Olivier Bleys

CONCERTO POUR LA MAIN MORTE

N°877– Mars 2015

CONCERTO POUR LA MAIN MORTE – Olivier Bleys Albin Michel.

Mourava est un petit village perdu dans le fin fond de la Sibérie centrale, le long du fleuve Ienisseï, entouré d'anciens goulags recouverts maintenant de végétation, un village « pauvre et malfamé » abandonné de tous, une sorte de décharge à ciel ouvert au sol perpétuellement gelé. Bref, un endroit qui n'attire pas vraiment les hommes, juste une soixantaine d'âmes en peine le peuple, avec pour seule consolation la vodka. Faute de mieux, elle est une panacée et sa consommation trouve sa justification dans n'importe quel événement du quotidien, mais cela ne concerne pas Vladimir Golovkine, l'éboueur, qui n'a qu'un rêve, quitter ce trou perdu pour la ville voisine et on le comprend. Pour ce faire il guette le bateau qui s’arrête, rarement d'ailleurs, au village. Faute d’argent, il se contente de le regarder passer et un beau jour en descend un musicien français, Colin Cherbaux, qui débarque avec son piano. Cela peut paraître bizarre mais il est venu ici soigner un mal étrange ; à chaque fois qu'il entame le concerto n°2 de Rachmaninov, sa main droite se crispe.

J'avoue que je ne connaissais pas cet auteur avant d'ouvrir ce livre et c'est encore une fois le hasard qui a conduit mon choix, guidé il est vrai par une critique favorable. J'ai eu pourtant un peu de mal à entrer dans cette histoire, celle de deux hommes complètement différents qui se rencontrent dans ce petit village du bout du monde. Chacun d'eux poursuit son rêve : Colin, le pianiste, vient ici (on se demande bien pourquoi ici), accompagné de son instrument pour recouvrer l'usage de sa main droite et reprendre son activité professionnelle. Vladimir lui, sait qu'il n'a pas sa place à Mourava et ne pense qu'à une chose, s'en évader. C'est un peu l'image de chacun d'entre nous, celle de la condition humaine, quand nous poursuivons un but qui se révèle parfois être une chimère. Ces deux hommes tendent vers un but en évitant de tomber dans l'instinct grégaire symbolisé entre autre par la vodka dont chacun ici fait un usage plus qu'irraisonnable. Même si cela fait un peu cliché dans ce contexte, c'est au moins significatif comme l'est aussi sans doute la galerie de portraits et le décor sibérien que nous offre l'auteur. Colin fait une rencontre improbable mais qui va transformer sa vie et Vladimir continue à nourrir ses propres illusions qui ne manqueront pas à se muer en désastre, mais il n'hésite pas à tenter ce qu'il croit être sa dernière chance. La numérotation particulière des chapitres incarne ce cheminement individuel.

Nous sommes dans un roman, dans une fiction, c'est à dire dans une histoire inventée où tout est différent du monde réel et laisse une place à l'absurde. La rencontre de Colin et d'Oleg est surréaliste et la technique employée par ce dernier est vraiment inattendue, mystérieuse même. Nous entrons donc de plain-pied dans une fable mais là n'est pas la difficulté. Je ne sais pas pourquoi, mais, le livre refermé j'ai un sentiment mitigé, à cause peut-être de l'épilogue, cet incontournable « happy end » qui conclue si bien un récit onirique mais qui correspond si mal à la réalité. Je dois le dire, je m'attendais à autre chose et j'ai même été un peu déçu même si j'ai poursuivi ma lecture jusqu’à la fin avec une certaine curiosité. Cela vient peut-être de moi, de mon état d'esprit aujourd'hui, de l'ambiance générale morose qu'une fable même géniale ne peut, à mes yeux, exorciser.

Je suis peut-être passé à côté d'un chef-d’œuvre, je reconnais volontiers qu'il est poétique, bien écrit, bien documenté notamment au niveau de la musicologie et agréable à lire mais une légère déception fait partie de mon impression.

©Hervé GAUTIER – Mars 2015 - http://hervegautier.e-monsite.com

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