TROIS FEMMES PUISSANTES – Marie Ndiaye

 

N°398– Février 2010.

TROIS FEMMES PUISSANTES – Marie Ndiaye – Gallimard (Prix Goncourt 2009).

 

Que ce soit Norah, cette avocate qui vit en France et qui est amenée à rejoindre en Afrique un père égocentrique pour débrouiller une triste affaire de meurtre familial, Fanta, compagne d'un professeur de Lettres de Dakar qui doit quitter ce pays pour suivre son mari en France à la suite d'une expulsion du collège où il travaillait, mais qui se révèle incapable de lui procurer la vie dont elle a rêvé ou Khady Demba, jeune veuve africaine et pauvre en mal d'enfant qui veut rejoindre une cousine en France et pour cela se prostitue dans une ville du désert, elles nous sont présentées comme des femmes qui luttent pour leur dignité. C'est en ce sens, au dire même de l'auteur, qu'elles sont puissantes.

 

J'avoue avoir lu ce livre parce qu'il a été sous le feu de l'actualité à cause de ce prestigieux prix littéraire, mais je n'en ai pas retiré grand chose de ces trois histoires. La première et la troisième m'ont paru un peu dignes d'intérêt, mais la seconde, la plus longue, s'est révélée ennuyeuse. Je ne l'ai pas bien comprise. Il est effet beaucoup question de Rudy Descas, le compagnon de Fanta, de ses états d'âme, de ses indispositions physiques passagères, de ses phobies, de sa propre histoire mouvementée et tourmentée par celle de son père meurtrier, quelques années plus tôt, de son associé à Dakar, de ses impossibilités de se réaliser dans un nouveau métier qui ne lui convient pas. Là, sa compagne est singulièrement absente et le récit qui, Dieu sait pourquoi, oscille et hésite entre le personnage de sa mère, tourmentée par des préoccupations religieuses d'un autre âge, par son rôle éventuel dans la mort par suicide de son mari incarcéré à Dakar à la suite de l'assassinat de son associé, et celui du sculpteur Gauquelan qu'il soupçonne de lui avoir dérobé son image, des craintes au sujet de la fidélité de cette épouse, décidément bien absente de ce récit. Peut-être y a-t-il une allégorie, une métaphore, entre les attaques répétées d'une buse et les anges que sa mère voit partout? Cet animal illustre-t-il la difficulté que rencontre Rudy avec le monde extérieur qu'il perçoit comme hostile et répond-il aux corbeaux du troisième récit? Quand à la dernière évocation, il semble y avoir un cousinage entre Fanta et Khady.

 

Le troisième témoignage donne à voir une veuve africaine rejetée par sa propre famille parce qu'elle n'a pu avoir d'enfant, ravalée au rang d'une domestique, avec la sensation de n'être rien en ce monde au point d'entrer dans un mutisme presque permanent et de devoir partir pour L'Europe.

C'est certes un témoignage sur la femme africaine, ses désillusions au regard de ses rêves d'occident. Il y a peut-être une sorte d'unité entre ces trois récits, le lieu (la ville de Dakar et la prison de Reubeuss) que bizarrement les hommes semblent se partager (on peut supposer que le père de Nora a repris le village vacances que celui de Rudy avait voulu créer – A la mort mystérieuse de la seconde épouse du père de Nora, semble répondre l'assassinat de l'associé du père de Rudy et les pulsions meurtrières de celui-ci et la mort non moins mystérieuse et brutale du mari de Kadhy – A l'impossibilité de s'adapter à son nouveau métier, semble répondre, pour Rudy, la volonté destructrice qu'il a déployée jadis, face à l'agression de ses élèves et qui a motivé son renvoi du collègue où il enseignait - Attachement impossible à son propre fils et sentiment de culpabilité de du père par rapport à son enfant auquel répondent ses interrogations, ses états d'âme à lui par rapport à son propre père?).

 

Je n'ai pas vraiment senti la « puissance » de ces femmes, leur volonté de s'opposer à leur quotidien. J'ai plutôt été interpelé par la mort, omniprésente, comme un leitmotiv, comme la solution d'une existence impossible ou la source de celle-ci. Peut-être le dernier récit, plus fort en intensité émotionnelle, m' a-t-il interpelé mais il m'apparait que Khady subit son sort, la trahison de son compagnon, plus qu'elle ne réagit face à sa condition.

 

C'est étonnant, mais j'ai lu ces récits, davantage intéressé par le dénouement de chacun d'eux et lien qui pouvaient exister entre eux mais la longueur démesurée de la plupart de phrases et les nombreuses péripéties du récit qui, à mon avis n'apportent rien à l'ensemble, m'ont vite découragé.

Seul, peut-être, le dépaysement a retenu mon attention mais je n'adhère guère au concert de louanges qui a accompagné ce prix.

 

 

 

©Hervé GAUTIER – Février 2010.http://hervegautier.e-monsite.com

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