Gunnar Staalesen

ANGES DECHUS – Gunnar Staalesen

N°682– Octobre 2013.

ANGES DECHUS – Gunnar Staalesen- Gaia

Depuis que feu le service militaire a disparu, il ne reste plus que les rencontres d'anciens camarades de classe pour parler du bon vieux temps. Pour cela, il n'est rien de tel que des enterrements pour se retrouver, même si c'est autour d'un cercueil qu'on évoque les bons moments. Jan Petter Olsen vient de mourir, tombé d'un échafaudage, un banal accident du travail et c'est l'occasion pour Varg Veum, policier privé norvégien, de retrouver ses vieux copains, ceux avec qui il peut parler de sa jeunesse, des années d'insouciance, l'occasion aussi de se pencher sur le parcours personnel et professionnel de chacun et bien entendu du groupe de rock, « les Harpers » qui, à cette époque ont connu un vif succès et dont faisait parti le défunt. Varg, quant à lui était en marge des « Harpers », en était juste un admirateur qui les suivait.

La cérémonie terminée c'est dans les bars de Bergen que se poursuit leurs conversations d'autant qu'elles évoquent aussi leurs amours passées. Jakob, ancien membre de des « Harpers » demande à Varg de retrouver sa femme, Rebecca, qui vient de le quitter. C'est délicat pour lui puisque cette Rebecca est l'ancienne amie d'enfance de Varg que, bien sûr, il n'a pas oubliée, même si l'amour qu'il lui portait n'était pas vraiment partagé et qu'entre eux il n'y a jamais rien eu que de très chaste. Si, à l'époque il lui avait parlé, sa vie aurait sans doute pris une autre route ! C'est l'occasion pour Varg d'aller au devant de ses illusions perdues, de rencontrer les fantômes qu'il croyait oubliés. Apparemment elle est partie avec Johnny Solheim, le chanteur de l'ancien groupe mais rien n'est sûr, cette Rebecca paraît être une nomade de l'amour. Au fur et à mesure de ses recherches, notre « privé » constate que deux des anciens membres du groupe sont déjà morts, mais pas de vieillesse, et Johnny, objet des recherches de Varg est retrouvé poignardé en pleine rue. Pourtant, les choses se compliquent un peu puisque Jan Petter Olsen qui vient de mourir n'était pas membre des « Harpers ». Seul Jakob survit... pour combien de temps ? C'est d'autant plus inquiétant que Johnny, avant de mourir avait reçu un message explicite qui donnait à penser à une suite fatale, une série de quatre images d'anges dont deux était déjà rayés (Harpers veut dire anges en norvégien). De plus, il s'interroge sur ce qui a bien pu provoquer, à l'époque, son éclatement mystérieux, c'était en 1975, exactement le 16 octobre, onze ans avant !

Apparemment c'était une histoire de filles, Johnny avec Rebeca, déjà, et Jakob avec Anita , même si c'est un peu plus compliqué et apparemment la gent féminine tournait beaucoup autour des « Harpers » ! Ce n'était pas la même époque, on vivait plus librement, et le groupe avait des fans féminines prêtes à tout. Quant à Anita, elle semble avoir beaucoup contribué à l'éclatement du groupe, sa vie amoureuse était à l'époque sans entrave, son mariage avec Johnny battait de l'aile... Cette année 1975 a sonné comme celle des anges déchus. Elle a été le début de la fin pour le groupe mais aussi l'explication de bien des événements.

Les investigations de Varg l'amènent à connaître des membres de la police, le Commissaire Dankert Muus et son adjoint Ellingsen, Vadheim et Jensen... et de tâter des geôles locales puisqu'il était le dernier à avoir vu Johnny vivant. Ses recherches bousculent un peu le passé de ses anciens amis, dépoussièrent leur personnalité et leur amitié de façade, ce qui n'est jamais sans mauvaises surprises. Il est vrai qu'il patine un peu notre « privé » mais il a bien du mal à faire parler des gens qui veulent avant tout oublier cette période de leur vie. Silences, non-dits, choses inavouables, mensonges, adultères, viol, inceste, trahisons, rivalités amoureuses, vies brisées, vengeance, fascinations réciproques mais aussi haines et violence entre personnages, forment la trame de ce roman. Et tout cela sur fond de période de Noël, de normalité et d’apparences trompeuses qui dégoûtent Varg. Il y a là sans doute de quoi noyer ce chagrin là dans l'alcool. On se raccroche à ce qu'on peut face à une vie qui ne vous fait pas de cadeaux. S'y ajoute un discours religieux surannée et en aucune façon apaisant sauf pour ceux qui en sont convaincus d'avance, le contraire en tout cas d'un traditionnel message d'espoir qu'on est en droit d'attendre de cette institution. Ce qui importe au Pasteur Berge Brevick à la fois pathétique et hypocrite, c'est, comme au plus beau temps du Moyen-Age, qu'une âme soit sauvée ! Les hommes sont bien des anges déchus mais assurément l'espèce humaine n'est guère fréquentable, un roman de la désespérance ou peut-être de la réalité !

