Océane Madelaine

D'ARGILE ET DE FEU

N°992– Novembre 2015

 

D'ARGILE ET DE FEU Océane Madelaine- Éditions des Busclats.

 

Étrange récit que celui-ci qui se décline alternativement sur deux cahiers, le blanc où la narratrice, Marie, évoque son enfance dans la garrigue, ses parents morts, sa peur du feu qui les tua, la pension chez les sœurs, Pierre, son compagnon qu'elle suivit dans cette ville du nord, son travail d'enseignante puis son départ sans raison, seule, vers le sud, à pied avec chaussures de marche et ampoules douloureuses et pour seule boussole son envie de vivre autrement, de tourner le dos à sa vie d'avant, de changer pour l'inconnu, le hasard, l'inconfort... Sur le cahier rouge elle épelle la vie d'une autre Marie, qu'on nommait aussi Jeanne, la bâtarde, femme de terre et de feu qui a vécu au XIX° siècle et a choisi un métier réservé aux hommes dans lequel elle s'est imposée. Elle a jeté ses poupées pour modeler des écuelles, des pots, des pichets, préféré malgré son jeune âge les tours, la sculpture et l'émail au point d'imposer plus tard son style et d'apposer sa marque personnelle sur chaque pièce réalisée [« fait par moi, Marie Prat »]. Parce qu'elle a laissé des traces, elle la rencontre par hasard, à mi-parcours de son périple, se réfugie dans une cabane en planches et choisit de s'y fixer à cause de la couleur et des vertus de cette terre. Elle ne le sait pas encore mais ce terroir sera un jalon dans son voyage, peut-être aussi un but à cause de ce géomètre taiseux et énigmatique qu'elle rencontre là ou de ce rendez-vous imprévisible avec l'histoire de cette femme et aussi avec son destin personnel. Elle sera potière comme elle, un peu comme si, malgré toutes ces années, elle lui passait le relais. Elle apprend donc, s’approprie cet art populaire et quasiment brut dont elle ignorait tout, parvient à dominer sa peur du feu parce que les habitants du lieu l'incitent à reprendre l'usage du four laissé par Marie Prat. Ainsi le feu assassin devient-il pour la jeune femme, fécond, bénéfique, apaisant. Elle façonnera et cuira la glaise, ajoutant des mots pour que la complicité avec l'autre Marie soit complète, pour que l'hommage soit authentique .

 

Pourtant son voyage n'est pas terminé et un peu malgré elle doit aller plus loin, vers son enfance et ses souvenirs, comme un devoir de mémoire personnel, comme une manière de se retrouver elle-même, une chanson espagnole pleine de soleil au coin des lèvres pour adoucir cet hiver rude, emportant avec elle l'esprit et l'exemple de cette Marie Prat.

 

J'ai lu certains passages à haute voix pour apprécier toute la musique poétique de ce beau livre fort bien écrit, alternant les passages sensuels et bucoliques.

 

Je le redis ici, dans le climat délétère qui nous entoure, lire est apaisant

 

Hervé GAUTIER – Novembre 2015 - http://hervegautier.e-monsite.com

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