Gianrico Carofiglio

Ragionevoli dubbi

La Feuille Volante n°1046– Mai 2016

RAGIONEVOLI DUBBI Gianrico Carofiglio – Sellerio editore Palermo.

Quand Margherita, la compagne de l'avocat Guido Guierrieri, dit qu'elle veut lui parler, ce dernier croit qu'elle attend un enfant. A quarante deux ans, il pense qu'ainsi sa vie peut prendre un sens nouveau depuis son divorce. Que nenni, on vient de proposer à son amie un poste à New -York qu'elle a évidemment accepté. Le voila donc seul dans Bari, avec ses rêves de paternité. Lui n'en continue pas moins son métier et on l'appelle pour défendre Fabio Paolicelli, un important trafiquant de drogue, qui, de retour de vacances en ex-Yougoslavie s'est fait prendre avec de la drogue plein sa voiture. Malgré les apparences, Fabio proclame son innocence. Guidi le connaît puisqu'il n'est autre qu'un dangereux fasciste dont les amis l'ont roué de coups dans sa jeunesse (il semblerait qu'il ait fait pire encore dans le domaine du crime). C'est un épisode qu'il n'a pas oublié. Ainsi refuse-t-il dans un premier temps cet office non sans plaisir puisqu'il tient sa vengeance surtout qu'un confrère, l’avocat Corrado Macri, peu regardant sur la légalité et qui avait accepté de le défendre, l'a finalement chargé, ce qui est étrange pour un avocat. Mais quand la compagne du détenu, Natsu Kawabata, une femme à la beauté renversante, sollicite son aide, il tombe sous son charme et ne peut qu'accepter. Ainsi se trouve-t-il dans une situation cornélienne, coincé entre la volonté de se venger et celle de défendre un homme pour les beaux yeux de sa femme et ce d'autant plus qu'il lui paraît que ce Fabio pourrait bien avoir été victime d'une manipulation et donc être innocent des faits qui lui sont reprochés. En outre, il ressent de la compassion pour la jeune fille du couple qui ne manquera pas de pâtir de l'incarcération injuste de son père. Il assurera donc la défense de son ancien ennemi. Pour se conforter dans son rôle d’avocat intègre qu'il est, il a recours, plus plus d'informations à son ami l'inspecteur de police Carmelo Tancredi, spécialiste des pires vices dont l'humanité est capable. Il lui apportera sa vision personnelle de cette affaire et éclaircira l'épisode un peu obscur de son précédent défenseur ce qui permettra à Guido de déstabiliser Macri .

Pauvre Guido, il n'a jamais su résister à une jolie femme et il est vraiment tombé sous le charme de Natsu, mais surtout il doit se faire violence pour assurer une défense qu'il ne souhaitait pas. Certes il profite de la situation et la beauté de Natsu est un peu sa vengeance mais la présence de sa très jeune fille ne sont pas sans raviver ses rêves de paternité et sa volonté de revenir à la vie puisque le départ de sa compagne l'avait quelque peu abattu. Pourtant sa relation avec l'épouse de Fabio ne sera évidemment qu'une passade. Comme toujours j'ai apprécié l'humour de ce texte, l'analyse psychologique des personnages, le cheminement intérieur de Guido même si les précisions en matière de procédure et de droit pénal italien m'ont peu intéressé.

C'est le troisième ouvrage que je lis de cet auteur et même si mon italien est encore un peu hésitant, la musique de cette langue me plaît toujours autant. J'ai apprécié le suspense distillé tout au long de ce romance et le personnage de Guierrieri. C'est quelqu’un de bien, conséquent avec lui-même, cultivé, intègre mais aussi toujours un peu malheureux en amour et qui, malgré l'adversité reste lui-même. Un homme très attachant finalement. J'ai bien aimé également le personnage du libraire insomniaque qui ouvre sa boutique la nuit.

Ce texte a été traduit et diffusé par en France sous le titre «  les raisons du doute ».

© Hervé GAUTIER – Mai 2016. [http://hervegautier.e-monsite.com ]

Ad occhi chuisi

La Feuille Volante n°1042– Mai 2016

AD OCCHI CHIUSIGianrico Carofiglio – Sellerio Editore Palermo.

Guido Guerrieri est un avocat de Bari, pas vraiment âpre au gain, plutôt intègre, conscient de ses fragilités et dédié aux bonnes causes, même si elles sont perdues d’avance. Sa vie se déroule au quotidien sans événement vraiment marquant quand le hasard de son métier lui permet de rencontrer, par le truchement de « sœur Claudia », une religieuse aussi belle que mystérieuse, une jeune femme, Martina, qui après quelques années de vie maritale mouvementées avec un médecin qui la maltraite et la harcèle, a dû fuir le domicile conjugal et souhaite se porter partie civile contre lui. Or, cet homme est à la fois un notable mais surtout le fils de l'un des juges les plus influents de la Cour d'Appel. Du coup tous les confrères de Guido lui ont refusé leur concours et leur aide. Ce sera donc une affaire pour lui, même si chacun le met en garde et lui déconseille de se fourrer dans ce guêpier. De plus, la pauvre Martina, fragile et déstabilisée devant la Cour, est accusée de maladies mentales, ce qui, selon l'avocat de la partie adverse, altère son jugement et jette le doute sur la qualité de son témoignage. Guido, quant à lui devra faire face à un avocat retors et un juge pas vraiment bien disposé envers lui, une sorte de bataille de David contre Goliath !

