Marcel PAGNOL

MARIUS

N°876– Mars 2015

MARIUS – Marcel PAGNOL - Éditions Pastorelly.

L'année 2015 est celle de l'anniversaire de la 120° année de la naissance de Marcel Pagnol. L'occasion pour moi de relire la trilogie marseillaise d'un auteur qui, lorsqu’il publia cette pièce en 1929, ne se doutait sans doute pas qu'il aurait une telle notoriété mondiale.

C'est vrai que le Marseille qu'il nous présente n'existe plus. Ce qui nous est évoqué ici est fait de clichés un peu faciles sur la ville et sur ses habitants, leur peu d'attirance pour le travail et autres idées reçues. En évoquant le microcosme de ce quartier on revoit le film, on entend l’exubérance, l'accent traditionnel (on associe définitivement ses personnages à Raimu et à Charpin), le pastis et les bars à marins, les magasins d'accastillage qui sentent le goudron et les voiles, le pont transbordeur, le « fériboite », les bateaux en partance, les petites boutiques couleur locale, les ragots, l'ostracisme gentil envers ceux qui ne sont pas de cette ville, les gens du nord. On n'échappe pas non plus aux incontournables histoires de cocuages, plus drôles quand cela arrive aux autres qu'à soi-même, non plus d'ailleurs que cette inévitable propension que nous avons tous à idéaliser les gens quand ils sont morts et à oublier les turpitudes dont ils s’étaient rendus coupables de leur vivant. Entre Marius et Fanny, il y a l'amour, certes mais pour lui c'est aussi l'appel du large et de l'aventure qui va prévaloir parce qu'il est jeune et que nous sommes dans un port, parce qu'elle l'y pousse aussi un peu, peut-être pour l'éprouver. Pour elle l'argent et tout ce qu'il procure n'est pas non plus à négliger...Il y a aussi ce désir d'un vieux et riche barbon pour une jeune fille jolie mais pauvre et cette paternité qu'il acceptera plus tard alors même qu'il sait n'y être pour rien, cette volonté de sauvegarder les apparences, la sauvegarde de ses intérêts, la volonté d'avoir une descendance pour l'héritage... En plus on ne peut oublier l'incontournable partie de cartes, la confection surréaliste et arithmétiquement contestable du « picon-citron-curaçao », les quiproquos, les répliques savoureuses, la camaraderie entre entre voisins qui tourne facilement au vinaigre sur un mot jeté au hasard mais qu'on raccommode autour d'un verre. Pourtant, au-delà de l'humour et de la carte postale que nous avons tous aimé dans cette pièce, il y a quand même autre chose qui tient davantage du drame et même de la tragédie que de la comédie. C'est que, en faisant tout cela il peint simplement la condition humaine, celle qui existe et qui existera toujours.

La fin n'est pas vraiment drôle si on veut bien en convenir et tranche sur l'ensemble volontiers léger et caricatural. Elle est révélatrice de l'espèce humaine avec tout ce qu'elle a de déplaisant, de détestable... C'est toujours un peu comme cela chez Pagnol, cette espèce de vision des choses volontiers amusante puis ce sont des vérités glissées presque entre les lignes.

A l'époque, Marseille c’était un peu la porte de la Méditerranée, l'aventure maritime, les voyages, l'ouverture sur le monde. Je me demande ce qu'il écrirait aujourd'hui s'il revenait, quand cette ville est davantage synonyme de trafics en tous genres, de mafia, de meurtres quotidiens, d'absence d'autorité de l’État ...L'insécurité est telle que les habitants des quartiers n'osent même plus sortir de chez eux de peur de prendre une balle perdue en faisant leurs courses, craignent pour leurs enfants... pas vraiment un art de vivre ! Il y a certes le vieux port, la Canebière, la beauté et l'histoire de cette cité cosmopolite, le soleil, le farniente, le mistral mais quand même, les choses ont bien changé !

©Hervé GAUTIER – Mars 2015 - http://hervegautier.e-monsite.com

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