Valérie Tong Cuong

L'ARDOISE MAGIQUE – Valérie Tong Cuong

 

N°468– Octobre 2010.

L'ARDOISE MAGIQUE Valérie Tong Cuong -Stock.

 

Cela commence plutôt mal pour Mina, née de père inconnu, confiée après la mort de sa mère, alcoolique, chômeuse et marginale à une tante qui la déteste et un oncle qui l'ignore malgré le fait qui que c'est lui qui l'a imposée dans son foyer. Elle n'avait pas le choix, mais dans cette famille de substitution, établie dans une bourgeoisie traditionnelle et recroquevillée sur elle-même, elle bénéficiait au moins d'une stabilité que son jeune âge méritait.

Au lycée, elle rencontre Alice, fille de banquier, brillante, cultivée et belle. Cette différence fait qu'elle est rapidement mise au ban de la classe. Il n'y avait donc aucune chance pour qu'elles deviennent amies, et pourtant cet isolement commun, cet appartenance à deux milieux dissemblables qu'elles souhaitent fuir, rapprochent les deux jeunes-filles. Tout les oppose et c'est paradoxalement peut-être ce qui va tisser entre elles une complicité solide. A l'indifférence, à la méfiance du départ, succède une relation amicale. Pourtant Alice est mystérieuse pour Mina et leur envie commune d'échapper à leur quotidien autant qu'à leur milieu se transforme en un projet de suicide. Alice sautera du pont et sera déchiquetée par un train et, au dernier moment, Mina qui était pourtant sa seule amie et qui avait promis de l'accompagner dans la mort, hésitera et restera en vie.

Désormais seule, pour exorciser sa culpabilité de l'avoir trahie, elle va explorer l'univers doré d'Alice. Pour cela elle joue un rôle et va aller à la rencontre de cette famille tant décriée par son amie. Elle cherche à comprendre pourquoi Alice n'a pas hésité alors qu'elle a renoncé au dernier moment. Elle fera ce chemin en compagnie de David, dit « Sans larme », un garçon gothique et donc marginal, qui lui aussi refuse le monde tel qu'il est. Il va la guider dans sa recherche, la soutenir dans ses moments de doute, l'accompagner dans cette quête et dans les épreuves qu'elle entraine. La fin est à la fois surprenante et prévisible.

 

J'ai lu ce roman jusqu'à la fin, désireux de connaître l'épilogue, de partager avec Mina son histoire personnelle et cabossée, de voir ce que David pouvait lui apporter, curieux aussi de cette Alice, de son existence plausible mais rebâtie par Mina, entre fiction et réalité. Est-elle folle au sens populaire du terme? Son amie n'est-elle qu'une fiction patiemment construite pour son seul usage et celle-ci ayant accompli son action peut-elle être effacée ainsi que le ferait une ardoise magique dans les mains d'un enfant?

Au vrai, ce récit me laisse un peu perplexe, non qu'il soit mal écrit, au contraire, le style est fluide et s'attache le lecteur jusqu'à la dernière ligne, mais je reste dubitatif au sujet de Mina. Est-elle égoïste, cette jeune adolescente à la recherche d'elle-même ou une dangereuse affabulatrice, une mythomane en quête du pardon de fautes qu'elle n'a pas commises, du rachat de quelque chose d'indistinct dans sa vie et auquel elle veut échapper, un être qui, à la fois est attirée par la mort qu'elle porte en elle comme nous tous parce que sa vie est impossible et qui, en même temps la refuse parce que son parcours même épineux lui fait renoncer au néant?

 

C'est le premier roman que je lis de cet auteur. J'ai été un peu déçu.

 

 ©Hervé GAUTIER – Octobre 2010.http://hervegautier.e-monsite.com

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