hervegautier.e-monsite.com ]

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