Pascal Marmet

TIRÉ À QUATRE ÉPINGLES

 

N°958– Août 2015

 

TIRÉ À QUATRE ÉPINGLESPascal Marmet - Michalon Éditeur.

 

Cela tombe plutôt mal pour le commandant Chanel. On vient d’assassiner dans un hôtel particulier, l'épouse d'un ancien préfet lui-même trouvé mort six mois plus tôt sous le Pont Neuf, et le procureur insiste pour que ce soit Chanel qui soit chargé de l'enquête. Ce que c'est que d'être consciencieux, efficace et professionnel ! Et tout cela sur fond de départ de trois collègues, des congés d'été et donc de la diminution des effectifs, de l'accumulation des affaires et de la nomination de deux stagiaires féminines. Pas vraiment une bonne nouvelle pour lui qui est plutôt macho ! Il lui faudra pourtant bien reconnaître leur rôle déterminant. De plus le prochain déménagement de la Crim' le tracasse ; On ne dira plus « le 36 quai des Orfèvres » mais on irait quelque part du côté des Batignolles. Pour un policier qui a fait sa carrière dans ce lieu mythique et qui est près de retraite, ça fait quelque chose !

 

Mais revenons à cette affaire qui a priori est un cambriolage qui aurait mal tourné mais, pour lui, ces deux meurtres sont évidemment liés. Dès lors les personnages vont se bousculer, d'abord Samy qui se présente comme un « serrurier-philosophe », mais quand même « bien connu des services de police ». Il va initier à la délinquance Laurent (Il s'appelle en réalité Alex), un pauvre garçon un peu simplet, livré à lui-même ; ensemble ils font un casse dans les beaux quartiers mais l’appartement qu'ils visitent tient d'avantage du musée des « arts premiers » que d'un duplex de grand standing. De plus la propriétaire qui s'est blessée dans une chute et qui est secourue par Laurent-Alex, est retrouvée morte, tout comme, quelques jours plus tôt, son amant, l'associé d'un expert en art africain, tous deux tués avec la même arme. Le mystère s'épaissit puisque le traditionnel trio « mari-épouse-amant » pourrait constituer une banale base de recherche, mais ils sont morts tous les trois et les cambrioleurs n'ont pas vraiment un profil de tueurs. Quant au mobile... Ainsi commence une enquête haletante où notre commandant va patiemment mener des investigations difficiles dans le passé des trois victimes, la recherche d'une statuette cloutée aux étranges pouvoirs, le découverte d'autres cadavres...

 

Avant que Babelio et les éditions Michalon, que je remercie, ne me fassent parvenir ce roman, je ne connaissais pas l’œuvre de Pascal Marmet. Cette découverte m'a passionné. Et puis je le trouve plutôt sympathique ce commandant, pas flagorneur et pas carriériste, plus attentif à l'être qu'au paraître et qui se méfie des évidences en ne fonctionnant qu'à l'intuition, même si cette dernière est parfois contrecarrée par les pratiques policières modernes, les procédures et les rebondissements de l'enquête. C’est de plus un fin psychologue, connaisseur avisé de l'espèce humaine que sa position de policier lui permet d'apprécier dans ce qu'elle a de plus sordide. Il a d’ailleurs parfaitement raison de ne pas ajouter foi à tout ce qu'il voit parce que, dans cette enquête, il n'en finira pas de se remettre en question. La présence un peu chanceuse de la jeune et marginale Salomé à ses côtés met en évidence un rôle paternel qui ne lui est pourtant pas familier. De plus, pour les nécessités de l'enquête, il entre un peu malgré lui dans le jeu de la jeune fille et de Laurent-Alex, pas vraiment conscients de ce qui leur arrive. Il reste un homme qui ressent une certaine culpabilité quand il s'agit d'attirer Salomé et son ami dans un piège même si celui-ci débouche sur la manifestation de la vérité. Il est conscient que la machine judiciaire risque de broyer le pauvre garçon, victime d'un syndrome dont il n'a même pas conscience et qu'il ne contrôle pas.

 

J'ai aimé aussi l'humour, le style un peu gouailleur, bien dans la veine du roman policier, le suspense qui tient le lecteur en haleine jusqu'à la fin mais aussi ce subtil art du portrait qui, en peu de mots, vous campe un personnage. Les chapitres courts, bien documentés, très techniques, avec un grand souci du détail, sont agréablement écrits et font voyager le lecteur à Colmar, au musée du Quai Branly, le transporte dans l'atmosphère toujours un peu particulière d'une grande gare parisienne. Grâce à ce roman, il pénètre dans l'univers inquiétant de la sorcellerie africaine qui, même « à l'heure d'internet et des voyages sur Mars » n'a pas disparu.

 

Hervé GAUTIER – Août 2015 - http://hervegautier.e-monsite.com

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