Théâtre

LA CONTREBASSE – Pièce de Patrick SUSKIND avec Jacques VILLERET.

 

 

N°157

Juin 1993

 

 

 

LA CONTREBASSE – Pièce de Patrick SUSKIND avec Jacques VILLERET.

 

 

 

Au risque de passer pour un importun et d‘aller à l’encontre d’une opinion laudative, je dirai que cette pièce, écrite en 1980 par Patrick Suskind m’a laissé une impression mitigée, pas vraiment mauvaise, mais largement en-deça de tout le bien que j’en ai entendu dire.

 

Non que Jacques Villeret fût mauvais, tant s’en faut, mais le texte m’a paru très moyen, et si cette pièce se veut être une comédie, il n’y a pas là de comique de mots, pas davantage de comique de situation. A preuve, le rire, quand le public en gratifie l’interprète, va plutôt à un effet de scène de Villeret qui, à mon sens, rachète beaucoup le texte.

 

De quoi s’agit-il ? simplement d’un homme de 35 ans qui connaît une solitude forcée (soulignée d’ailleurs par un monologue de 2H30 – une véritable performance pour l’interprète), un petit fonctionnaire de l’Orchestre National qui a renoncé à une carrière de virtuose plus en vue, pour préférer cet instrument encombrant qu’est la contrebasse ! Pourtant, a-t-il vraiment choisi ?

 

Au vrai, il est cossard, et qui plus est, limité dans ses possibilités. Il passe son temps à ressasser ses échecs. C’est un petit musicien d’orchestre, « un contrebassiste du 3° pupitre au fond » (derrière lui, il n’y a plus personne) à qui on ne fait guère attention et qui peut se permettre, en toute impunité, de ne jouer que quelques notes sans qu’on relève ses manquements ! Après tout, il ne sert que d’accompagnement !

 

C’est un être irascible qui passe ses nerfs sur son instrument, n’y voyant qu’un exutoire, se contentant de boire de la bière et de caresser les formes de sa contrebasse, faute de pouvoir effleurer celles de Sarah, la chanteuse soprano qu’il aime en secret, qui ne le connaît pas et qu’il n’aura jamais. C’est un être cupide, envieux, pusillanime, méchant et sans envergure qui remet chaque jour au lendemain le coup d’éclat qu’il prépare depuis longtemps, celui de lancer son cri d’amour à Sarah, en plein orchestre, ce qui attirera l’attention sur lui… mais lui coûtera sa place !

 

C’est un être mal dans sa peau, aussi petit que son univers quotidien de fonctionnaire. Il n’a peur de rien, mais ne fera rien pour être mieux qu’un modeste contrebassiste mal payé et qui rêvera toute sa vie de celle des autres, de ceux qui emmènent Sarah « dans des restaurants de poissons ». Lui restera éternellement à la porte, écarquillera les yeux à travers la vitre, mais ce sera tout ! Il est amer, un peu raciste, quant à la musique, s’il en joue, c’est sans l’aimer vraiment.

 

On aurait pu imaginer, puisque nous sommes en pleine fiction qu’un dialogue surréaliste s’installe sur scène et que l’instrument prenne la parole et réponde au personnage. Là un effet comique eût sûrement été au rendez-vous… Mais la contrebasse reste muette, se contentant d’imposer sa silhouette massive jusqu’à la fin. C’est que le personnage n’a rien de comique en lui-même, il joue le rôle ingrat de celui qui s’est égaré dans cette vie qu’il voyait autrement pour lui. Il s’y débat seul, sans grand espoir ni peut-être volonté d’échapper à sa condition qui ressemble pourtant à la condition humaine ordinaire.

 

Je le répète, Jacques Villeret sauve cette pièce. Je pense simplement qu’on s’est trompé de registre en voulant en faire une comédie, alors que c’est d’un drame qu’il s’agit.

 

 

© Hervé GAUTIER.

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