Alessandro Baricco

EMMAÜS

N°934– Juillet 2015

 

EMMAÜS - Alessandro Baricco- Gallimard.

Traduit de l'italien par Lise Caillat.

 

Dans ce roman sans doute plus que dans les nombreux autres qu'il a écrits, Alessandro Baricco s'implique personnellement. Comme les garçons dont il parle, lui aussi jouait de la guitare à la messe dominicale même s'il est maintenant devenu athée, lui aussi avait cette action humanitaire auprès des malades, mais, selon son propre aveu, il était un jeune homme beaucoup plus introverti que les quatre dont parle son ouvrage et il ne faut pas prendre ici la notion d'autobiographie au pied de la lettre. C'est en effet leur histoire que conte ce roman, celle de quatre garçons, dont l'un envisage de devenir prêtre, de la bourgeoisie turinoise catholique qui vont être fascinés, comme une apparition, par la beauté intemporelle d'une jeune fille, prénommée « Andre », aristocrate, libre et même libertine, adepte des frasques sexuels et qui offrait largement ses faveurs les plus débridées aux hommes. Leurs convictions religieuses, leurs pratiques pieuses, ne vont pas tarder à être remises en question d'autant que, hypnotisée par la mort, la jeune fille mettra fin à ses jours pendant cette adolescence houleuse. Cela sera, à leurs yeux, une sorte d’involontaire rite de passage vers l'âge adulte, une occasion unique de sortir de cette période protégée, pleine d'illusions sur la religion et sur la vie. Pour autant, cet abandon de la foi et de l'enfance, pour violente qu'il soit, leur fait découvrir des choses d'une grande beauté, une sorte de message à peine voilé pour nous montrer que les choses ne sont pas aussi manichéennes qu'elles peuvent paraître. Être adolescent et croyant correspond à une période fascinante et c'est sans doute un privilège que de la vivre (il m'est possible personnellement d'attester cela) pour autant toute remise en question est salutaire, même si elle peut correspondre à un abandon définitif de la foi et une possible vie sans Dieu. A cette période naissent souvent les vocations les plus altruistes voire les plus folles, témoin cette volonté affichée d'arracher Andre à sa perversité en proposant à sa mère la contribution de certains de ces garçons... avec l'aide de Dieu et de la foi. Dans ce parcours, on abandonne un peu de cette hypocrisie, de ce culte du secret qui sont l'apanage de la condition humaine, on peut aussi perdre ses illusions et sa foi religieuse à moins qu'elles en s'affermissent définitivement. On y gagne peut-être une autre notion des choses, une perception de la vie plus terre à terre, moins poétique, avec la violence, le vice, la maladie, la drogue, le suicide, le meurtre. C'est vrai aussi que chacun d'entre nous a bien dû avoir son enfance illuminée par un être, fille ou garçon, qui nous a émerveillé au point d'être pour nous un modèle inconsciemment inconditionnel. Andre fut ainsi pour tous ceux qui la côtoyaient. Si tous les quatre en sont amoureux, elle fut pour deux d'entre eux le symbole de l'amour, l'initiation à l'acte sexuel, avec pour résultat une paternité future non désirée, culpabilisante, problématique et bien trop précoce. Elle était à la fois l'image du péché et sa sanction. Il n'y a pas de date précise dans ce roman, peut-être parce que l'auteur, né en 1958, veut garder de sa jeunesse une vision mythique après qu'elle fut sans doute mystique.

