Stéphane HESSEL

Stéphane HESSEL

Citoyen sans frontières

 

 

 

N°541 – Octobre 2011

CITOYEN SANS FRONTIERES – Stéphane Hessel – Fayard. [Prix Jean Zay - 2008]

 

 

Nous sommes en 2008 et un journaliste, Jean-Michel Helvig [journaliste et écrivain, ancien éditorialiste à Libération], vient de terminer une série d'entretiens avec Stéphane Hessel, jeune homme de 90 ans dont l'existence vient d'être révélée au monde par une simple phrase et un petit livre (« Indignez-vous !») qui sonnent comme une prise de conscience adressée à ses contemporains, une invitation à réagir contre ce monde de moins en moins humain et de moins en moins solidaire. Une manière de rappeler aussi que la France reste le pays éternel de Voltaire, de Victor Hugo, d'Émile Zola, de Jean Moulin...

 

C'est vrai que notre homme ne déteste pas le rôle du survivant qu'on consulte parfois, du « vieux sage africain » qui lui va bien, mais qui, en même temps fait de lui un personnage à la fois sympathique et qui se complait dans ce nouvel habit où, il le sait et en joue, « le droit de plaire et de séduire est indissociable à la volonté d'agir et de convaincre ». C'est un peu comme s'il était celui qu'on attendait depuis longtemps pour nous dire simplement les choses, pour formuler des évidences et nous faire réagir et enfin agir... Qui est-il celui qui vient à l'heure où l'âge, l'altération des facultés si souvent rencontrée chez les autres imposent une retraite ? Alors, le béotien se raccroche aux quelques informations qu'on a laissé filtrer à son sujet et qui donnent à l'homme une dimension quasi mythique. Ce sont pèle-mêle « l'ancien résistant », « l'ambassadeur de France », l'enfant héritier du film « Jules et Jim » ... de sorte que notre appétit de connaissances s'en trouve aiguisé. C'est que, parmi les actions qui ont toujours inspiré sa vie il y a l'organisation de la paix universelle, l'action des ONG, le civisme mondial, l'amélioration de l'environnement, la meilleure répartition des richesses, le droit de mourir dans la dignité...et voilà que tout cela, le plus souvent développé dans l'ombre, le propulse soudain au premier plan de l'actualité !

 

A Moscou les bolcheviques préparent leur ascension quand il nait en octobre 1917 à Berlin, aux prémices de la défaite allemande qui servira de terreau au nazisme. Cela lui vaudra, en juillet 1944, d'être interné aux camps de Buchenvald, Rottlenberode et Dora et dont il s'évadera pour retrouver Paris libre en 1945 et la France, son pays d'adoption dont il sera l'ambassadeur. Il est le fils d'un écrivain juif allemand, Franz Hessel et d'Helen Grund, femme non-conformiste, tous les deux amis des Lettres et de Arts. Il ne sera naturalisé français qu'en 1937 puis, refusant la défaite, rejoindra la France Libre à Londres. Ensuite ce sera, à sa demande, la « mission Gréco » mais, dénoncé, il sera arrêté, interrogé, torturé puis déporté.

Lui qui a été scolarisé à l'école communale de Fontenay aux Roses en 1924 sans parler un mot de français est quand même devenu normalien. Puis c'est une carrière d'ambassadeur qui s'offre à lui qui le mène en Chine, en Afrique et à l'ONU. Sous la IV° république, il devient un des principaux collaborateurs de Pierre Mendes-France qu'il avait connu pendant la guerre. C'est aussi un « grand commis de l'État » qui sert sous Mitterand. Ardent défenseur de l'Europe qui a ses yeux ne peut exister vraiment que sous la forme fédérale, il insiste cependant pour faire prévaloir son rôle sociale indispensable. C'est lui aussi qui, dans le cadre de l'ONU a participé, en 1948, à la rédaction de la Déclaration des Droits de l'homme. On peut difficilement être davantage au rendez-vous de l'histoire !

Lui qui, ayant connu les « camps », voit la vie « comme un beau rêve » et souhaite avant tout qu'elle prévale en toutes circonstances, invite, au nom de l'humanité, l'homme à résister contre tout ce qui est mauvais pour lui, à faire qu'il soit toujours au centre de ce monde et qu'il ne perde jamais le sens de l'humain. Sa devise pourrait être « être de partout sans être enfermé nulle part » ce qui est une formidable invitation pour chacun d'entre nous à résister à tous les dogmes et à toutes les formes de pensée unique, qu'elles prennent la forme d'une religion ou d'une idéologie politique, à faire usage de notre raison en toute chose. Il est attentif à l'éthique qui, à ses yeux, est indispensable à l'action politique et, en cela, il est le digne héritier de Mendes France. Il exerce volontiers son esprit critique, ce qui l'amène à s'opposer à l'action de l'État quand il la juge illégale. Il milite ainsi en faveur des sans-logis, prône les valeurs universelles de l'humanisme qui font de lui un infatigable militant en faveur des Palestiniens, des sans-papiers, des opprimés... « J'ai toujours été du côté des dissidents » avoue-t-il, ne cachant rien de son engagement. C'est aussi un médiateur, « un rapprocheur » qui assume, à l'invite de Jean-Michel Helvig ses erreurs, ses échecs, ses contradictions. A 94 ans aujourd'hui, il n'a évidemment plus rien à attendre de personne et son expérience personnelle autant que sa parole sont un formidable témoignage.

 

C'est donc cet esprit libre, adepte d'une gauche réformiste démocratique, humaniste et amoureux de la politique et de la vie tout simplement et qui refuse la peur de la mort, que ce livre nous invite à découvrir, un homme engagé dans l'action humanitaire et sociale, un esprit de son temps qui sait, sans complexe, jeter sur lui un regard critique. C'est aussi un amateur de poésie qui avoue, à sa manière, son goût pour la création littéraire autant que pour la paix entre les peuples à travers un texte d'Apollinaire (« La jolie rousse ») qui termine cet ouvrage.

 

J'ai personnellement éprouvé un grand réconfort à la lecture de cet entretien clair et écrit avec simplicité, non seulement parce que le message qui y est délivré l'est par un citoyen français qui fait ainsi honneur aux valeurs de l'humanisme dont notre pays est porteur, mais parce que, comme l'indique le titre, cet homme est aussi, et sans conteste, un citoyen du monde, un militant de la cause humanitaire, au seul service de l'homme et non à celui des intérêts éphémères de quelques-uns.

 

 

 

 

© Hervé GAUTIER – octobre 2011.http://hervegautier.e-monsite.com

 

 

 

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