Ce texte est l'occasion pour Guerrieri de puiser dans les souvenirs, bons ou mauvais de son enfance avec ses odeurs de nourriture qui maintenant se mêlent à celles des livres. C'est aussi pour l'auteur l'occasion d'offrir à son lecteur une galerie de nombreux portraits. Je retiens volontiers celui de « Sœur Claudia », une religieuse atypique, qu'il prend d'abord pour un officier de police puisqu'elle porte jeans, veste de cuir et enseigne la boxe chinoise. Elle est directrice du foyer d’accueil pour femmes battues et a bien entendu présenté Martina, une femme pauvre et anonyme à Guido pour qu'il la défende. Pour autant, les femmes qu'il croise lui font toujours de l'effet et notamment sœur Claudia et les informations qu'elle lui donne à propos des arts martiaux dépassent largement le cadre de ses cours sur la boxe chinoise. Chacune de leurs rencontres a quelque chose d'électrique, de magnétique même, un peu comme si Guido était subjugué par elle, tout comme elle d'ailleurs. Cela en fait un personnage assez énigmatique qui, à la fin, lui raconte son histoire ! Pourtant, il vit avec Margherita dont il est amoureux. C'est un homme cultivé, humain, humaniste, intuitif, consciencieux que nous voyons dans l'exercice de son métier d'avocat dans d'autres affaires qu'il est amené à défendre, ce qui égare un peu le lecteur. Cela en fait, non pas un « giallo » comme disent nos amis italiens, puisqu'il il n'y a pas vraiment d'enquête, mais un compte rendu des débats devant la Cour, ce qui en fait un authentique roman judiciaire qui ne fait pourtant pas l'impasse sur le suspense.

Ce roman (son deuxième) se lit bien, même pour moi en italien, et c'est toujours un plaisir d'aborder cet auteur comme je l'avais fait un peu par hasard avec « Testimone inconsapevole »[Il s'agissait de son premier roman auquel il fait d'ailleurs plusieurs allusions]. J'ai apprécié les descriptions du texte, sa sensibilité et son humour, mais peut-être un peu moins les références au code pénal italien, ce qui, chez Carofiglio est pardonnable puisqu'il est lui-même magistrat. Ce roman mêle la violence faite aux femmes, l'inceste mais aussi le temps qui passe pour Guido, la vieillesse qui vient et la déprime qui accompagne tout cela. Quant à l'épilogue, il est assez inattendu et présente sœur Claudia comme une femme vraiment hors du commun .

© Hervé GAUTIER – Mai 2016. [http://hervegautier.e-monsite.com ]

Testimone incnsapevole

La Feuille Volante n°1030– Avril 2016

TESTIMONE INCONSAPEVOLE– Gianrico Carofiglio – Sellerio editore Palermo.


 

Il n'est pourtant pas un adepte des causes perdues, ce Guido Guerrieri, avocat à Bari, la quarantaine un peu triste. Pourtant ce qui lui arrive en cette années 1999 n'est pas banale. Sa femme vient de le quitter, ses amis lui sont de plus en plus indifférents et son métier l’ennuie. De quoi vraiment être déprimé ! Et pourtant il reçoit la visite d'une jolie femme noire dont le compagnon, un vendeur ambulant sénégalais, Abdou Thiam vient d'être accusé du meurtre d'un jeune garçon. La victime qui a subi des violences a été asphyxiée puis jetée dans un puits. Le témoignage d'un patron de bar est tellement déterminant que l'accusé est condamné d'avance. Et pourtant, il accepte de le défendre, bien qu'il soit au 36 iem dessous et qu’il combatte comme il peut cette dépression avec du café, des cigarette et même de l'alcool  ! Il se fera un point d’honneur à défendre ce pauvre homme, même si au départ il se demande bien comment il va faire. Son talent pourtant lui soufflera une brillante plaidoirie au terme de laquelle il réussira à insinuer le doute dans l'esprit des juges et des jurés. Il ne se doute pourtant pas que cet épisode va bouleverser sa vie et lui redonner envie de plaider et de vivre tout simplement.

 

Il me plaît bien ce Guido, un peu désabusé mais combatif quand même dans son retour à la vie avec l'aide, il est vrai, de quelques femmes qui le fascinent, anciennes connaissances ou simples passantes. Il est seul contre tous et fait ce qu'il peut, entre racisme, fragilité du témoignage et insuffisances de l'enquête, pour arracher Abdul aux griffes de la justice qui semble avoir tout décidé d’avance. Il promène sur le monde qui l'entoure un regard pudique et même un peu blasé.

 

Même s’il peine un peu au départ, ce roman est bien construit, rédigé avec beaucoup d'humour, mais ce n'est pas vraiment un policier, un « giallo » comme disent nos amis italiens. Ce serait plutôt un « roman judiciaire » si ce concept d'écriture existe. Il y a bien une enquête, mais elle est menée par cet avocat et le livre regorge d'actes de procédures et d’articles du code pénal italien. Normal, l'auteur est lui-même magistrat.

 

Ce roman est connu en France sous le titre « Témoin involontaire », paru en 2007.

 

Je noterai avec plaisir la couverture de cet ouvrage qui reproduit un tableau d'Edward Hopper, un peintre américain que j'apprécie tout particulièrement.

 

Il s'agit là du premier roman de Gianrico Carofiglio, auteur dont je poursuivrai assurément l'exploration de l’œuvre.

 

 

© Hervé GAUTIER – Avril 2016. [http://hervegautier.e-monsite.com ]

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