Olivier Barde-Cabuçon

MESSE NOIRE

N°825 – Novembre 2014.

 

MESSE NOIRE Olivier Barde-Cabuçon- Actes sud.

 

L'histoire a retenu l'affaire des Poisons sous le règne de Louis XIV qui avait ébranlé la couronne et le roi lui-même, en faisant brûler les minutes et les procès-verbaux de ce procès, avait souhaité que l'oubli recouvre ce scandale. Pourtant, nous sommes sous le règne de Louis XV et il semblerait qu'on n'ait pas perdu ces mauvaises habitudes ésotériques puisqu'on vient de découvrir, dans un cimetière parisien le cadavre d'une jeune fille accompagné d'indices d'une messe noire. Qu'elle ait été droguée fait réapparaître le fantôme de la Voisin. Tel est le début d'une enquête que Sartine, lieutenant-général de police fort soucieux de l'ordre public et grand amateur de perruques confie à Volney, commissaire aux morts étranges. Lui et son énigmatique compagnon, un moine hérétique qui est aussi médecin légiste, au demeurant un peu trop préoccupé par son propre vieillissement, vont ainsi être confrontés aux forces obscures. Sartine, toujours aussi suspicieux va leur adjoindre la jeune, jolie mais mystérieuse Hélène de Troie, un nom qui en dit assez long sur ses intentions et sur sa réputation de tout savoir sur tout, même s'il ne fait en réalité confiance à personne et que le secret est la règle. Pire peut-être, quand il charge ses agents d'une enquête, il ne leur donne pas toutes les informations dont il dispose ! Il est aussi présenté ici comme un intriguant sans grands scrupules.

 

Nous voyageons dans ce Paris du XVIII° siècle à la fois bruyant, interlope et inquiétant, cela j'ai bien aimé. C'est vrai aussi que le thème choisi nous fait pénétrer de plain-pied dans la magie, qu'elle soit blanche ou noire, dans l'ésotérisme, ses rituels, ses envoûtements, ses sorcières, ses sabbats, ses messes noires... C'est instructif mais ce n'est guère rassurant et cela réveille en nous sûrement des souvenirs enfouis sous un cartésianisme de bon aloi mais où se mêlent intimement curiosité et peur de l'inconnu. Je veux bien que nous soyons dans une fiction où bien des choses sont permises et où la réalité n'est pas forcément respectée, mais faire progresser une enquête judiciaire qui devrait en principe être une chose sérieuse en se basant sur l'interprétation des rêves me parait un peu artificiel. Il en est de même des révélations post-mortem faites en songe par un cadavre. Je veux bien qu'à l'époque on ne jurait que par Dieu et par son enseignement [« Dieu se sert des rêves afin que l'homme puisse voir à travers les ténèbres »], je veux bien aussi que l'oniromancie existe, mais quand même !

 

A propos de ce roman, nous remontons le temps, nous en apprenons un peu plus sur la société de l'époque, ce qui pour moi est passionnant, sur la Cour royale et sur les scandales qu'elle abritait et parfois cachait, sur les luttes de pouvoirs qui existaient en son sein... L'espèce humaine qui ne recule devant rien pour obtenir ce qu'elle veut, n'y était pas plus fréquentable qu'elle ne l'est aujourd’hui...

 

Il y a aussi le personnage énigmatique d'Hélène qui est, comme son nom l'indique, un vrai cheval de Troie au service du Sartine et peut-être d'une autre personne. Elle est la fois une habille séductrice et une collaboratrice zélée des policiers sans qu'on sache très bien où se trouve la frontière de ces deux rôles. Cela au moins, avec les morts qui se multiplient au cours de cette enquête et les interrogations qui vont avec, les substitutions de cadavres, les décès qui n'en sont pas vraiment, et les questions relatives à la paternité, les manipulations des uns et des autres, les rôles troubles de chacun des intervenants, entretient le suspens jusqu'à la fin.

