Sylvain Pattieu

et que celui qui a soif, vienne

La Feuille Volante n° 1112

Et que celui qui a soif, vienne. - Sylvain Pattieu – La Brune au Rouergue.

 

Dès l'abord et malgré ce titre tiré d'un verset de l’Évangile, le lecteur est plongé dans l'atmosphère de ce siècle de piraterie, avec pour personnage central la mer. A l'époque, la navigation était plus dure que maintenant, plus aventureuse et incertaine aussi. L'auteur ne nous épargne rien de la dure vie des hommes d'équipage à bord, des matelots recrutés de force ou par ruse dans les tavernes et qui bien souvent mourraient pendant le voyage, victimes des conditions extrêmes de navigation mais aussi des sanctions des supplices, parfois injustes infligés par les officiers et des boscos et des sévices des plus anciens. L'auteur nous fait aussi partager, avec force détails, les châtiments dont sont victimes des hommes d''équipage au nom de le nécessaire discipline. A cela s'ajoutaient la piraterie, les mutineries, les abordages meurtriers auxquels les navires marchands ne pouvaient résister. Il nous invite aussi à terre, à l'escale, avec l'alcool, les filles du port et les rixes parfois mortelles. C'était l'époque des négriers, du commerce triangulaire, des traversées inhumaines avec au bout la souffrance à fond de cale et la mort pour ceux qui passeraient leur vie en esclavage ou tenteraient de prendre par la révolte leur destin en mains. Il y avait ce Nouveau Monde, cette Amérique, qu'il fallait peupler avec des femmes qu'on sortait des bordels ou simplement de la misère en leur faisant miroiter des jours meilleurs. Pour beaucoup c'était l'espoir qu'on entretenait ainsi, mais la réalité était bien différente. C'est aussi l'époque de la Compagnie des Indes Orientales où le mot d'ordre était de s'enrichir par le commerce entre l'Europe et l'Asie mais dans la tradition puritaine protestante.

 

Ce brassage de population fait naître des rencontres pas toujours heureuses. Le microcosme de ces trois navires à voiles, le négrier, le marchand et le pirate, donne à l'auteur l'occasion de se livrer à une galerie de portraits étonnants, émouvants et parfois même inattendus, des hommes de la terre se retrouvent à bord, des paysans et des religieux incapables de s'adapter à cette nouvelle vie, des femmes du bord pour qui ces hommes sevrés d'amour se battent et parfois meurent. Il transporte le lecteur dans ce siècle où la vie ne valait pas cher, quand les voyages maritimes se faisaient au gré des vents et des tempêtes, quand le danger et la mort faisaient partie du voyage, le tout sur fond de combats, d'abordages, de taverne et de liberté.

 

Ce siècle de piraterie n'était finalement pas bien différent du nôtre aujourd'hui où l'imagination n'a pas de borne pour s'enrichir, s'approprier le bien d'autrui ou simplement le faire souffrir, l'écraser ou le jeter dehors pour le seul plaisir de se dire qu'on existe et qu'on a de l'importance. Dans ce siècle comme dans le nôtre, le mensonge, l'hypocrisie, l'adultère, la vengeance avaient cours, partagés équitablement entre les hommes et les femmes, malgré les apparences savamment entretenues. Les circonstances, les modalités, le décor sont certes différents mais l'espèce humaine reste la même, pas si fréquentable que cela malgré les efforts louables de gens qui veulent faire changer le monde, le rendre meilleur ! De simple récit d'aventure, ce roman passionnant au début et fort bien écrit, malgré cependant de nombreuses longueurs et l'histoire un peu abracadabrantesque de Karl (ou de Katarina), et le mélange franchement déroutant des époques, pirates ou non, et des épisodes de la vie personnelle de l'auteur, révèle, s'il en était besoin, cette espèce humaine pas si reluisante que cela mais à laquelle nous appartenons tous.

 

Ce qui au départ était excitant, qui sentait bon l’aventure et le dépaysement est parvenu, sur la fin, à me lasser.

 

© Hervé GAUTIER – Février 2017. [http://hervegautier.e-monsite.com ]

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