FLEUR DE SEL ET FLAQUE DE SANG SUR RE LA BLANCHE - Roman - Robert BENE.

 

 

N°251 – Février 2006

 

FLEUR DE SEL ET FLAQUE DE SANG SUR RE LA BLANCHE – Roman - Robert BENE.

Editions De BOREE.

 

 

 

D’emblée, le décor est planté, celui de l’Ile de Ré (avec une majuscule, s’il vous plaît) comme l’appellent les Rhétais mais aussi les Rochelais, ceux du continent tout proche, comme s’il n’y en avait qu’une sur ce littoral qui pourtant en est riche ! «  Toute la journée de la veille, la pluie était tombée, fine et continue, et Marcelline n’avait pas vu âme qui vive dans le chemin de la Grande Vasouse longeant le Moulin des Rapaces… Seuls quelques vieux goélands qui connaissaient bien la vieille dame, étaient venus rompre sa solitude et quémander bruyamment quelques croûtons de pain sous sa fenêtre ». La couleur locale non plus n’est pas en reste, révélée à travers les mots d’une langue vernaculaire «  Roger Leman fit glisser sa lourde pelle sur la surface de la vasière, afin d’enlever les salicornes et d’étaler les « bossis » sur lesquels poussaient quelques maigres obiones »…

Nous sommes bien sur « Ré la blanche », avec ses maisons basses, ses marais salants, ses embruns, ses tas de sel scintillants…

 

Comme la couverture l’indique, il s’agit d’un roman d’où la poésie n’est jamais bien loin et illumine les descriptions. Ecoutez plutôt «  Ce matin, le soleil trop exubérant dès son lever, avait très vite fait place à un épais brouillard qui maintenant enveloppait tout le marais de sa couverture cotonneuse. Des milliers de perles étincelantes et tremblotantes s’accrochaient aux toiles d’araignées suspendues aux fines branches des buissons de tamaris et aux longues herbes salées des bosses des marais » ou encore «  De son long « Simoussi » de Bois, il retirait, d’un geste léger de dentellière tirant son aiguillée de fil, la fleur de sel que le soleil généreux des jours précédents avait miraculeusement générée de la mince couche d’eau de mer étalée dans les petits damiers colorés de rose des « œillets » saunants »

 

Le style est aussi emprunt d’un argot contemporain avec ce sens de la formule imagée qui ne peut laisser le lecteur indifférent « [les frères Baillon], deux marginaux dont la matière grise mijotait en permanence dans les vapeurs d’alcool. » ou encore «  Le flot de paroles que l’alcool avait déclenché chez ce petit homme, pas vert comme un martien, ni noir comme une cuisinière, mais rouge comme un homme que la passion emporte » ou « Tiens donc, un cadavre, comme ça, devant ta porte ? Il est arrivé tout seul. C’est vrai que c’était peu de temps avant Noël »,ou encore « Il était facile de deviner que celui-ci pataugeait dans un épais brouillard éthylique qui le laissa muet »…

 

Ce qui est mis en scène ici, c’est tout un petit monde où les voisins ne se parlent plus, excepté pour s’invectiver ou se menacer pour des histoires de succession, de filiations putatives incertaines et improbables, de conflits d’intérêts, d’usage de droits coutumiers à cause desquels les vivants se pourrissent la vie et qui font le folklore, sinon la fortune, des études de notaires. Toutes ces péripéties font aussi naître dans les têtes des protagonistes des idées de vengeance où on remâche sa haine des autres et de la terre entière, ses médisances, ses clabaudages, ses fantasmes et ses rancunes. On en vient parfois à souhaiter la mort d’un parent où d’un voisin pour un héritage désiré, qui tarde à venir et qu’on voudrait bien précipiter ! C’est l’univers des basses représailles exercées au quotidien, des vielles rancœurs, de la flagornerie intéressée témoignée aux gens riches, ceux de la ville, les « Parisiens » [« Pour lui tous les touristes étaient des Parisiens »], ces touristes avec leur argent qui transforment les vieilles ruines en résidences secondaires luxueuses, leurs questions naïves et condescendantes. On les méprise, on les attend, on les envie…La galerie de portraits n’est pas en reste : C’est deux mondes qui se juxtaposent sans vraiment se comprendre et se connaître. Leurs relations, jamais exemptes d’arrière-pensées, ne sont qu’éphémères et épisodiques.

 

C’est une peinture de la condition humaine, avec ce sens du raccourci dans la phrase où se lisent l’attente et l’espoir fou vite déçu «  Après avoir longtemps attendu le prince charmant, Raymonde passa deux ans de sa jeunesse à attendre le facteur tout en faisant du crochet. », les rêves de possession « Tous deux avaient compensé leur manque d’amour par un amour démesuré de l’argent et n’étaient possédés que par un seul désir, celui de posséder », tout ce qui fait la vie avec des habitants de ce petit coin de terre et de sable, coincé entre le ciel et l’eau, ses hasards, ses surprises …

 

Ce sont des parents qui ne pensent, à défaut de son bonheur, qu’au mariage de leur fille, de préférence avec un bon parti, parce que cela se fait, parce qu’on ne reste pas vieille fille, à cause du qu’en dira-ton ou de convenances d’un autre âge, une histoire pleine de désamours ou d’amours contrariées ou dissoutes par l’usure du temps… Tout cela fait naître de drôles d’idées dans les têtes… Je vous rassure, l’amour fou, le plus inattendu et donc le plus merveilleux existe aussi, heureusement !

 

C’est aussi une intrigue policière dont je ne saurais dévoiler les arcanes, à la fois surprenantes et déroutantes, comme il se doit, et qui participe aussi de l’intérêt du livre.

 

C’est donc avant tout un roman, écrit comme tel et qui se lit d’un trait, avec juste ce qu’il faut de situations énigmatiques et pleines de suspense, de rebondissements, de retournements, qui, jusqu’à la fin, tient le lecteur attentif en haleine.

 

 

© Hervé GAUTIER

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