Mike Nicol

LA DETTE

 

N°987– Novembre 2015

 

LA DETTE Mike Nicol – J'ai lu.

Tome 1 de la trilogie « Vengeance »- Traduit de l'anglais (Afrique du sud) par Estelle Roudet.

 

Mace Bishop, le blanc et Pylon Buso le noir sont les deux héros de ce polar gore qui se déroule au Cap. Ce sont deux anciens mercenaires et trafiquants d'armes pour le compte de l'ANC qui se sont reconvertis pour une retraite tranquille dans la protection d'amateurs de safaris chirurgicaux fortunés. Autant dire qu'ils ont oublié l'emploi de la kalachnikov qui fut longtemps leur outil de travail. Tout aurait été pour le mieux dans le meilleur des mondes s'il n'y avait eu une vieille affaire de dette d'honneur et aussi un petit chantage autour d'un magot planqué aux îles caïmans, ce qui va les obliger à reprendre du service. Ils sont contactés par un ancien compagnon de route, Ducky Donald, le bénéficiaire de cette fameuse dette, dont le fils, Matthew est gérant d'un boite de nuit qui est une plaque tournante de la drogue. Il est menacé par la « Pagad », une association qui lutte contre le trafic de stupéfiants et que représente Sheemina February, une avocate énigmatique et un peu sulfureuse qui est une vieille connaissance de Mace et qui lui rafraîchira la mémoire sur un passé qu'il espérait définitivement enfoui. Tel est point de départ de ce polar rugueux et noir où la violence éclate à chaque page et le suspens est distillé à travers un style minimaliste et un rythme effréné. C'est aussi un portait sombre de cette société sud-africaine pas vraiment meilleure que les autres, loin des clichés touristiques ordinaires. Pourtant la description du Cap est convaincante avec d'un côté les riches quartiers blancs et de l'autre les ghettos où vivent les noirs, pauvres et souvent malades du SIDA. Bref une lecture prenante, dynamique, bien dans le style polar noir que j'ai découverte grâce à  Babelio (« Masse Critique ») et aux éditions « J'ai lu » que je remercie. Peu familier de ce genre, j'ai quand même été un peu surpris mais je respecte la travail de l'auteur.

 

Les personnages ne manquent pas durant ces 600 pages, ce qui nuit un peu à l'intérêt de ce volume et rend un peu laborieuse sa lecture. Je retiens surtout les femmes et si l'une d'elles est douce maintenant, les autres ne sont pas des plus tranquilles, à la fois déjantées, troublantes, dangereuses ou sexy. Avec eux nos deux lascars vont aller au devant d'ennuis divers qui sont directement issus de leur passé fangeux dont souhaite se souvenir Sheemina. L'auteur nous embarque donc dans des affaires variées depuis l'enlèvement d'enfant jusqu'aux trafics d’armes, de drogue et de diamants mais aussi, pour que le panel soit complet, meurtres, règlements de compte et affaires louches, contrats qui tournent mal y compris la gestation pour autrui au profit de deux homosexuels italiens fortunés, guerre civile, carnaval et terrorisme islamique... ce qui dilue un peu l'attention du lecteur mais maintient le suspens. Nos deux héros étaient des brutes sans scrupules mais l'auteur nous donne maintenant à voir une toute autre image de Mace, ex-baroudeur lovelace devenu père de famille, amoureux de son épouse et qui culpabilise pour l'état de sa fille paralysée.

 

Quant à cette dette dont on nous parle tout au long de ce roman, nous le saurons qu'à la fin ce qu'il en est, mais partiellement seulement puisque nous avons en mains le premier tome de cette trilogie. Ce serait plutôt une forme de vengeance. C'est quand même une performance d'avoir réussi à parler à son lecteur d'une chose pendant si longtemps et de ne lever partiellement le voile qu'à la fin.

 

Hervé GAUTIER – Novembre 2015 - http://hervegautier.e-monsite.com

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