Le style de Baricco, sans doute servi par une traduction fidèle, est précis, réaliste, attachant et sincère dans l'analyse qu'il fait de l’âme adolescente et de son parcours vers la réalité avec ses vices et ses déviances qui accompagnent et entraînent la perte de la foi qui agissait jusque là comme une sorte d'anesthésie. Cela a sans doute été son parcours personnel et ce roman est en cela à la fois sincère et respectable. C'est en effet plus facile de prêcher doctement des certitudes venues d'ailleurs qu'on peut parfaitement faire semblant d'adopter, c'est en revanche plus difficile de remettre en question une foi inculquée pendant toute l'enfance à grands coups de messes et de séances de catéchisme. Ce parcours laisse toujours des traces, il est pavé de certitudes abandonnées, de croyances définitivement délaissées, avec un arrière-goût de mystification passée et des bourrages de crâne avortés dans un but souvent bien étranger à cette religion que des prêtres qui en valent pas mieux que nous mettent en avant. Ils se disent investis de fonctions et de connaissances divines et se proclament représentants sur terre d'un dieu lointain et à qui le dogme et la doctrine prêtent, en fonction des circonstances et de l'histoire, des visages différents et auxquels il faut absolument faire acte d’obéissance servile. Si on en bénéficie pas naturellement du don de Dieu qu'est la foi, on est instamment prié de croire et de proclamer cette croyance jusque et y compris si elle n'est que de façade.

Le titre fait référence à l’Évangile qui relate cet épisode où les disciples qui ne reconnurent que tardivement le Christ qui, après sa résurrection, chemina avec eux tout en parlant des récents événements de sa passion et de sa mort sur la croix. On donne à cela l'interprétation que l'on veut, entre la vulnérabilité de la foi humaine, le doute qui la fragilise et ce don surnaturel qu’elle représente pour certains d'entre nous pris au hasard et qui décident d'y consacrer leur vie. A lire certaines pages de ce livre, je n'ai pas toujours eu l'impression de parcourir un roman mais quelque chose qui ressemble à une mise au point personnelle de l'auteur par rapport à la religion, à son enfance, une sorte de page qui s'est tournée dans la douleur, peut-être un peu malgré lui.

Hervé GAUTIER – Juillet 2015 - http://hervegautier.e-monsite.com

HOMERE. ILIADE

 

N°932– Juillet 2015

 

HOMERE. ILIADE - Alessandro Baricco – Albin Michel.

Traduit le l'italien par Françoise Brun.

 

Le thème de l’Iliade, la vraie, celle d'Homère, c'est la fin de l'histoire de la guerre de Troie, un siège qui a duré 10 ans et qui a opposé les Grecs aux Troyens. Ce sont les Grecs qui l'emportent grâce à Achille qui tue Hector en combat singulier. Dans cette aventure les dieux interviennent directement dans le conflit. L’œuvre est composée de 24 chants soit 15337 hexamètres dactyliques. Du temps de mes lointaines Humanités, la lecture de ce genre de texte était réservée à ceux, déjà rares, qui se consacraient à l'étude du grec. Les traductions disponibles étaient très scolaires et collaient au texte orignal, elles étaient empruntes de lyrisme et de mythologie, bref c'était réservé à une élite. Le but de Baricco était de rendre accessible ce texte en vue d'une lecture publique, en l'expurgeant de tout ce qui pouvait rebuter un auditoire moderne, notamment les interventions divines et en y donnant une traduction moins « classique », plus laïque, plus contemporaine, bref de la rendre lisible.

 

A travers le théâtre classique et les textes littéraires, nous avons été bercés pendant nos études par ces personnages grecs et latins qui retraçaient à leur manière l'histoire de Rome et d’Athènes. La véritable Iliade d'Homère se termine par la mort d'Hector et ses funérailles mais ne parle guère du fameux « cheval de Troie » dont l'image est passé dans notre langage quotidien et dont Virgile parlera plus tard. Alessandro Baricco récupère cette séquence et l'intègre dans son texte. Pourquoi pas puisqu'il s'agit en quelque sorte d'une recréation.

