Paul Guimard

L'AGE DE PIERRE - Paul Guimard

 

N°367– Septembre 2009

L'AGE DE PIERRE - Paul Guimard – Éditions Grasset

 

Comme je l'ai déjà dit, la parution récente d'un livre n'a jamais été un critère de lecture en ce qui me concerne. Ce roman publié en 1992 et dû à un auteur qui ne m'était évidemment pas inconnu pouvait donc parfaitement retenir mon attention.

 

J'ai ressenti à cette lecture une sorte de nostalgie. Au départ, une rêve, presqu'une apparition, celle d'une violoncelliste à la chevelure flamboyante et à la pose érotique que la pratique de l'instrument oblige. C'est là un parti-pris d'un homme mûr, d'un jouisseur assurément qui ne pouvait laisser passer cette image sans se livrer à ses fantasmes secrets. Pourtant, il choisit de s'exiler en Irlande « le bout du monde .... où la pluie est une fête ». Pour cela il se sépare « du plus florissant cabinet d'architecte de Paris pour s'exiler dans un lieu au nom imprononçable dans la péninsule de Dingle ». C'était une folie d'autant qu'elle s'accompagnait d'un divorce avec Nathalie, non pour refaire sa vie, mais pour la « défaire ». Certes leurs relations communes prend des allures de bonne entente, son ex lui rendant visite chaque semestre dans sa retraite, mais on sent autre chose, une volonté du narrateur de mettre entre eux plus que des kilomètres.

C'est que Pierre constate rapidement la calcification de ses pieds au point qu'on envisage la consultation d'un géologue, d'un maçon et qu'on se risque même à attribuer ce phénomène à l'intervention d'une fée. Il faut dire que le pays s'y prête, que la lecture d'une nouvelle de Malaparte évoque cette histoire qui va être distillée pour le lecteur, que « les gens d'ici ont un pied dans la boue, l'autre dans les nuages et n'ambitionnent pas d'avoir les deux sur terre » et que le médecin prêterait volontiers son concours à ce genre de chose bien qu'il reste confondu devant un phénomène extraordinaire qui ne s'accompagne pourtant d'aucune souffrance. Dès lors le lecteur voit bien le jeu de mot sur le nom de Pierre et le titre prend tout son sens.

Dès les premières page, on comprend qu'il peut s'agir ici d'une allégorie, la fin d'une vie, une vieillesse solitaire, avec ses souvenirs, ses regrets et ses remords... en attendant la Camarde. Pourtant l'auteur ne manque pas de décliner le calembour du genre « tu as toujours eu un cœur de pierre » ou « Tu es Pierre et sur cette pierre j'avais bâti mon avenir » c'est vrai que l'Évangile avait déjà eu cet humour! D'ailleurs l'auteur n'a pas manqué de situer cette histoire un peu surréaliste en Irlande, au bord de la mer, dans un site rocailleux de falaises. L'examen de ce phénomène pour le moins curieux révèle chez le patient qui porte ainsi bien son nom, une roche de nature granitique, avec quelques traces d'or, quand même!

Puis les choses s'aggravent et l'infirmité qui au départ n'affectait qu'un pied gagne rapidement les deux jambes et l'âne et son attelage achetés pour lui permettre de se mouvoir plus aisément se révèlent d'une grande importance et même une sorte de complicité. La fin fait évidemment penser à la statue du commandeur!

 

Il y a des évocations majestueuses des paysages, « la rousseur violente des fougères et le tweed des tourbières » et les chemins creux « qui donnent l'illusion d'un labyrinthe sans espoir d'évasion », des descriptions poétiques, mais j'ai eu du mal à entrer dans cette histoire pourtant bien écrite, dans ses réflexions sur la vie, sur la vieillesse, sur les femmes, sur la mort et même sur la religion et le salut de l'âme, Je l'ai pourtant lue jusqu'à la fin, mais sans enthousiasme excessif cependant.

 

© Hervé GAUTIER – Septembre 2009.http://hervegautier.e-monsite.com

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