 

J'avais déjà lu du même auteur « Tuez qui vous voulez » (La Feuille Volante n° 817) et j'avais bien aimé, mais là, je dois dire que je serai un peu plus réservé.

 

©Hervé GAUTIER – Octobre 2014 - http://hervegautier.e-monsite.com

TUEZ QUI VOUS VOULEZ

N°817 – Octobre 2014.

 

TUEZ QUI VOUS VOULEZ Olivier Barde-Cabuçon. Actes sud (Actes noirs).

 

Nous sommes en 1759 et Paris est perturbé par d'étranges assassinats qui vont occuper le Chevalier de Volnay, commissaire au Châtelet et « aux morts étranges ». Les trois victimes, de jeunes hommes, sont égorgées et on leur arrache la langue, un bien curieux modus operandi, d'autant que chacun d'eux était porteur d'un mystérieux breuvage. De plus on approche de « La fête des fous » qu'un inconnu veut ressusciter après qu’elle fut longtemps interdite et pendant laquelle les fondements de l'ordre social et religieux sont menacés puisque le peuple va goûter à la liberté pendant trois jours. Il n'en faut pas davantage pour perturber Sartine, le lieutenant Général de police qui a horreur de ces débordements populaires. Comme si cela n'était pas suffisant, les Jansénistes s'opposent à cette occasion à l’Église, et donc au pouvoir royal. Quant aux sciences occultes, elles font florès et minent la société et des pratiques qui ressemblent fort à des superstitions religieuses ont lieu à Paris. Le roi Louis XV lui-même est de plus en plus impopulaire tant au parlement que dans les rues. Enfin, le dernier mort est Russe, ce qui ne va pas manquer de donner aux investigations de Volnay la dimension d'une affaire d’État et ce d'autant plus que le chevalier d’Éon, alors secrétaire d'ambassade à Saint-Pétersbourg et de retour en France, personnage fort mystérieux, viendra compliquer cette situation qui ressemble de plus en plus à un imbroglio diplomatico-judiciaire. Son appartenance au ministère des affaires étrangères le met hors de portée des autorités de police et même de Choiseul, principal ministre, puisqu'il est dans le « secret du roi ». Ainsi cette affaire se transforme-t-elle en véritable lutte de pouvoir au sein de la cour, dans une ambiance de suspicion générale où tout le monde espionne toute le monde.

 

J'ai bien aimé me retrouver dans le quotidien de ce Paris du siècle des Lumières, à la fois libertin et populaire, agité par la contestation, les croyances surannées et l'ambiance de « cour des miracles » de certains quartiers. Les descriptions sont humoristiques parfois, précises toujours, qu'on soit au cabaret, dans la rue, dans un salon ou dans un bureau ministériel. Des détails culinaires nous sont aussi largement dispensés ce qui ajoute à la sensation de dépaysement. On y croise des prostituées et des « mouches » dont le rôle est de surveiller le peuple toujours enclin à la révolte, aux trafics en tous genres. Le style est alerte, humoristique, le scénario bien mené, avec juste ce qu'il faut de suspens, les personnages campés avec talent. Volnay nous est présenté comme un homme sérieux mais passionné alors que son père, costumé en moine hérétique a tout du paillard et de l'anarchiste. Pourtant il cache un savoir encyclopédique et médical mais surtout une mélancolie que la mystérieuse Hélène s'attachera à exorciser.

 

Le roman se lit bien et m'a procuré un réel plaisir. Cela m'a un peu rappelé Nicolas Le Floch, lui aussi commissaire au Châtelet à la même époque, le personnage de Jean-François Parot, ou Voltaire lui-même quand Frédéric Lenormand le transforme en enquêteur... mais peu importe, ce XVIII° siècle me fascine toujours autant.

 

C'est le premier ouvrage que je lis de cet auteur découvert par hasard. Je me manquerai pas de poursuivre la lecture de son œuvre, passionnément !

©Hervé GAUTIER – Octobre 2014 - http://hervegautier.e-monsite.com

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