 

A l'origine, « la belle Hélène », épouse du roi de Sparte mais ,selon la mythologie fille de Zeus et de Léna, est enlevée par Pâris, prince troyen. Cet événement est la cause de « la guerre de Troie » entre les Grecs et les Troyens. Ce texte parle des derniers des cinquante et un jours de la dernière année de cette guerre à travers les personnages d'Homère qui plantent en quelque sorte le décor. Même si, au cas particulier les femmes incarnent le désir de paix, il parle surtout de la guerre, cette activité dont les hommes n'ont jamais pu se passer, de cette violence qu'ils portent en eux et qui s'exprime dans ces actes et ce depuis la nuit des temps. Elle leur confère la gloire et une forme d'immortalité parce que la mémoire collective, reliée par l'écrit (et par l'art en général) s'en mêle, célébrant l’héroïsme. Et c'est un peu comme si elle devenait quelque chose de beau, de nécessaire même, parce que l'histoire est toujours écrite par les vainqueurs. Nous ne valons guère mieux aujourd'hui et nos sociétés, censées défendre la paix et s'en réclamer sont bien fragiles face à cette violence potentielle.

 

Sur le plan de la forme, le texte est effectivement débarrassé de ses afféteries classiques et autres images quelque peu ampoulées. La lecture n'en est que facilitée.

 

 

 

Hervé GAUTIER – Juin 2015 - http://hervegautier.e-monsite.com

SANS SANG

 

N°931– Juin 2015

 

SANS SANG - Alessandro Baricco – Albin Michel.

Traduit le l'italien par Françoise Brun.

 

Apparemment il y a eu une guerre dont nous ne saurons rien, mais peu importe. Celle-ci est terminée mais elle a laissé des traces. Comme à la suite de tout conflit, il y a des rancœurs et des règlements de compte pour venger quelqu’un ou récupérer quelque chose. Ainsi Salinas trouve enfin Manuel Roca, médecin devenu tortionnaire, caché dans une ferme isolée avec ses deux enfants dont sa fille Nina encore petite. Elle échappera au massacre, épargnée par Tito pourtant chargé de la tuer elle aussi comme il a tué son père. C'est ce genre d'événement qui marque définitivement une vie.

Dans ce court roman divisé en deux parties on peut voir l'allégorie de la vengeance et de son contraire, le pardon. En effet, pourquoi Nina adulte, animée par la volonté de venger la mort de son père choisit-elle de sauver la vie de Tito ? Le fait-elle pour acquitter une dette personnelle où par volonté d'oublier le passé fangeux de son père ? Le titre prend alors tout son sens. Je suis toujours frappé par cette évidence : Nos sociétés ont toujours été habitées par la violence qui est une caractéristique inhérente à l'homme. Quand elle a trop secoué le monde on réclame la paix, surtout après un conflit long et meurtrier mais dans le même temps et un peu contradictoirement on met en avant la nécessité de l'oubli qui est aussi une grande particularité de l'humanité. Généralement cela marche et il ne manque pas de gens pour endosser cette doctrine officielle qui bien souvent enfante des liens et des amitiés un peu surréalistes… Jusqu'à la prochaine fois parce que l'esprit revanchard existe et avec lui toute cette fureur parfois longtemps contenue. Cela n'empêche nullement les rancunes individuelles et les règlements de compte. En revanche, il y a des gens qui refusent cette invitation à l'oubli et qui restent figés dans le passé. Pour cela aussi, on fait appel à la mémoire collective, à la nécessaire expiation des exactions commises pendant ce conflit et qui en temps ordinaire serait du ressort des tribunaux.. Ici Nina choisit non seulement de laisser la vie sauve à Tito alors qu'au cours du récit on a vraiment l'impression, et lui aussi d'ailleurs, qu'elle vient pour le tuer, mais fait pour lui un geste assez inattendu. On peut se demander pourquoi. Ce dénouement me laisse quelque peu perplexe, sans doute à cause de la notion personnelle que j'ai du pardon mais ce roman ne lève pas cette ambiguïté qu'il a créée. En réalité, l'épilogue reste à mon avis en suspension et offre au lecteur le soin d'imaginer la suite.

