SERIE NOIRE SUR RÉ LA BLANCHE - Robert BÉNÉ - auto-édition.

 

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N° 248–août 2003

SERIE NOIRE SUR RÉ LA BLANCHE – Robert BÉNÉ - auto-édition.

Il paraît qu’un roman policier ne se lit bien qu’en vacances. C’est donc pendant l’été que j’ai lu ce livre amicalement offert. J’y ai retrouvé avec plaisir cette île de mon enfance quand elle n’était pas encore reliée par un pont au « continent », qu’on y accédait encore par la noria des bacs (« l’Amiral Duperré » entre autres), qu’elle était encore typique, qu’on pouvait courir en liberté parmi les vignes sauvages, ramasser des poireaux et des asperges qui poussaient simplement dans le sable et jouer dans les restes de blockhaus allemands de la dernière guerre… C’était un autre temps, comme ont dit, celui de la jeunesse, de l’insouciance… « Ré la blanche », elle l’était par la couleur de ses tas de sel, du sable de ses plages et de la façades de ses maisons blanches aux contrevents verts, éclaboussées de soleil.

A l’époque, il y avait déjà des roses trémières, mais aussi des ânes en culottes à carreaux, des femmes en quichenottes et des bateaux de pêche qui rentraient le soir au port avec leur marée fraîche. Oui, c’était un autre temps que les aquarelles de Suire ont immortalisé et les touristes déjà y venaient pour l’été, mais il y avait davantage de « villages de toile » que de résidences secondaires hors de prix.

De La Rochelle toute proche on venait pour passer une journée ou un après-midi et on se sentait chez soi sur l’île de Ré. Maintenant, elle est de plus en plus la banlieue d’un Paris chic. C’est comme cela, les temps ont changé !

L’auteur, lui, choisit cette île des années 1970 … Nostalgie peut-être, mais moi j’aime bien !

Mais revenons sur ce roman dont on devine avant même de l’avoir ouvert, à cause du titre et de la couleur de la couverture, qu’il va être noir. Ah ça, pour l’être, il l’est ! Pas moins de douze meurtres et deux suicides en un mois dans ce petit village de La Noue ; c’est presque surréaliste ! Le policier fera son travail…mais il n’en sortira pas indemne !

En tout cas cela suffit à faire réquisitionner le pauvre commissaire Paulhac qui, à dix huit mois de la retraite vient prendre un mois de vacances dans la maison familiale avec son fils, Pierre, lui aussi un futur policier. Il fait déjà des projets pour son avenir, lui qui a si difficilement gravi les échelons pour devenir ce qu’il est !

Au vrai, tout commence avec une évasion du pénitencier de Saint Martin de Ré et le Service Public et le devoir n’attendant pas, de vacancier tout juste débarqué à La Noue, le commissaire se retrouve réquisitionné d’office pour mener l’enquête, mais seul ! C’est qu’on soupçonne le fuyard d’être aussi un dangereux assassin ! Heureusement son fils est là qui propose à son père de l’aider et qui va ainsi pouvoir exercer son talent de futur limier. Ses méthodes sont différentes (là aussi, un autre temps !), mais qu’importe, seul le résultat compte, alors ils font équipe, mais les assassinats se multiplient.

Bien sûr, il ne faut jamais déflorer l’intrigue d’un roman policier, et, cher lecteur de cette vieille revue, ne comptez pas sur moi pour le faire !

En tout cas, ce roman est l’occasion pour l’auteur non seulement d’évoquer des paysages de l’île de Ré, si poétique et si belle, mais aussi de brosser toute une galerie de portraits. C’est que le fonctionnaire de police retrouve pour ses vacances rétaises ses copains d’école comme ce brave « Père Milou », un peu voyeur, un peu vicieux qui rend, pourquoi pas, un culte appuyé à Bacchus, mais pas méchant pour deux sous ! C’est une figure locale comme les aiment ceux qui viennent se dépayser ici. Il fait en quelque sorte partie du paysage.

Il y a les commerçants soucieux de l’ordre public et estival, générateur de chiffre d’affaires qui n’hésitent pas à flatter le commissaire pour mieux le trahir ensuite (Là, les temps ne sont pas prêts de changer et la condition humaine est toujours égale à elle-même), même si celui-ci fait ce qu’il peut, parmi ces milliers d’estivants, pour démasquer le coupable.

C’est aussi cet ancien marin, véritable bête de guerre qui fait peur à tout le monde. C’est un coupable idéal !

Il y a aussi Odette, l’épouse du copain d’enfance de son fils que celui-ci a laissé se marier avec un autre, par timidité sans doute ? C’est que Pierre est un idéaliste et entoure tout ce qu’il voit, les femmes comme son île de Ré d’un halo de pureté ! Chacun sa manière de voir les choses !

Il y a aussi le Maire, parvenu et suffisant, qui tient avant tout à la tranquillité estivale de ses administrés et des vacanciers, mais surtout à sa position de notable, à ses mandats électoraux et à son avenir politique. Le commissaire qui le connaît bien l’invective «  Quand on était en classe, tu étais un petit con, maintenant que tu es dans la politique, tu es une belle ordure ». On ne peut être plus clair et tout est dit en peu de mots ! Lui n’hésitera pas à écraser tout le monde pour se maintenir là où il est et la vieille camaraderie qu’il avait avec le commissaire ne pèse pas lourd quand il s’agit de sauver la face. Il pratique aussi la palinodie avec un regrettable talent !

Heureusement que l’auteur prend la précaution de préciser que «  Toute ressemblance avec des personnages existants ou ayant existé … » On ne sait jamais, il y en a qui pourrait se reconnaître !

Lisez donc ce roman, vous n’en serez probablement pas déçu, même si cet été un peu trop meurtrier a, cette année-là et par le miracle de l’imaginaire, ensanglanté la blancheur de « Ré ».

Diffusion gratuite – correspondance privée.

© Hervé GAUTIER

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