C'est un roman un peu glauque et pessimiste que j'ai lu jusqu'à la fin, partagé entre l'envie de connaître la fin et étonné par les nombreux rebondissements qui entretiennent le suspense. La fin quant à elle ne surprend guère et est bien dans le droit fil de ce récit, pas tellement fictif.

Je suis moi-même un peu versé dans la nostalgie et j'avoue que ce roman en est chargé, notamment avec des souvenirs d'enfance, des moments perdus ou gaspillés qu'on ne peut rattraper et qu'on regrette, avec le souvenir des Beatles, d'Elvis Presley et de James Dean, ce qui n'est pas pour me déplaire, même si cela ne me rajeunit pas !.

© Hervé GAUTIER - Octobre 2013 - http://hervegautier.e-monsite.com

Le loup dans la bergerie

 

N°581– Juin 2012.

LE LOUP DANS LA BERGERIE Gunnar Staalesen – Gaïa [1977]

Traduit du norvégien par Olivier Gouchet.

Pour Varg Veum, détective privé de son état à Bergen (Norvège), cette période de l'année est plutôt exceptionnelle : deux clients pratiquement à la fois sollicitent ses services. L'un, un avocat connu, William Moberg, pense que sa femme le trompe et souhaite qu'il en fasse la preuve et l'autre, Ragnar Veide veut retrouver sa sœur, Margeret, disparue depuis de nombreuses années et dont il est sans nouvelles. C'est d'autant plus urgent que leur père est à l'article de la mort. Bien qu'il lui faille payer ses factures qui s'entassent dangereusement sur son bureau, il refuse la première enquête mais accepte la seconde... pourtant il ne tarde pas à s'apercevoir, d'après une photo, qu'il s'agit de la même personne ! Après d'ennuyeuses filatures, l'épouse de l’avocat est retrouvée morte et le frère commanditaire de la deuxième enquête s'avère être une autre personne... et la police soupçonne Veum d'être l'auteur du meurtre. C'est donc un classique du roman policier qui nous est ici proposé.

Il y a du Nestor Burma chez Veum, les même ennuis avec les autorités, le même désœuvrement, la même foule de cadavres qui l'entoure, le même problème avec l'alcool et les femmes, le potentiel de séduction en moins peut-être ? Bref, l'image traditionnelle du privé. Le thème abordé ici est le trafic de drogue, ce qui était peut-être original il y a quelques années, à l'époque de l'écriture de ce premier roman,(1977) mais qui aujourd'hui est plutôt banal. Comme cela sera son habitude dans les autres romans, il le livre à une attaque de la société, montrant ici que les bénéficiaires de ce commerce illicite ne sont pas forcement ceux qu'on attend. Il dénonce ici les agissements d'une couche pourtant aisée de la société norvégienne de cette ville portuaire mais qui se drape dans l'hypocrisie et le faux semblant. Il s'agit aussi de relations extra-conjugales qui conduiront Veum à un réseau de prostitution.

Comme je l'ai déjà indiqué dans le numéro précédent (La Feuille Volante n° 580), j'ai découvert cet auteur par hasard. J'avais déjà noté le style humoristique qui doit sans doute beaucoup à la traduction, mais j'ai toujours un faible pour un livre qui m'accroche dès la première ligne. Au moins cela m’encourage à poursuivre ma lecture. Jugez plutôt la première phrase de celui-ci «  Au commencement était le bureau et au bureau, il y avait moi,les pieds sur la table. Le bureau était rangé … A gauche il y avait une pile de facture, à droite il y avait ce que je possédait en argent liquide, dix couronnes et trente ore... » Je ne sais pas vous, mais moi, j'ai trouvé cela engageant ! J'ai pu vérifier au long du roman qu'il a aussi le sens de la formule.

Il s'agit ici du premier roman de Gunnar Staalesen

©Hervé GAUTIER – Juin 2012.http://hervegautier.e-monsite.com

La nuit tous les loups sont gris

 

N°580– Juin 2012.

LA NUIT TOUS LES LOUPS SONT GRIS Gunnar Staalesen - Gaïa

Traduit du norvégien par Alexis Fouillet.

