NOUS ALLIONS VERS LES BEAUX JOURS – Patrick CAUVIN – Editions J.C.LATTES.- RUE DES BONS ENFANTS – Patrick CAUVIN – Editions Albin MICHEL.

 

 

N°67

Juin 1991

 

 

NOUS ALLIONS VERS LES BEAUX JOURS – Patrick CAUVIN – Editions J.C.LATTES.

 

Au début, c’est un livre plein d’images d’enfance, de l’enfance universelle commune à tous, faite de pleins et de déliés, de lourds cartables, de caniveaux, de séances de cinéma et de premiers rendez-vous.

 

Pour Paul Lévin, c’est l’amour du théâtre, la magie des personnages qu’on joue… Pour Victoria Shémin, la caméra c’est toute sa vie, tout son rêve… Elle sera actrice.

 

En toile de fond, il y a l’atmosphère, le climat, celui de la guerre qui menace, qui éclate et s’installe, avec en prime l’étoile jaune, les camps où cet homme et cette femme qui vivaient en France, loin l’un de l’autre, sans se connaître se rencontreront. Ils sont juifs, et parce qu’ils sont acteurs professionnels on leur fait jouer un rôle dans un mauvais film de propagande destiné à prouver à la postérité que l’Allemagne nazie avait une conduite humaine vis à vis des populations civiles juives déportées. Pour eux c’est un sursis face à la mort, quelques jours à gagner sur la vie. C’est dans ce camps qu’ils vont se rencontrer, s’aimer, savoir qu’ils sont faits l’un pour l’autre depuis le début, savoir qu’ils peuvent, par la seule force de leur amour, de leur espoir en la vie administrer une superbe gifle à la face de leurs tortionnaires. De fait, la description de leurs souffrances est émaillée d’instants d’imaginaires folies, d’humour irréel pour conjurer la réalité.

 

Le camp, c’est à dire la souffrance, le mensonge et la mort va réunir cet homme et cette femme car pour que le subterfuge ne soit jamais dévoilé et que reste pour les générations à venir et pour l’Histoire cette image du « Juif heureux » dans l’Allemagne nazie, tous les acteurs de ce film seront exécutés…

 

C’est un livre bouleversant, à lire et à relire à l’heure où l’actualité remet en cause la réalité historique du génocide juif et où l’intolérance et le racisme refont cruellement surface.

 

 

RUE DES BONS ENFANTS – Patrick CAUVIN – Editions Albin MICHEL.

 

Comme dans une ancienne chanson de Bécaud, il y a des senteurs, des couleurs, la magie du Midi… « l’accent qui se promène et qui n’en finit pas… », avec, bien entendu, l’absinthe, les bars, les quartiers chauds, les soldats de la Coloniale, les voyous et les truands. Cette carte postale, c’est Marseille en 1922, avec ses légionnaires, ses marins en partance, son port, la porte du Moyen-Orient, de l’Afrique et du monde, le ventre des bateaux pleins de rêves, ceux de Marius, ses quais qui sentent bon la marée et le goudron frais, ses poissons qui vous apportent l’air du large, le soleil des dockers, les entrepôts, l’univers d’une enfance dans un port…

 

Le temps passe, le pastis remplace l’absinthe mais les filles restent avec leurs souteneurs et leurs quartiers réservés. Le cinéma se met à parler et Pascal et Séraphine qu’un regard d’enfant avait uni et auquel ils resteront fidèles se mettent à grandir eux aussi.

 

Avec une gouaille entrecoupée de moments de poésie forte, d’images belles et fraîches, Patrick Cauvin nous raconte à la fois l’histoire d’une ville et la saga d’un homme et d’une femme que tout sépare mais qui finissent par se retrouver malgré les vicissitudes de la vie. L’amour veille qui les réunira malgré la guerre, les ruptures, les risques, la collaboration et la Résistance, les trafics et les bombardements.

 

Il reste le soleil, le soleil qui brille sur cette ville éternelle et sur cette « rue des bons enfants » où chacun se retrouve comme dans un refuge pour un conseil ou un rendez-vous.

 

© Hervé GAUTIER

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