Je redis ici que j'ai apprécié la sobriété du texte, servi par une traduction qui ne le trahit pas. Cela correspond certes au style de l'auteur mais peut-être aussi à l’esprit de ce roman. La volonté d'oublier, d'anéantir le passé ne se produit qu'au terme d'un temps nécessairement long et d’une volonté intime, certes silencieuse mais aussi contenue et peut-être animée de fatalisme ou d'un désir d'apaisement. Nina tient Tito à sa merci mais l'épargne, non sans lui avoir asséner des vérités…Le contexte du billet de loterie que l'homme vend à cette femme n'est sans doute pas innocent et procède de la fable, avec la chance en contre-champ qui semble servir Tito qui vraiment en s'y attendait pas. Ils se rencontrent bien des années plus tard, alors qu'il est très vieux et elle plus très jeune mais encore belle, se reconnaissent et pour qu'il n'y ait pas d'erreurs possibles parlent ensemble de leur passé commun mais sur un mode alternativement apaisé et agressif. Dès lors tout devient possible, même le pire et le hasard qui bien souvent gouverne nos vies peut favoriser les choses, ou pas ! Nina porte en elle des cicatrices indélébiles mais n'a rien oublié puisqu’elle est vraisemblablement à l'origine de l’élimination des autres assassins de son père. On la sent donc aussi déterminée à passer à l'acte que l'homme en face d'elle est prêt à mourir… et portant rien ne se passe comme on peu l'imaginer

Alors, une leçon d'humanité, de tolérance, de pardon … Pourquoi pas ?

 

Hervé GAUTIER – Juin 2015 - http://hervegautier.e-monsite.com

NOVECENTO

 

N°930– Juin 2015

 

NOVECENTO - Alessandro Baricco - Feltrinelli.

 

C'est une bien étrange histoire que celle de Novecento, de son vrai nom, si l'on peut dire, Dany Boodman TD Lemon Novecento, puisque ce patronyme lui a été donné par le marin qui l'a trouvé à bord du paquebot « Virginian » sur lequel il est né. On ne sait d'où il vient, il a été déposé là par les émigrants qui voulaient venir en Amérique, ou par des gens riches des premières classes, allez savoir, bref par des gens qui ne voulaient pas de lui ! Le plus étonnant dans cette histoire elle-même étonnante c'est que Novecento n’existe pas officiellement pour l’État-Civil puisqu'il n'est jamais descendu de ce bateau et qu'il n'a jamais été déclaré par personne. Il a grandi sur ce navire et puis un jour, sans jamais avoir jamais appris il s'est assis devant le piano du bord, le même sur lequel il avait été déposé, dans sa boite en carton et s’est mis à jouer, comme cela, d'instinct, sans jamais avoir appris la musique, comme s'il était familier des quatre vingt huit touches de cet instrument… Et le résultat a été extraordinaire. Ceux qui l'écoutaient convenaient qu'ils n'avaient jamais entendu une telle musique, un telle qualité de jazz. Même le flamboyant Jelly Roll Morton, le grand pianiste, l'inventeur du jazz, comme il le disait lui-même, et qui va se mesurer à lui ne pourra l'égaler. Et lui qui joue souvent pour les passagers de troisième classe, gratuitement bien sûr, ne veut pas quitter ce navire et sa vie se déroule toujours sur mer, sa musique ressemble aux rythme des vagues…

 

Novecento est un génie de la musique, mais comme beaucoup de génies il est seul, un peu perdu même dans le microcosme du paquebot et ne veut surtout pas en sortir. Toute sa vie en sera faite que de traversées maritimes. Voir la terre, peut-être, mais de loin, toujours à l'abri du bastingage comme s'il avait le mal de terre, comme d'autre ont le mal de mer ! Alors ? Peur de vivre, d'affronter les autres, les difficultés, peut-être, c'est en tout cas une sorte d'existence passionnée avec la musique pour seule raison en évitant au maximum les contacts avec les passagers hors mis son ami, et tout cela sur ce bateau qui lui aussi vieillit et qu'il accompagne jusqu'à la fin.

