John Irving

JE TE RETROUVERAI – John Irving

N°685– Octobre 2013.

JE TE RETROUVERAI – John Irving – Le seuil

Traduit de l'américain par José Kamoum et Gibert Cohen-Solal.

 

C'est une histoire à la fois simple et banale et même un peu triste que celle de cette famille monoparentale. Alice Stronach, écossaise, fille d'un tatoueur d'Aberdeen, tombe amoureuse de William Burns. Bien entendu elle tombe enceinte et bien entendu il l'abandonne. Son destin est donc d'élever seule son fils Jack. Ce qui l'est peut-être moins c'est qu'elle décide de poursuivre ce séducteur qui, bien entendu brouille les pistes. Quand elle arrive quelque part croyant le trouver, il est déjà parti et cela dure et le monde est vaste ! De Toronto, il s'embarque pour l'Europe. Ce William n'est pas seulement un séducteur impénitent, il est aussi un talentueux organiste mais qui profite de son passage dans une paroisse pour séduire les jeunes filles de la chorale. Il a aussi pris l'habitude de se faire tatouer des notes de musiques dans toutes les villes où il passe. Autant dire que son corps entier est une véritable partition ! Or, il se trouve qu'Alice à appris de son père, le métier de tatoueur. Elle même est tellement douée dans cet art qu'elle a acquis le surnom de « Fille de la persévérance ». Tatoueuse, elle espère donc retrouver son amant fugueur à la faveur des habitudes de ce dernier.

Tout juste âgé de quatre ans, Jack l'accompagna dans ses recherches. Elle débuta ses investigations par un port de la Baltique puis chercha dans ceux de la mer du Nord mais malheureusement, de chambre d’hôtel en chambre d'hôtel, elle perdit la trace de William. Elle ne lésina pourtant pas sur les recherches, hantant les bars en quête de clients pour ses tatouages, les paroisses et parfois les quartiers chauds pour retrouver la trace du père de son fils . Sa spécialité semble être les fleurs... et les cœurs brisés. Toutes les femmes qui l'avaient connu disaient à Jack combien il ressemblait à son père. Ainsi, même si sa mère ne lui en parlait jamais, l'enfant l’avait toujours à l’esprit. Après une vaine recherche, Alice et son fils reviennent à Toronto où Jack, à cause de son jeune âge, va intégrer une institution réservée aux filles, Saint-Hilda. Ainsi le jeune garçon va-t-il se retrouver « dans cet océan de filles » et bien entendu parmi elles, certaines ont connu son père et elles se demandent si décidément le fils ne va marcher sur les traces de son père. Il n'est pas le seul garçon à Saint-Hilda mais la cohabitation avec des filles surtout plus grandes que lui ne va pas sans problèmes d'autant que l'aspect confessionnel de cet établissement n'arrange rien dans l'esprit de l'enfant. Une pensionnaire plus âgée, Emma Oastler, va donc faire son éducation sexuelle ce qui sera pour lui le prélude à bien d'autres conquêtes féminines surtout chez les femmes plus âgées que lui.

Alice était bien jeune pour avoir un enfant qu'elle n'a peut-être pas désiré. Elle s'y prend d'ailleurs très mal pour l'élever puisqu’elle ne lui parle jamais de son père et ainsi l'éloigne de ce dernier qu'inconsciemment il cherche à connaître et à imiter et ce d'autant plus que toutes les femmes qui ont connu son géniteur s'ingénient à leur trouver des point communs. Ce faisant et sans qu'elle le veuille, les relations mère-fils se dégradent. Elles ne s'amélioreront pas avec le temps et la mort d'Alice viendra mettre fin à ce dialogue manqué. Jack va donc s'attacher à Emma qui va se révéler être une meilleure mère qu'Alice mais ne pourra cependant pas la remplacer. Leurs relations qui ont duré dix années seront des plus ambiguës, entre érotisme amoureux et protection maternelle puisque Emma n'a jamais été véritablement sa maîtresse. La mort d'Emma sera ressentie par Jack comme un vide immense. Pourtant, elle fait ce qu'elle peut pour le défendre devant l'adversité, l'épisode de Mrs Marchado est significatif et si cette dernière l'initie effectivement aux joies de l'amour elle n'en abuse pas moins de lui. Ainsi, privé de père, Jack va-t-il se détacher peu à peu de sa mère qui, par ailleurs, a une vie sexuelle très libre. Il est un peu perdu dans cette famille atypique aussi bien regrette-t-il de quitter Saint-Hilda quand sa mère le décide. Il sera envoyé dans une école pour garçons dans le Maine où il trouve enfin sa place.