Il est un peu conventionnel ce Varg Veum, détective privé de son état, avec son manteau épais et son chapeau de pluie. Il est vrai que nous sommes à Bergen, en Norvège. Comme il se doit, il a été abandonné par la femme qu'il aime et noie son chagrin dans les bars. Les débits de boissons sont des endroits d'exception où on fait des rencontres, mais elles sont plutôt masculines. N'allez pas vous méprendre, Veum reste un professionnel d'autant plus qu'il rencontre Hjalmar Nymark, un policier à la retraite mais aussi un ancien Résistant. Et quand deux détectives se rencontrent, qu'est ce qu'ils se racontent … (air connu) Justement, à force de sympathiser, l'ancien policier évoque pour son interlocuteur une vieille affaire dont il garde une mémoire encore vivre, d'autant qu'il est persuadé que le coupable n'a jamais été inquiété. Il s'agirait de l'incendie d'une usine de peinture dans les années 50 qui avait fait plusieurs morts. Il pense avoir retrouvé la trace d'un homme, Harald Ullven surnommé « Mort au rats », ancien collaborateur des nazis pendant la guerre et qui était employé et qui serait responsable de ce sinistre pourtant considéré comme un accident et classé sans suite. Cet homme a une particularité physique : il boite. De plus, il y a la disparition bizarre d'un autre homme, « Johan le Docker », celle d'un ouvrier un peu trop curieux et la présence d'un ancien président du conseil municipal de Bergen...

Veum, qui s'ennuie un peu reprend mollement cette affaire et veut bien admettre qu'elle n'a pas été complètement élucidée puisque cet ancien policier le prétend, mais quand ce dernier est renversé par une voiture cela prend des proportions inquiétantes. Certes Nymark survit mais trouve mystérieusement la mort à sa sortie de l'hôpital, avec, en prime l'ombre de Ullven. C'est donc au tour de notre détective de s'occuper sérieusement de cette affaire, ce que, bien entendu, il fait. Même si c'est trente ans après, Veum refait l'enquête, contacte les rares survivants de cet incendie. Après les bars qu'il affectionne, c'est dans le milieu des SDF qu'il va devoir exercer ses talents puisque un survivant de l'incendie est maintenant dans la rue. Décidément, ce Veum a tous les attributs d'un privé avec en plus la nuit « où tous les loups sont gris ».

C'est non seulement un roman policier avec morts mystérieuses, enquêtes qui soulèvent plus de doutes qu'elles ne résolvent de questions, rebondissements, fausses-pistes mais c'est aussi une évocation de cette période troublée de l'histoire de la Norvège où, comme ailleurs, une partie du pays s'est soulevé contre l'occupant et l'autre a choisi la collaboration. Il met en lumière la collusion entre le nazi Ullven et et le démocrate Fanebust qui avait été aussi un héros de la Résistance.

C'est aussi la critique du milieu économique qui prospère dans le mensonge et le crime tandis que les plus faibles sont appauvris. S'il lui est possible d'accéder aux plus démunis, il lui est en revanche impossible de rencontrer notamment le patron l'usine qui a brûlé et qui aurait pu éclairer son enquête. C'est la manière de l'auteur de dénoncer les disparités qui règnent dans son pays.

J'avoue que je ne connaissais pas cet écrivain rencontré par hasard sur les rayonnages de la bibliothèque où j'ai mes habitudes. Son personnage fétiche, même s'il date un peu et s'il a des côtés bien conventionnels me plaît bien. Ce n'est pas tant qu'il est en conflit avec les femmes et qu'il a un faible pour l'alcool et les bars, mais le regard qu'il pose sur la société qui l'entoure et le cynisme dont il fait preuve ne me laisse pas indifférent. C'est une histoire un peu compliquée avec des gens qui ne veulent pas parler, d'autres qui ont changé de nom, d'autres encore qui se sont vengés en temps de paix d'une guerre qui ne leur avait pas permis de faire justice.

Il y a aussi ces réparties qui se sont gravées dans ma mémoire [-ça, ça venait du fond du cœur – ça vient tout droit de mon cul, renchérit-elle en tordant la bouche. - C'est ce que je voulais dire, certains l'ont à cet endroit.]

C'est une occasion aussi de voir ce pays sous un autre jour que l'actualité immédiate nous l'a présenté, avec notamment les meurtres perpétrés par Anders Behring Breivik.

Au bout du compte, je ne me suis pas ennuyé, et c'est cela l'essentiel.

©Hervé GAUTIER – Juin 2012.http://hervegautier.e-monsite.com

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site

×