Marie-Claude Roulet

LUISA – Marie-Claude Roulet

 

N°454 - Septembre 2010

LUISA – Marie-Claude Roulet - Éditions Le temps qu'il fait.

 

Plus qu'un roman, c'est une longue nouvelle qui met en scène Luisa, une jeune fille encore adolescente que sa mère, tenancière d'un café de village, « place » au château voisin.

Les premières pages la présente alors qu'elle y arrive, encore toute hésitante, comme on pénètre en territoire inconnu. Elle ne sera que servante parce qu'elle ne peut prétendre à autre chose, qu'elle n'a pas de diplômes et qu'elle n'a jamais été que serveuse dans l'établissement de sa mère. C'est pour elle inespéré de vivre ainsi une vie différente, elle qui n'est qu'une fille de la campagne, c'est donc « une bonne place » qu'elle devra garder. Dans ce nouvel univers, elle fait la connaissance d'Alice dont elle devra s'occuper. Elle est la vieille mère d'Étienne, sorte de notable dont on ne sait pas grand chose et dont le roman ne nous parle qu'à demi-mots. Il entretient avec Ray, un employé, des relations bizarres.

Rapidement, parce que c'est une fille sérieuse, elle gagne la confiance de tous au point qu'on lui confie des responsabilités et qu'elle prend en mains le domaine. C'est aussi un être original, loin des préoccupations des jeunes filles de son âge. Elle aime lire, et pas seulement des magazines, mais voue une admiration pour le roman de Charlotte Brontë, Jane Eyre, au point de s'y retrouver elle-même. Elle est aussi liée d'amitié avec Camille dont elle est bien différente, elle qui a fait des études et qui est promise à un brillant avenir. Cette jeune fille a l'amour de la liberté, de la vie, mais pour Luisa, cette liberté a un autre sens: être libre, c'est être servante dans ce château, même si son amie lui dit qu'elle vaut mieux que cela. Elle connaît également Georges, le poivrot du village, occupé à détruire sa vie depuis qu'il est revenu de cette guerre d'Algérie qu'il ne parvient pas à oublier...

 

Elle qui est quand même différente des jeunes filles de son âge, avait compris que lorsque sa mère l'avait placée dans ce château, ce n'était pas exactement pour y rester comme servante. Les circonstances vont lui donner raison, un peu comme dans son roman préféré, même si elle doit voir partir Camille avec Jacques, un garçon qui ne lui est pas indifférent! Il est vrai que trop de choses les séparent.

 

Il y a plus qu'une simple connotation avec le roman de Charlotte Brontë et celui de Marie Claude Roulet : les personnages, les lieux, les circonstances semblent se répondre. Luisa accepte ce « contrat » qui l'a amenée au château. En avait-elle compris les termes avant d'en passer le seuil ou s'est-elle adaptée à cette vie nouvelle qui s'offrait à elle au point de prendre possession des lieux et d'accepter un mariage de façade avec Étienne lui permettant de poursuivre une idylle avec Ray? Elle parviendra sans doute à y faire venir Georges pour l'aider certes dans la bonne marche du domaine mais surtout pour qu'il fasse partie plus complètement de son histoire. On imagine mal que son mari le lui refuse, d'autant qu'il a connu Georges en Algérie. Cette complémentarité est étonnante entre ces deux êtres dont le lecteur imagine facilement que tout les sépare, leur âge d'abord et surtout leur manière de vivre. On saisit assez mal la personnalité de Luisa qui laisse partir Camille, son amie, avec Jacques sans chercher à le retenir auprès d'elle. Elle accepte donc par avance ces nombreuses années passées ici où elle mènera une vie tranquille et retirée qui semble être son idéal, une existence dénuée d'imprévus, d'amour, de folies dont on imagine sans peine que son âge est friand. Elle est un peu résignée à son sort, un peu actrice aussi puisque les choses se sont déroulée en dehors d'elle au début mais rapidement aussi avec sa complicité. Au bout du compte, un livre non-encore écrit résultera de tout cela, mais c'est une autre histoire. C'est peut-être celui que le lecteur, un peu perplexe, tient entre ses mains? C'est un récit-gigogne où le personnage principal s'identifie à l'héroïne de son roman favori qu'elle revit et un récit en devenir qu'elle porte en elle.

J'ai lu ce livre jusqu'à la fin, davantage par curiosité à cause du parallèle avec celui de Brontë que par réel intérêt, sans doute aussi à cause du style agréable du texte.

 

 

 

 

© Hervé GAUTIER – Septembre.http://hervegautier.e-monsite.com

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