Devenu adulte, il a le plus grand mal à envisager une relation durable avec une femme, le mariage et la paternité sont deux mots qui ne font pas partie de son vocabulaire, en ce sens qu'il craint de ressembler à ce père qui l'a abandonné. Pourtant la gent féminine l'apprécie particulièrement. C'est peut-être pour cela qu'il multiplie les conquêtes féminines et donc ressemble de plus en plus à William. Alice a bien fait ce qu'elle pouvait pour l'élever dignement mais ses efforts n'ont pas été couronnés de succès. Pour autant, les recherches personnelles de Jack lui permettent de faire la part des choses sur son père autant que sur sa mère. Pour autant, cette vie mouvementée l'oblige à entamer une psychothérapie pour tenter de se reconstruire ; Féru de théâtre, il deviendra quand même un star d'Hollywood, avec Oscar à la clé, mais dans les rôles de travestis uniquement ce qui est sans doute la conséquence de son manque de repères aussi bien maternel que paternel.

La quête de Jack finit par être récompensée, il retrouve son père et aussi sa demi-sœur qu'il ne connaissait pas.

 

L'aspect autobiographique de ce roman, le onzième de John Irving n'est pas contestable. l'auteur est né hors mariage et sa mère a toujours refusé de lui parler de son père ce qui a provoqué chez lui un traumatisme que l'écriture lui a sans doute permis d'exorciser. Il ne retrouvera cet homme qu'après la mort de ce dernier alors que lui-même était âgé d'une soixantaine d'années.

 

L’auteur est sans doute un spécialiste du tatouage puisque, tout au long de ce texte, il donne des détails techniques sur cet art et sur ceux qui y ont recours. Il n'oublie pas non plus la lutte dont il a été un ardent pratiquant non plus d'ailleurs que de l'érotisme. Irving a de l’imagination, fait volontiers dans le détail parfois inutile, a la plume facile, évoque beaucoup de personnages furtifs et pratique beaucoup (trop) les rebondissements dans ce texte. Cela donne un roman de près de neuf cents pages parfois assez indigeste et à mon sens trop long, que j'ai eu bien du mal à suivre et dans l'univers duquel j'ai eu beaucoup de difficultés à entrer. Je ne suis pas très sûr de vouloir en lire un autre.

 

 

 

© Hervé GAUTIER - Octobre 2013 - http://hervegautier.e-monsite.com

Quelques mots sur John Irving

N°678– Septembre 2013.

Quelques mots sur John Irving

A la suite de la lecture du numéro spécial du Magazine littéraire d'août 2013 consacré aux « 10 grandes voix de la littérature étrangère », j'ai choisis parmi ces écrivains la figure de John Irving.

 

Ce romancier et scénariste américain est né en Mars 1942. Sa naissance a été pour lui et pendant de nombreuses années une sorte d’interrogation qui a nourri son œuvre romanesque. L'un de ses roman « Je te retrouverai » est marqué par ce thème et beaucoup d'autres mettent en scène des femmes seules qui élèvent leurs enfants. Sa mère, Helen Winslow, descendante d'une des plus vieilles familles de Nouvelle-Angleterre, l'a mis au monde hors mariage, refusant obstinément de lui révéler le nom de son père. Il ne connaîtra que très tardivement le nom de son géniteur lorsque celui-ci sera mort. Plus tard, elle se mariera avec avec Colin Irving, un professeur d'une prestigieuse université et il donnera son nom à son beau-fils. Il fit des études à l' Exter Academy mais y fut un étudiant médiocre à cause d’une dyslexie diagnostiquée tardivement et obtint son diplôme de littérature. Il fut cependant un lutteur passionné et talentueux ce qui lui permit de compenser , dans ce pays où le sport est roi, une scolarité difficile. Il obtint ensuite une bourse, partit pour l'Autriche.

Sa carrière littéraire démarra à 26 ans avec la publication d'un premier roman « Liberté pour les ours » mais le succès ne fut pas au rendez-vous. « L'épopée du buveur d'eau » et « Un mariage poids moyen » connurent le même sort mais ce ne fut que son quatrième roman, « Le monde selon Garp » qui fut un best-seller international porté à l'écran en 1982 par Georges Roy Hill. Cet ouvrage le fit littéralement sortir de l'anonymat.

A partir de 1985, il publia des romans diversement accueillis par la critique mais où l'influence de Charles Dickens se fait sentir. Il confesse lui-même ne pas avoir été attiré par les grands noms de littérature américaine comme Faulkner, Fitzgerald ou Hemingway. « Le XIX° siècle m'a toujours parlé » ou « J'avoue que je suis un écrivain du XIX° siècle » ; C'est aussi un écrivain engagé, militant pour la tolérance, le respect des différences notamment en faveur des minorité sexuelles, comme dans « A moi seul bien des personnages », son dernier roman. Ses romans sont souvent volontiers polémiques et sont porteurs de débats.  Il est aussi un adepte des romans longs, faisant porter ses intrigues souvent sur l'adolescence et le passage à la vie d'adulte.

Il reste un exceptionnel raconteur d'histoires qui passionne son lecteur et ne le libère qu'une fois le livre refermé.

 

© Hervé GAUTIER - Septembre 2013 - http://hervegautier.e-monsite.com

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