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la feuille volante

Louis-Ferdinand CELINE

N°838 – Décembre 2014.

Louis-Ferdinand CELINE Maurice Bardèche – La table ronde.

S'il existe dans la littérature française un personnage qui dérange autant qu'il fascine, c’est bien Céline. A travers l'histoire de cet homme devenu médecin puis écrivain après avoir été maréchal-des-logis, on devine la désillusion qui a été la sienne tout au long de sa vie. Le regard qu'il porte sur les choses et surtout sur les gens nous donne à voir un champ de ruines. La relation qu'il fait de sa vie qui est aussi un voyage et surtout la trame de son œuvre, est unique. On est loin du style de ses contemporains, classique et volontiers policé, rien à voir avec celui de Mauriac par exemple, mais c'est une sorte de musique écrite dans un vocabulaire des faubourgs, plein de spontanéité et parfois même d’obscénité. Pourtant, il est de ces écrivains qui, de leur vivant ont écrit leur propre légende, nécessairement déformée.

Maurice Bardèche [1907-1998] dissèque brillamment et présente d'une manière pédagogique l’œuvre de Céline et son évolution. Il montre comment, à partir de son engagement, de la guerre de 1914, le maréchal-des-logis Destouches est devenu l'écrivain Louis-Ferdinand Céline. « Voyage au bout de la nuit », son premier roman qui manqua de peu le Goncourt, introduit cette prise de conscience. Les écrits qui suivront montreront l'évolution et parfois les dérives de cet auteur devenu un déçu puis un révolté. La blessure par balle du sous-officier qu'il était et qui finira par être réformé n'avait rien à voir avec le cuirassier chargeant et sabré dans un affrontement guerrier comme l'image d’Épinal officielle l'a montré.

Maurice Bardèche confesse à l'issue de cette étude avoir été étonné par Céline, et pas forcément à l'avantage de ce dernier. Il décrit sans concession son parcours, l’œuvre qui en est résulté mais aussi le côté affabulateur, geignard, hâbleur du personnage le révélant à la fois génial écrivain, un magicien du verbe plein d’imagination, mais aussi obsédé, contradictoire, menteur, utopique parfois, ce qui a fait de lui un incompris qui a été longtemps rejeté, marginalisé. Bref, une sorte de Janus, un peu comme nous tous d'ailleurs. Il note que derrière son langage parfois ordurier tinte une musique triste parce qu'il dénonce la nature humaine qui n'est pas aussi bonne que beaucoup de philosophes ont tenté de nous le faire croire. Vers la fin de sa vie il donnait de lui une image détestable. Ainsi se devine l'autre Céline, celui qui se défend contre les hommes. Cela fit de lui une sorte de paria qui se protégea lui-même tout en croyant à son talent d'écrivain. A la fois révolté contre les hommes, il est aussi le dénonciateur de leur hypocrisie et parfois de leur hystérie, de leur capacité de nuisance qui les mène inexorablement à la mort. Bardèche estime que chez Céline, la sensibilité est plus forte que la pensée, c'est un écorché-vif qui se manifeste dans une langue spontanée, populaire, délirante parfois qui l'emmène hors de la réalité, le faisant entrer dans un rêve fantasmatique. Il parle évidemment de l'antisémitisme de Céline, l'explique en partie mais estime que cela ne fait pas pour autant de lui un fasciste .

Céline s'est, tout au long de sa vie d'écrivain, composé une image de lui-même faite de peur, de victimisation, de haine et de fuite. S'il a voulu éviter peut-être naïvement la deuxième guerre c'est sans doute à cause de sa blessure reçue lors de la première.

Ce livre éclaire la personnalité de cet écrivain qui marqua la littérature française de son empreinte durable.

©Hervé GAUTIER – Décembre 2014 - http://hervegautier.e-monsite.com

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