Andrea Camilleri

il diavolo, certamente

La Feuille Volante n°1059– Août 2016

IL DIAVOLO, CERTAMENTE – Andrea Camilleri – Libellule Mondadori.

 

On dit qu'il se cache dans les détails, qu'il ne faut pas le tenter, qu'on peut lui vendre son âme, que les femmes ont sa beauté, mais on pourrait tout aussi bien penser qu'il est dans les non-dits, dans tout ce qui n'est pas révélé. Comme nous l'enseigne l’Église, le diable est partout et pour nous, pauvres humains, il se manifeste dans la compromission, la perfidie, le mensonge la trahison, la lâcheté, l'adultère… d’autant plus facilement ce cela fait partie de notre nature. Et c'est sans doute quand il s'habille en Prada qu'il est le pire

 

J'ai lu ces courtes nouvelles au nombre de trente trois, en italien, et souvent à haute voix, pour la beauté et la musicalité de cette langue. C'est toujours un plaisir. Elles sont délicieusement amorales, parfois drôles, parfois tragiques, le miroir de la vie tout simplement. Camilleri, surtout connu par ses romans policiers, fait ici dans l'abrégé, dans la concision, jusque dans la chute et chacune de ses nouvelles compte environ trois pages, un peu comme si elles étaient écrites pour les lecteurs pressés d'aujourd'hui. [d'ailleurs 33 nouvelles de 3 pages chacune donnent 333 et si vous le multipliez par deux vous obtenez 666 est est le chiffre du diable lui-même !]Il ne fait pas non plus dans l'analyse psychologique comme on pourrait s'y attendre, pas davantage dans les descriptions et les dialogues sont réduits à leur plus simple expression. Son panel est étendu et il n’épargne personne, juges et cambrioleur, employés, époux, professeur, écrivains (pourquoi pas?) et même prêtres, après tout, pour être les représentants de Dieu sur terre, ils n'en sont pas moins des hommes !

 

Ses thèmes favoris sont le couple, ce qui dans ce domaine n'est guère étonnant et on ne peut quand même pas lui reprocher, à lui l'auteur célèbre de thrillers, d'abandonner le crime dont il a fait son fonds de commerce. Il met volontiers ses personnages dans le contexte du quotidien le plus banal ou face à leur destin ou à l'ironie du sort et pourquoi ne pas y voir là aussi la marque du diable ? Après tout que la vie d'un homme à la cinquantaine rangée et comme définitivement établi, vienne à être, par le plus grand des hasards, dérangée par un amour de jeunesse qui soudain refait surface, qu'un service qu'on aurait pas dû rendre se matérialise en catastrophe, qu'un lapsus, par ailleurs révélateur, soit le fait d'un ecclésiastique que, même au pays de la Mafia, un tueur ne puisse pas honorer son contrat, qu'une épouse rencontre fortuitement les deux maîtresses de son mari, qu'un crime dont on accuse un innocent qui ne pourra pas se disculper soit payé par lui et malgré lui, qu'un magistrat trop amateur de romans policiers soit induit en erreur par une de ses lectures, qu'un partisan soit trahi par une simple souris, on peut toujours imaginer que cela puisse arriver. Après tout la fiction, qui est parfois bien en de-ça de la réalité, est là pour nous inviter à sa table.

 

Après tout, notre condition d'homme nous réserve parfois des surprises pas toujours agréables. L'argent, le sexe, c'est ce qui fait marcher le monde et parfois aussi ils contribuent à sa destruction. Il ne faut pas oublier non plus les distinctions et promotions, pourtant temporaires et illusoires, mais qu'on recherche et justifie pour écraser et parfois éliminer son prochain. Les vices et les travers de la condition humaine sont une mine pour l'écrivain attentif, devenu ici un conteur d'exception, et la morale n'est pas toujours sauve parce que la justice immanente, celle dont on nous a tant rebattu les oreilles et qui est censée punir les méchants et récompenser les bons, n'existe pas. Quant à la justice des hommes, Blaise Pascal, en peu de mots, en a résumé le sens et toute la philosophie  ! Même si cela nous choque, heurte notre bon-sens, ce sont souvent les tricheurs, les menteurs, les épouses et époux adultères qui ont raison et les innocents qui ont tort. Le hasard gouverne nos vies, l'erreur est humaine, la naïveté, l’hypocrisie aussi et les fausses certitudes égarent le jugement le mieux aiguisé... L'espèce humaine, dont nous faisons tous partie, est capable du pire comme du meilleur, mais c'est bien souvent le pire qui l'emporte et quand il s'agit de s'affirmer face à l'autre et souvent d'être son bourreau nul n'est à court d'imagination. On peut toujours chercher ailleurs des responsables de tout ce qui nous porte préjudice, de donner un visage à cette malchance qui parfois nous assaille... c'est diablement humain !

 

© Hervé GAUTIER – Août 2016. [http://hervegautier.e-monsite.com

LA PISTE DE SABLE

N°761 – Juillet 2014.

LA PISTE DE SABLE – Andrea Camilleri – Fleuve noir.

Traduit de l'italien par Serge Quadruppani

 

Le commissaire Montalbano a la chance d'avoir une maison avec vue sur la mer. Pourtant, un matin, il aperçoit sur la plage le cadavre d'un cheval mort. Cela ne l'étonne cependant pas puisqu'il vient de faire un rêve en quelque sorte prémonitoire peuplée d'une femme et d'un cheval mais, le temps de prévenir ses collègues, la carcasse a disparu, ne laissant comme trace de sa présence qu'un seul fer que le commissaire met machinalement dans sa poche. Il apparaît que l'animal a été massacré à coup de barre de fer, ce qui rappelle un peu le film « Le parrain »... Nous sommes en effet en Sicile, terre d’élection de la Mafia, d'autant que, venue signaler la disparition de son alezan, la troublante Rachele Esterman, révèle qu'elle avait confié l'animal à l'écurie de Saverio lo Duca, un notable local, en vue d'une course hippique privée. Cela est pour le commissaire la source de difficultés potentielles puisque la piste des paris clandestins ne peut être négligée d'autant que l’organisateur de cette réunion n'est autre que Prestia, soupçonné d'être lié à l'organisation criminelle. La disparition de l'alezan fait d'ailleurs suite à une précédente, ce qui augure mal de l'avenir pour le commissaire. D'ailleurs, son appartement est une nouvelle fois visité par des cambrioleurs, mais ces derniers ne volent rien et même lui rendent la montre de son père dérobée la première fois, ce qui peut représenter un avertissement bien dans la façon de la pègre locale puisqu'il doit témoigner au procès d'un second couteau de l'organisation criminelle. Il y a même une tentative d'incendie de sa maison et des coups de fils anonymes. Le voilà donc confronté à une enquête autour de ce cheval mort et qu'il devra mener entre intimidations mafieuses et pressions d'une hiérarchie frileuse qu’il ne prise guère.

 

Je ne suis que très peu entré dans cette histoire à cause des personnages peut-être et spécialement des policiers un peu trop caricaturés, un Montalbano enfermé dans un rôle de séducteur un peu sur le retour, toujours plus ou moins suivi par son amie Ingrid. La traduction volontairement originale si on en croit l'avertissement du traducteur, ne m'a pas convaincu non plus.

 

J'ai une prédilection pour les romans par rapport à leur adaptation au cinéma ou à la télévision. Cette dernière m’avait donné à voir un Montalbano, certes un peu cantonné dans les caractéristiques du genre mais acceptable. Je ne l'ai pas retrouvé ici et je le regrette !

 

 

©Hervé GAUTIER – Juillet 2014 - http://hervegautier.e-monsite.com

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