 

C'est un monologue, confié au lecteur par l'ami de Novecento, Tim Tonney, un trompettiste fasciné par ce musicien hors norme, une sorte de long poème, une fable un peu fantastique, lue à haute voix comme le préconise l'auteur et en italien pour goûter encore davantage la musicalité de cette langue

 

Hervé GAUTIER – Juin 2015 - http://hervegautier.e-monsite.com

SOIE

 

N°925– Juin 2015

 

SOIE Alessandro Baricco – La scala.

 

L'histoire commence en 1840 quand Baldabiou décide d'implanter à Lavilledieu une usine de filature de soie ce qui permettra à cette ville de se développer. En 1860 une épidémie de pébrine tue les vers à soie. Quelques années auparavant, cet homme avait demandé à Hervé Joncour, le fils du maire de Lavilledieu, d'aller tous les ans chercher des œufs jusqu'en Égypte et en Syrie mais à cause de cette épidémie il n'y a plus qu'une destination possible : Le Japon qui, à cette époque, est au bout du monde ou plus exactement « la fin du monde » mais où l’exportation des vers à soie est interdite. Il entre donc en contact avec Hara Kei, un homme énigmatique éperdument amoureux de sa maîtresse au charme de qui Hervé n'est évidemment pas insensible. Au vrai c'est une banale histoire d'amour, celle d'un étranger qui tombe amoureux d'une femme déjà liée à un homme, puissant qui plus est. Il accomplira au pays du soleil levant plusieurs voyages, pour les vers à soie, certes, mais pas seulement. Bien sûr cet Hervé est marié et bien sûr il va tromper cette épouse fidèle qui est restée à l'attendre en France parce qu'ils a simplement croisé le regard de cette femme d'autant plus énigmatique qu'il n'était pas forme orientale. Grâce à elle il va revivre. C'est souvent comme cela, c'est toujours le mari qui endosse ce rôle et jamais le contraire, comme si le contraire n'existait pas. Comme toujours l'amour se conjugue ici avec la mort, celle de son épouse mais aussi celle de cette maîtresse mystérieuse, auteur d'un billet. La guerre s'invite aussi dans cette histoire puisque dans ces périodes troublées, des destins se font et se défont. Quant à la richesse promise aux habitants de Lavilledieu, elle se révèle être une illusion

 

J'ai lu ce roman (qui est plutôt une nouvelle) en italien, par goût de cette langue que je découvre petit à petit avec plaisir à travers la musique des mots, avec un peu de mal quand même. C'est pour moi une belle occasion d'approcher cette langue cousine qui m'a toujours attiré. Les mots italiens sont sensuels, poétiques, évoquent la finesse de la soie, celle de la peau des femmes, la beauté des paysages... Pourtant si la poésie a été au rendez-vous de cette lecture, l'histoire ne m'a pas passionné, elle est plutôt classique. C'est un peu une leçon sur le thème ordinaire propre à la condition humaine, une histoire d'amour impossible et la nostalgie qui va avec. Hélène, la femme d’Hervé est peut-être et même sûrement l'auteur de la lettre reçue par lui et traduite par la maquerelle, peu importe après tout. On peut vouloir être un personnage qu'on ne sera jamais et elle le lui fait savoir de cette manière en lui avouant qu'elle est aussi au courant de tout. Cette façon de le dire peut aussi être une manière de formuler son amour : c'est parfaitement humain.

 

Le scénario est lent, parfois répétitif mais je garde dans l'oreille la musique et la poésie de la langue italienne.

 

 

Hervé GAUTIER – Juin 2015 - http://hervegautier.e-monsite.com

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