Marie Causse

BLEU TATOUAGE

N°887– Mars 2015

BLEU TATOUAGEMarie Causse – L'Arpenteur.

Une petite ville de province, ni plus calme ni plus agitée qu'une autre, une commissaire divisionnaire presque en retraite, Catherine Blondet, que Bébert, le bistroquet qui fait face au commissariat, [il y en a toujours un qui ne céderait sa place à personne à cause de la fidélité de la clientèle] s'obstine, comme tous les policiers de son service à l'appeler « Monsieur », le cadavre d'une junkie et une enquête qui débute chez Benoît, un petit dealer qui aimerait bien qu'on le laisse mener ses petits trafics tranquillement, des querelles de personnes entre collègues, tout y est pour planter le décor d'un polar. C'est bien dans une poubelle qu'on a retrouvé le corps de la pauvre fille et chacun s'accorde à penser que c'est un véritable gâchis qu’une fille aussi jolie et aussi jeune meurt de cette façon, surtout que les circonstances en sont assez énigmatiques.

Je veux bien qu'on en rajoute un peu dans l'originalité en décidant que ce minable dealer est un « lettré » parce que son appartement « déborde de livres » alors qu'il est un étudiant de plus qui a mal tourné, un intello raté comme il y en a beaucoup. Je veux bien qu'on noircisse le trait sur la légendaire inculture des gardiens de la paix et sur leur manque d'éducation, tout cela fait un peu cliché et n'apporte pas vraiment de valeur ajoutée au décor. J'aurais bien aimé en savoir un peu plus sur la complicité que Benoît avait avec les livres par exemple même si ce jeune homme devient indic ce qui n’est pas vraiment une qualité et le mettra toujours en porte à faux. Il a une copine, Florence qui, comme il se doit est une jolie femme que peut-être Benoît en mérite pas.

L'auteure fait une intéressante tentative dans le domaine de l'analyse des personnages. On suit Catherine Blondet, célibataire un peu inhibée, son parcours dans la police et aussi dans la vie, ses souvenirs, son enfance, son addiction au tabac, le regard des hommes sur elle aussi et sa relation un peu fantomatique avec un compagnon qu'on en rencontre pas vraiment. Cela aurait pu donner lieu à des développements peut-être passionnants mais tout s’arrêtent bien trop vite. C'est souvent Benoît qui a la parole, comme si c’était lui qui était chargé de l'enquête. D'ailleurs, est-ce à cause de sa nouvelle fonction de « balance » ou à cause de l'attachement qu'il pouvait avoir avec Lucie dont il était accessoirement le fournisseur qu'il choisit de mener sa propre enquête ?

Le style est bien celui du polar, même s'il n'est nullement obligatoire d'adopter pour cela un vocabulaire marginal, mais après tout cela ne me gêne pas et colle bien avec ce genre littéraire. Ce roman est par ailleurs facile à lire. D’ordinaire, je suis assez amateur de romans policiers, surtout quand ils n'évoquent le sexe, la violence et la sang qu'avec parcimonie. J'y préfère volontiers les études psychologiques de personnages. Au début, j'ai accroché mais j'ai vite changé d'avis à cause sans doute des nombreux images convenues auxquelles ce roman fait allégeance. Seul l'épilogue a retenu mon attention.

Pour autant, je lui donne volontiers rendez-vous une prochaine fois

©Hervé GAUTIER – Mars 2015 - http://hervegautier.e-monsite.com

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