Des mots et des actes
- Par ervian
- Le 23/03/2025
- Dans Jérôme GARCIN
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N°1972– Mars 2025.
Des mots et des actes (Les belles-lettres sous l’Occupation) – Jérôme Garcin – Gallimard.
Depuis les nombreuses années que cette chronique existe, j’ai toujours été attentif aux publications de Jérôme Garcin, d’abord parce que c’est bien écrit, agréable à lire et bien documenté, mais peut-être surtout, quand il en choisit le sujet, parce qu’ il met sa notoriété au service de gens de lettres dont la mémoire collective n’a retenu le parcours qu’à travers le nom d’une rue ou d’un établissement public.
Le sous-titre de cet ouvrage indique d’emblée que notre auteur va s’attaquer à une période difficile de notre histoire parce l’héroïsme et la trahison qui l’ont illustrée ont également été le fait d’écrivains, parce que l’occupant allemand, ou le gouvernement de Vichy, ont recherché leur appui ou favorisé leur carrière alors que d’autres ont choisi le combat et l’héroïsme, parfois dans l’anonymat, pour la libération de leur pays. Il va donc dresser le catalogue de ceux de ces deux camps avec une préférence, on s’en doute, pour les héros, réservant son talentueux fiel, sa formule assassine pour ceux qui ont trahi. Ainsi fustige-t-il Paul Morand, Roger Nimier, Céline, Cocteau, Robert Brasillac, et célèbre -t-il, les sortant peu ou prou d’un certain oubli, Jacques Decour, Jacques Lusseyran, Jean Guéhenno, Jean Prévost à qui, pour certains, il avait déjà consacré des ouvrages précédents ...sans oublier l’éditeur Bernard Grasset qui eut aussi sa période sombre sous l’Occupation ... et sa mort solitaire ensuite. Jérôme Garcin note opportunément que Pierre Seghers, le fondateur des éditions du même nom, fut non seulement un résistant de la première heure mais également l’auteur en 1943 d’une Anthologie des poètes où figurent les noms d’Eluard, d’Aragon, de Guillevic. Il rappelle utilement que la Royal Air Force parachuta en 1942 le poème d’Eluard, devenu célèbre sous le titre de « Liiberté » au-dessus des maquis français. La NRF avant d’être noyauté par Drieu La Rochelle, incarna la Résistance quand l’Académie française accueillait beaucoup de vichystes. Il note que « l’exercice de la littérature peut mener à l’insoumission comme à la soumission, à la bravoure comme à la lâcheté » et que le talent ne peut justifier ni le mensonge ni la traîtrise, que, séparer l’homme de l’artiste, reste une saine démarche. .
A la fin du XX° siècle on a republié des écrivains maudits illustrant cette constante de l’espèce humaine qu’est l’oubli. Il est aussi « la forme la plus raffinée, la plus hypocrite des trahisons ». Jérôme Garcin fait bien de le rappeler, même s’il n’oublie pas de commencer par parler de lui.
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